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CHRONIQUES
21 mai 2018

" Variété " de Mauricio Kagel, nouvelle production du concert-spectacle pour artistes et musiciens.

N'arrêtez pas ce cirque !
© Cité de la Musique

© Cité de la Musique

Pour convaincre, la musique écrite a souvent emprunté le chemin du théâtre, avec ou sans scène pour la porter. Elle s'est beaucoup plus rarement aventurée sous les chapiteaux d'un cirque. Avec la une nouvelle production scénique du Variété de Mauricio Kagel, c'est plutôt le cirque qui s'est arrimé sur la scène de la Cité de la Musique.
 

Le 20/12/2001
Eric SEBBAG
 



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  • Dixit Mauricio Kagel : " L'humour est un élément essentiel de la vie. Si je devais en perdre le sens, cela voudrait dire que ma fin est proche. En vérité, je pense que l'humour est ce qu'il y a de plus sérieux au monde. "

    Corrosif, insidieusement provocateur et systématiquement anti-contructiviste, Kagel a imposé dès les années soixante son penchant caustique. On lui doit une sorte de double musical du Théâtre de l'Absurde dont Arthaud, mais aussi Ionesco voire Sartre, et bien sûr Beckett, ont été les principaux acteurs.

    Le compositeur en assume clairement les conséquences en devenant professeur et expérimentateur d'un Nouveau Théâtre Musical pour le Conservatoire de Cologne ; il restera à portée de rideaux vingt-trois ans durant.

    Achevé en 1977, " Variété " est l'un des nombreux rejetons de ce mariage fécond. L'oeuvre sous-tend manifestement une réflexion sur les arts populaires et donne un écho de la fascination du compositeur pour les artistes dit de " Variété ".

    À ce genre par définition hétéroclite, sa partition emprunte l'instrumentarium (accordéon, harmonica, batterie, saxophone
    ) et s'immisce dans les schémas connus (valse, ragtime, musette
    ), en prenant soin de les vider de toute conduite prévisible : tantôt en laissant tourner à vide, parfois en liquéfiant sous des strates de dissonances amoncelées sans heurts ; un peu comme un moteur ronflant normalement mais refusant obstinément d'embrayer.

    Ramolli du chapiteau

    Au disque (Montaigne, MO 782013), cela peut donner à l'auditeur l'impression qu'on le prend pour un ramolli du chapiteau, tant la musique se complaît à tourner en rond. À la scène, celle-ci devient la parole insensée d'un théâtre non-verbal qui chatouille volontiers les zygomatiques.

    Mais Kagel n'impose aucune politique pour que l'on porte sa musique sur des planches, c'est au metteur en scène de composer son propre gouvernement. Ici, Bernard Kudlak a convié jongleurs, acrobates, trapéziste, contorsionniste et clowns, mais les musiciens - à commencer par le chef - ont des rôles d'acteurs à part entière. Réciproquement, les bateleurs sont presque musiciens.

    La drôle d'équipe campe des petits drames au burlesque souvent imparable, et dont la forme n'est pas sans rappeler le cinéma muet : ici un personnage dissimule à grand-peine sa nudité derrière une feuille de papier journal, là, on joue au tennis avec deux violoncelles comme raquettes, plus loin, l'ombre du chef d'orchestre se désolidarise de son maître et n'en fait qu'à sa baguette.

    Les numéros plus spécifiques de l'univers forain semblent moins inventifs et ne valent que pour le décalage que leur procure la partition, y compris avec les rythmes paraphrasant l'action (au trampoline par exemple), et les roulements de tambours suspendus aux figures acrobatiques (trapèze, cordes
    ).

    Mais pas de chutes dans le vide du haut des clefs de sol, de sauts périlleux des doubles croches sans filets, de fil-de-férisme avec trompettes et batteries au bord de l'abîme, cet Opéra-cirque et circulaire possède cette pointe de désuétude, de tendresse poétique parfum pantomime et pellicule sépia, qui lui confère un charme flagrant, celui d'un spectacle qui ne se prend jamais au sérieux.

    Une leçon que la création contemporaine ne devrait jamais oublier avant de faire son cirque.




    Le 20/12/2001
    Eric SEBBAG




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