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CHRONIQUES
28 septembre 2016

Hollywood sur Spree
© Christine Alicino

C’est aussi la rentrée à Berlin. Et pour bien commencer la saison, rien ne vaut la Musik Fest Berlin, festival annuel organisé par les Berliner Festspiele, qui fait appel aux forces vives de la capitale allemande. Au sein de la plantureuse programmation, on citera une étonnante création d’Olga Neuwirth et une inégale monographie John Adams dirigée par le compositeur américain lui-même.
 

Le 16/09/2016
Laurent VILAREM
 



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  • Les Berliner Festspiele sont un peu l’équivalent de notre Festival d’Automne. Parallèlement à une foire d’art contemporain, la Musik Fest Berlin déroule ainsi plus d’une vingtaine de concerts dans différents endroits de la ville. Ce n’est donc pas tant un éventuel fil rouge qu’il faut chercher, mais une manière d’apprécier à sa juste valeur la richesse de la vie musicale berlinoise.

    L’Orchestre et le Chœur de la Deutsche Oper avaient choisi d’interpréter la rarissime Musique des sphères du Danois Rued Langgaard. Dans l’acoustique légendaire de la Philharmonie, on ne peut que rester pantois devant l’ampleur dynamique et la délicatesse déployées par son directeur musical Donald Runnicles. Écrite en 1918, l’œuvre scelle un improbable alliage entre Strauss, Ravel et Wagner dans un concept d’art total avec notamment un groupe instrumental spatialisé dans les hauteurs de la salle. Mais c’est bien davantage par son écriture harmonique digne d’un Ligeti et son incroyable tapis sonore que l’œuvre sidère encore aujourd’hui.

    La référence au compositeur hongrois, qui après avoir lu la partition aurait déclaré être un épigone de Langgaard, n’est pas fortuite puisqu’on retrouvait la musique de Ligeti dans le concert du Deutsches-Symphonies Orchester Berlin, ainsi que dans celui de l’Orchestre d’État de Bavière. De plus en plus joué, le Concerto Romanesc fait entendre le Ligeti d’avant les grandes micropolyphonies des années 1960. Pour cet ouvrage du compositeur alors âgé de 29 ans, c’est l’écrasant exemple du Concerto pour orchestre de Bartók qui saute immédiatement aux oreilles avec une tendance précoce à l’ironie parodique.

    Précis et bondissant, le chef tchèque Jakub Hrůša galvanise ensuite l’orchestre dans la création allemande d’un euphorisant concerto pour percussions d’Olga Neuwirth. Créé il y a un mois au festival de Lucerne, Trurliade Zone Zéro utilise l’un après l’autre une impressionnante série d’instruments à percussions (la valeureuse Robyn Schulkowsky qui remplaçait au pied levé Martin Grubinger souffrant) avec un humour décapant et un sens aigu de la surprise.

    Sur une durée de quarante minutes, l’Autrichienne orchestre des visions quasiment cinématographiques – l’œuvre s’inspire des sculptures de Tinguely et romans de science-fiction –, sans que jamais la tension ne faiblisse. Des moyens hétérogènes sont utilisés pour créer une débauche sonore d’une insolente santé, qui récoltera, comble du succès, quelques huées. Le DSO Berlin se déjoue magnifiquement d’une œuvre qu’on brûle d’ores et déjà de réentendre.

    Cette joie communicative du son ne se rencontrera hélas pas durant le concert de l’Ensemble Intercontemporain. Pas tant d’ailleurs dans la musique de la première partie, libre et baroque de son directeur musical, Matthias Pintscher, même si l’influence de Salvatore Sciarrino y est écrasante, que dans la reprise de No More Masterpieces, pénible alliage de vidéo (le collectif 33 1/3) et du Concerto Séraphin de Wolfgang Rihm, interminable musique au kilomètre qui rappelle à quel point le répertoire contemporain tombe encore trop souvent dans les trucs d’un métier ingrat.

    Déception également une semaine plus tard pour les Harmonielehre de John Adams interprétées par les Berliner Philharmoniker. Non pas que l’orchestre démérite dans ce chef-d’œuvre de 1985 mais bien plutôt que le compositeur américain est un piètre interprète de ses œuvres. Le corps raide, il bat la mesure de façon scolaire, ce qui avec une formation aussi réactive que les Berliner creuse un curieux contraste entre la beauté des sonorités et une conduite qui ne laisse pas respirer la musique. Ne subsistent alors que des polyrythmies évanescentes, stupéfiantes de précision comme un ampèremètre magnifique de fréquences et d’intensités, et une vision ripolinée de l’écriture orchestrale dans ce qu’elle a de plus extérieure et spectaculaire.

    Le jugement sera plus mitigé encore pour Scheherazade.2, la toute dernière œuvre que John Adams promène depuis sa création new-yorkaise en 2015 dans toutes les grandes villes. En génie communicant, le nouvel artiste en résidence des Berliner prend tout d’abord le micro pour expliquer avoir eu l’idée de ce concerto pour violon d’une quarantaine de minutes lors d’une exposition à l’Institut du Monde arabe à Paris.

    Le pari musical est simple : Adams reprend l’héroïne du poème symphonique de Rimski-Korsakov pour en faire une protagoniste moderne désireuse de se libérer de ses bourreaux. Les deux premiers mouvements de cette symphonie dramatique déçoivent terriblement : on retrouve le mélange très hétérogène d’influences qui fait la faiblesse de la récente production du compositeur. L’écriture soliste et orchestrale oscille entre Bartók, Korngold et toute la musique hollywoodienne des années 1930 et 1940.

    Puis soudain, sans crier gare, le compositeur américain retrouve le ton juste dans le troisième mouvement intitulé Scheherazade and the Men with Beards. Comme dans ses opéras, le compositeur de Nixon in China renoue avec un discret arrière-plan politique. Ici des hommes barbus représentés par l’orchestre soumettent à la question une Scheherazade au violon qui reste stoïque et digne devant les déflagrations de rage du tribunal masculin. Musicalement, Adams se rapproche de son œuvre récente la plus sombre et la plus réussie, Doctor Atomic, et réussit enfin à tisser une narration musicale qui se dérobait jusque-là. Avec son impeccable soliste, la violoniste Leila Josefowicz, Scheherazade.2 s’écoute alors comme un bon polar féministe, qui culmine dans une grande effusion sibélienne.




    07/09/2016, Philharmonie, Berlin
    Rued Langgard (1893-1952)
    Sfaernernes Musik
    Chor & Orchester der Deutschen Oper Berlin
    direction : Donald Runnicles

    09/09/2016, Haus der Berliner Festspiele, Berlin
    Matthias Pintscher (*1971)
    A sonic eclipse
    Clément Saunier, trompette
    Jean-Christophe Vervoitte, cor
    No More Masterpieces
    Wolfgang Rihn (*1952)
    Concerto Séraphin
    33 1/3 collective, vidéo
    Ensemble Intercontemporain
    direction : Matthias Pintscher

    11/09/2016, Philharmonie, Berlin
    György Ligeti (1923-2006)
    Concerto Romanesc
    Olga Neuwirth (*1968)
    Trurliade Zone Zero
    Robyn Schulkowsky, percussions
    Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
    direction : Jakub Hrůša

    16/09/2016, Philharmonie, Berlin
    John Adams (*1947)
    Harmonielehre
    Scheherazade.2
    Leila Josefowicz, violon
    Berliner Philharmoniker
    direction : John Adams




    Le 16/09/2016
    Laurent VILAREM




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