altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CHRONIQUES
03 décembre 2021

Des victoires faute de combattants

Le 06/03/2000
Eric SEBBAG
 



Les 3 dernières chroniques

  • Montpellier 2021 (4) : De la Terre aux √Čtoiles

  • Montpellier 2021 (2) : De la Terre aux Cigales

  • Montpellier 2021 (3) : De la Terre aux Pl√©√Įades

    [ Toutes les chroniques ]

     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)



    Envoi de l'article
    à un ami

  • C√©l√©brez, c√©l√©brez, il se vendra toujours quelque chose. Une large part de la musique jamais √©crite dans l'histoire de l'humanit√©, l'a √©t√© en vue de c√©l√©brer. C√©l√©brer les dieux, les saints, les d√©mons, les puissants, les h√©ros, les mages, les sages, les naissances, les r√©coltes, les fun√©railles et toutes sortes d'autres objets de la pompe musicale. Mais, de nos jours, une part non n√©gligeable de l'ardeur gr√©gaire et festive est investie dans la c√©l√©bration de la musique elle-m√™me. J'en veux pour preuve les communions cathodiques intitul√©es "victoires de la musique". Premi√®re surprise, il y a les "victoires de la musique classique et jazz" et les "victoires de la musique"...tout court. Pourquoi pas les victoires de la musique tzigane ou de la musique byzantine ? En tout cas, on veut croire que cela ne traduit pas une incompatibilit√© entre les musiques dites "classique ou jazz", et la musique tout court.

    Ces multiples victoires ne sont que des rejetons tardifs, d'une longue lign√©e de c√©r√©monies d'autocongratances mutuelles, √† savoir les Oscars et les C√©sars du cin√©ma, les Sept d'or de la t√©l√©vision ou encore les Moli√®res du th√©√Ętre. Certains ont amplement stigmatis√© ces rites t√©l√©visuels ou le strass et les paillettes ne font briller que l'esprit de patronage. Pour ma part je voudrais pourtant en d√©fendre le principe. Le jugement des "professionnels de la profession" a ceci d'int√©ressant qu'il √©mane de personnes connaissant tous les dessous du m√©tier. Si un artiste ou un CD sont enti√®rement fabriqu√©s par quelques d√©miurges du marketing, qui mieux que les observateurs post√©s au sein de la citadelle le sauront ?

    Reste à avoir sur quels éléments juge-t-on. Qui peut entendre toutes les productions d'opéras, tous les concerts, tous les CD ? Si cette personne existe, elle se prénomme forcément Janus. Chez les "pros" comme ailleurs, le bouche à oreille (quand ce n'est pas le téléphone arabe) reste le vecteur le plus usuel de l'information. Dans ce contexte, ce jugement n'est donc qu'une mesure de la notoriété. Mais établir sa notoriété avec ce jury réputé impitoyable est en soi appréciable ; sauf quand un attaché de presse malin brouille les pistes. À la dernière cérémonie des Césars, le film "Venus beauté" a raflé toutes les principales récompenses, à la surprise générale. Serait-ce le film du siècle ? Même son auteur n'y prétendrait pas. Simplement, l'attaché de presse a eu l'idée ingénieuse d'envoyer une cassette du film à tous les votants. Or, sauf pour quelques journalistes extra-lucides, le jugement ne peut s'exercer que sur un objet que l'on a vu. Mais le point le plus important réside surtout dans l'établissement du jury lui-même. Pour les récompenses en musique comme ailleurs, quelles sont les règles qui définissent le statut de "professionnel" d'une discipline ? La liste en est-elle publique ? De fait, les victoires des muses seraient réellement plus crédibles si l'électorat n'était pas si restreint et le financement de l'opération si peu transparent. Faute d'y remédier, on ne décernera que des victoires à la Pyrrhus.




    Le 06/03/2000
    Eric SEBBAG




      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com