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CHRONIQUES
20 août 2018

Passeport lyrique

On ne peut plaire à tout le monde et il est concevable que le charme hypnotique pour les uns soit le pensum des autres, comme c'est le cas avec l'Amour de loin récemment donné au Châtelet. Reste que cette oeuvre est un bon prétexte pour observer un tic émergeant de la création lyrique contemporaine.
 

Le 01/12/2001
Eric SEBBAG
 



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  • Encore bien rares sont les oeuvres qui, comme l'Amour de loin, passent la rampe des grandes scènes lyriques internationales. Emblématique à cet égard, puisque déjà jouée sur deux scènes très prestigieuses (Salzbourg et le Châtelet), l'oeuvre de Kaija Saariaho se remarque aussi par quelques points saillants.

    Un certain retour à la consonance (et non à la tonalité comme on l'entend dire ici et là) a semble-t-il beaucoup frappé les auditeurs. Mais au nom de quoi l'interdire ? On a pu aussi noter une écriture vocale sans immenses sauts d'intervalles - les chanteurs ne se plaindront pas- ou l'intégration discrète des sons électroniques.

    Mais pourquoi de si nombreux ouvrages lyriques entendus ces dernières années (notamment K de Manoury, Salammbô de Fénelon et à moindres égards Trois Soeurs d'Eötvos et Wintermachen de Boesmans) ont pour trame orchestrale des notes ou accords tenus et superposés presque sans fin ?

    Pour accéder aux grandes scènes lyriques sans faire fuir le public, faut-il obligatoirement en revenir à la technique du faux-bourdon et aux notes en pédale infinies ? Outre le manque d'imagination que cela trahit, on ne peut éviter la référence aux musiques de films qui, depuis Hitchcock et Bernard Hermann, ont abusé de ces techniques des sons insistants pour paraphraser les moments de tension, de suspense, d'angoisse ou de mystère.

    Le grand connaisseur de la création contemporaine qu'est Jean-Pierre Derrien a parfaitement décrit le phénomène dans le livret d'un disque de la collection Musique Française d'aujourd'hui (HMC 5180) consacré aux oeuvres de Philippe Fénelon : " Le langage sériel - annulé par la polarité obstinée d'un ré - est le fondement-même de la démarche d'Epilogue(N.D.L.R. : le nom d'une composition de Fénelon), pièce qui utilise par ailleurs des types de périodicité harmonique ou rythmique que le sérialisme s'était efforcé de faire disparaître "

    C'est ce même phénomène de polarité autour d'une note ou d'un accord que Derrien qualifie plus loin de " provocation " dans le contexte du sérialisme. Par antithèse, cette provocation contre le système de la série est devenue un moyen d'humaniser toutes ces musiques contemporaines réputées difficiles, et dont les oeuvres sérielles ne sont que l'emblème vieillissant.

    Epilogue n'est pas une oeuvre vocale mais il semble bien que cette manie de la note tenue, pour mieux faire avaler le reste, soit devenue le nouveau passeport d'accès à l'art lyrique contemporain.

    Bien sûr, ce grief n'est pas en soi suffisant pour condamner toutes ces oeuvres qui recèlent, pour certaines, biens d'autres qualités, mais quand on songe aux ambitions colossales qui ont porté la création musicale au XXe siècle, que l'on ait réinventé un tic de composition encore plus primaire que la basse d'Alberti ou la marche harmonique n'est pas un mince exploit.




    Le 01/12/2001
    Eric SEBBAG




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