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LES BREVES
19 novembre 2017

20 juin 2011 : CRITIQUE EXPRESS : Otello
Opéra Bastille, 20 juin 2011
Il est regrettable que les reprises de l’Opéra de Paris nous amènent à nous poser, pour ainsi dire systématiquement, la question de leur nécessité artistique. Fallait-il par exemple faire à l’Otello mis en scène par Andrei Serban l’honneur de cette troisième fois ? Un théâtre de cette importance, et qui se veut de répertoire, doit certes programmer régulièrement un tel chef-d’œuvre. Mais celui-ci ne mérite-t-il justement pas mieux qu’une dramaturgie sommaire, une caractérisation à l’emporte-pièce – et qui dans le cas du Maure frise le ridicule –, cette esthétique déjà si terriblement datée enfin, dont il est si facile de monter les maladresses en épingle – son palmier, son carré VIP capitonné ? Quoi qu’il en soit, et tant pis pour Shakespeare, ou du moins Boito et Verdi, l’événement est ailleurs : Renée Fleming fait son grand retour sur une scène qui fut tant d’années durant l’écrin privilégié de ses précieuses langueurs, muse alors d’un joaillier nommé Carsen. Amincie, rajeunie, plus glamour que jamais, « so Renée » en somme, elle n’est à aucun moment Desdémone. Apprêtée, composée, maniérée, dans son jeu comme dans son chant. D’autant que la tessiture la prive de ce rayonnement qui hier emplissait la Bastille : les registres paraissent disloqués – sans doute le seraient-ils moins si la soprano ne poitrinait ainsi ses graves –, et l’expression use des effets d’une émission chaloupée pour se donner consistance. Délivrés comme au concert, c’est-à-dire avec force joliesses, l’air du saule et l’Ave Maria nous laissent de marbre. Serions-nous insensible à l’art de la dame ? Preuve que tous les goûts sont dans la nature, les amateurs de décibels pourront apprécier le timbre noir de Lucio Gallo. Les autres devront supporter un instrument parmi les plus frustes jamais entendus. Cela ne fait pas un personnage, encore moins un Iago. Les comprimarii savent se faire oublier, à l’instar de Cassio, qui ne devrait pas. La direction de Marco Armiliato n’y est pas étrangère, sans bavure ni génie – il en faut ici –, qui souvent indiffère, jusque dans le concertato du III. S’il faut aller écouter cet Otello, c’est finalement, ô miracle, pour le rôle-titre. Aleksandrs Antonenko fait un instant craindre un clone de Vladimir Galouzine, mais libère ensuite, et par dessus l’orchestre, les couleurs fauves d’un aigu de vrai ténor taillé pour l’emploi, endurant jusqu’au trépas. (M.M.)


13 juin 2011 : TOP & FLOP : Terrence Malick vs Stephen Gould
TOP : Terrence Malick pour son film The Tree of life, couronné par la Palme d’or de Cannes 2011, et dont la bande originale, parsemée d’interventions toujours ad hoc d’Alexandre Desplat, est presque entièrement dédiée à de grandes pages du répertoire, avec une utilisation incroyable de justesse des titres choisis. En contrepoint sonore à cette symphonie de l’enfance et de l’évolution, le réalisateur américain transcende ses images d’une beauté et d’une expressivité à couper le souffle par des musiques plus pertinentes les unes que les autres : le jaillissement nostalgique de la Moldau, l’expérience initiatique du Paradis perdu de la fin du Requiem de Berlioz mais aussi, entre cent autres exemples, la mélancolie hypnotique des Barricades mystérieuses de Couperin, et notamment ce moment magique où le fils joue la pièce à la guitare, ponctuée par les délicates basses de piano du père. À ce degré d’éloquence et de perfection, on n’est pas loin de l’œuvre d’art totale dont rêvait Wagner.
FLOP : le ténor Stephen Gould. Révélation à Bayreuth en Tannhäuser en 2004 et 2005, puis à la Bastille fin 2007 avec Ozawa et Carsen, où il apparaissait encore plus souverain et en splendeur, l’Américain semble sur une piste dangereusement glissante. Son Siegfried de Bayreuth, au moins jeune et nuancé, paraissait déjà plus incertain, mais même dans des emplois moins inhumains, la tendance semblait depuis un certain temps à la dérobade – la Ville morte à Covent Garden, Waldemar dans les Gurre-Lieder à Lucerne. La vraie raison de ce flop tient toutefois à sa prestation calamiteuse en Doctor Marianus dans la Huitième Symphonie de Mahler donnée fin mai devant les caméras d’ARTE en clôture du festival de Leipzig. Venant d’une voix large mais naguère si châtiée, on ne peut comprendre cette émission à la testostérone, ces attaques d’une brutalité innommable, ces contorsions et barrissements époumonés d’animal fortissimo, ces piani étranglés impossibles dans ces pages touchées par la grâce. Écart réel mais passager ou signes patents d’un déclin entamé ? Gageons qu’il s’agisse de la première solution, même s’il est désormais plus que légitime d’en douter…
(Y.M.)


28 mai 2011 : CRITIQUE EXPRESS : Les Noces de Figaro
Opéra Bastille, 28 mai 2011
On ose croire que de toutes les distributions qui se sont succédées dans les Noces de Figaro de Giorgio Strehler ces dix dernières années, c’est celle-ci qui, par son jeu affuté, jamais indifférent, et même quelques éclairs de modernité dans la tenue des corps, rend le mieux justice à une production mythique, dont ne perdure que l’image distordue par un plateau démesuré, et fanée par près de quarante ans de loyaux services. Que n’a-t-on attendu cette reprise pour la filmer – par devoir patrimonial –, plutôt que celle d’octobre, figée dans les poses de chanteurs si peu acteurs, et d’ailleurs moins bien chantante qu’on a voulu nous le faire croire ? Point noir, la direction de Dan Ettinger. Personnelle peut-être dans sa scansion et ses couleurs, mais qui ne tient aucun compte de la barre de mesure – le tempo s’étire et les ensembles font une bouillie informe. On cherche en vain le rebond, c’est-à-dire la vie, et jusqu’aux timbres désespérément noyés dans la fosse. C’est d’autant plus dommage que le plateau est peu ou prou ce qui peut se faire de mieux aujourd’hui. À l’exception d’Erwin Schrott, dont le Figaro parle, pousse la note, enroue son timbre mâle, jamais ne chante. Et pourtant quel personnage ! Le Comte de Christopher Maltman est aussi raide sans doute, mais d’une ampleur de grand seigneur, et d’une couleur ténébreuse. Julia Kleiter fait une Suzanne mieux que distinguée, lumineuse, souple, un peu en dessous certes, du format qu’exige Bastille – mais quelle aberration d’y monter Mozart, celui-là comme tous les autres, sinon pour gonfler les caisses et le taux de remplissage. Bien meilleur que son Sesto dans Giulio Cesare, le Chérubin d’Isabel Leonard frise l’évidence, jeune, charmeur, tendre, soudain maladroit. Et au-dessus de tous, la Comtesse en majesté de Dorothea Röschmann, non pas tant par la voix, qui a ses limites, mais par ce frémissement, cette mélancolie, ces mots, ces phrasés chargés de sens, d’émotion palpable, à fleur de larmes. (M.M.)


18 mai 2011 : Danseurs pour le Japon
Les danseurs des plus prestigieuses compagnies internationales se réunissent le 31 mai au Palais des Congrès à Paris pour une soirée exceptionnelle afin d’apporter leur soutien aux victimes du tsunami. La recette sera intégralement versée à la Fondation de France. Figurent à cette très brillante affiche notamment Carlos Acosta, Jiri et Otto Bubénicek, Lucia Lacarra, Julien Favreau, Isabelle Ciaravola, Mathieu Ganio, Igor Zaklensky, Efgenia Obratsova, Andrey Merukriev, l’Ecole de l’Opéra de Paris.


09 mai 2011 : Disparition de Jane Rhodes
C’est à l’Hôpital Américain de Paris que la grande cantatrice Jane Rhodes s’est éteinte le samedi 7 mai à l’âge de 82 ans. Personnalité hors du commun, vrai star au sens total du terme, Jane Rhodes avait débuté à vingt-cinq ans et effectua ensuite une carrière consacrée à un nombre de rôles relativement restreint mais qu’elle a tous marqués d’une manière incomparable. Qu’il s’agisse de Tosca, de Charlotte, de Salomé, de Renata dans l’Ange de feu dont son enregistrement est considéré comme historique, d’Eboli, de Marguerite dans la Damnation de Faust qu’elle interpréta notamment à l’Opéra de Paris dans la célèbre mise en scène de Béjart, ou encore des principaux rôles d’Offenbach, elle s’imposa par sa beauté, son incroyable tempérament, sa musicalité et les qualités d’une voix large, sensuelle, aussi bien mezzo que soprano. Chacune de ses incarnations est restée dans la mémoire de tous, lui donnant un statut très particulier, avec une renommée largement populaire bien au-delà du monde lyrique, consécutive à la Carmen qu’elle fut en 1959 dans la mise en scène de Raymond Rouleau pour l’entrée de l’œuvre au Palais Garnier, sous la baguette de son mari le chef Roberto Benzi. Chaleureuse, fidèle en amitié, rayonnante d’une beauté saine, pleine d’humour, elle chanta aussi beaucoup la mélodie française et allemande. Très sujette au trac, elle doutait beaucoup d’elle-même, mais brûlait positivement les planches, reconnaissant que parfois, « le tempérament peut être dangereux pour la voix si on ne le contrôle pas. » Elle fut, à une époque où elles n’étaient pas nombreuses, l’une des premières vraies « cantatrice-actrice » d’une modernité étonnante.

 
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