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CHRONIQUES
21 août 2018

Des victoires faute de combattants

Le 06/03/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Célébrez, célébrez, il se vendra toujours quelque chose. Une large part de la musique jamais écrite dans l'histoire de l'humanité, l'a été en vue de célébrer. Célébrer les dieux, les saints, les démons, les puissants, les héros, les mages, les sages, les naissances, les récoltes, les funérailles et toutes sortes d'autres objets de la pompe musicale. Mais, de nos jours, une part non négligeable de l'ardeur grégaire et festive est investie dans la célébration de la musique elle-même. J'en veux pour preuve les communions cathodiques intitulées "victoires de la musique". Première surprise, il y a les "victoires de la musique classique et jazz" et les "victoires de la musique"...tout court. Pourquoi pas les victoires de la musique tzigane ou de la musique byzantine ? En tout cas, on veut croire que cela ne traduit pas une incompatibilité entre les musiques dites "classique ou jazz", et la musique tout court.

    Ces multiples victoires ne sont que des rejetons tardifs, d'une longue lignée de cérémonies d'autocongratances mutuelles, à savoir les Oscars et les Césars du cinéma, les Sept d'or de la télévision ou encore les Molières du théâtre. Certains ont amplement stigmatisé ces rites télévisuels ou le strass et les paillettes ne font briller que l'esprit de patronage. Pour ma part je voudrais pourtant en défendre le principe. Le jugement des "professionnels de la profession" a ceci d'intéressant qu'il émane de personnes connaissant tous les dessous du métier. Si un artiste ou un CD sont entièrement fabriqués par quelques démiurges du marketing, qui mieux que les observateurs postés au sein de la citadelle le sauront ?

    Reste à avoir sur quels éléments juge-t-on. Qui peut entendre toutes les productions d'opéras, tous les concerts, tous les CD ? Si cette personne existe, elle se prénomme forcément Janus. Chez les "pros" comme ailleurs, le bouche à oreille (quand ce n'est pas le téléphone arabe) reste le vecteur le plus usuel de l'information. Dans ce contexte, ce jugement n'est donc qu'une mesure de la notoriété. Mais établir sa notoriété avec ce jury réputé impitoyable est en soi appréciable ; sauf quand un attaché de presse malin brouille les pistes. À la dernière cérémonie des Césars, le film "Venus beauté" a raflé toutes les principales récompenses, à la surprise générale. Serait-ce le film du siècle ? Même son auteur n'y prétendrait pas. Simplement, l'attaché de presse a eu l'idée ingénieuse d'envoyer une cassette du film à tous les votants. Or, sauf pour quelques journalistes extra-lucides, le jugement ne peut s'exercer que sur un objet que l'on a vu. Mais le point le plus important réside surtout dans l'établissement du jury lui-même. Pour les récompenses en musique comme ailleurs, quelles sont les règles qui définissent le statut de "professionnel" d'une discipline ? La liste en est-elle publique ? De fait, les victoires des muses seraient réellement plus crédibles si l'électorat n'était pas si restreint et le financement de l'opération si peu transparent. Faute d'y remédier, on ne décernera que des victoires à la Pyrrhus.




    Le 06/03/2000
    Eric SEBBAG




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