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CHRONIQUES
21 février 2018

Retour homérique
à l'Opéra Comique

© Elisabeth Carechio

© Elisabeth Carechio

Heureux qui comme un Parisien a pu faire un beau voyage jusqu'à la Salle Favart ? À condition d'avoir une bourse dodue et de large surface, ou à la rigueur un banquier compréhensif, on se sera offert le périple avec cet Ulysse qui avait enchanté Aix voici deux ans. Vous avez dit « Théâtre Musical Populaire » ?
 

Le 12/03/2002
Eric SEBBAG
 



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  • Trop cher le " Théâtre Musical Populaire " ? Qu'on en juge plutôt sur pièces (beaucoup de pièces
    ) : 170 euros (soit 1 115,13 F) en première catégorie, 130 euros en seconde (soit encore quelque 852,74 F), et ensuite respectivement 100, 30 et 15 euros pour les trois dernières catégories. Pis, ce spectacle n'était pas ouvert aux réductions usuelles (étudiants, chômeurs, etc.).

    L'explication ? Jérôme Savary l'a donné sur les ondes de Radio-France le soir même de la première. D'un côté, il s'est engagé à honorer de quelques parcimonieuses productions le répertoire baroque dans cette Salle Favart qui avait été pressentie avant lui comme la " scène baroque " qui manquait à la capitale ; de l'autre il clame à raison ne pas avoir les moyens pécuniaires de tenir ses engagements.

    Avec ce Retour d'Ulysse Aixois, il semblait pourtant avoir fait le choix de l'économie sans mégoter sur la qualité artistique comme l'an passé avec le malheureux Catone in Utica expédié par Malgoire et sa gentille cohorte si mal armée pour servir les fastes de l'Opera Seria.

    Pour Ulysse, la distribution réunie par Christie était jeune et composée de quasi inconnus (si ce n'était Gaëlle Méchaly et Stéphanie d'Oustrac qui manquent d'ailleurs à l'appel dans les murs du Comique), donc a priori peu onéreuse. La mise en scène est elle aussi chiche de moyens : par exemple deux figurants agite un drap blanc tendu depuis les cintres pour figurer une tempête, mais elle n'en a pas moins l'imagination luxueuse et florissante, comme pour illustrer une loi théâtrale non écrite qui rend la créativité scénique inversement exponentielle du manque de fonds.

    Reste évidemment le cachet des Arts Flo, sans doute à la hauteur de sa réputation de brigade d'élite baroque ; mais ici en petite formation où dominent les continuistes, mais un Christie qui ne dirige pas et préfère se délecter des claviers de l'orgue, du clavecin et de la régale. Pourtant, la rumeur suggère que ce plateau aura coûté quelque 76 000 euros (environ 500 000 F) par représentation (il y en eut quatre). Savary serait-il aussi riche (et souvent noble) amuseur que pauvre négociateur ?

    Contredanse sonnante et trébuchante

    Bref, cet Ulysse ne fut pas populaire et tous les fauteuils n'ont pas trouvé locataires. Dommage, car passé cette contredanse sonnante et trébuchante, la gloire d'Ulysse ne fut pas usurpée. Malgré un dispositif scénique spartiate, Adrian Noble accomplit l'exploit de donner une figuration valable de cette ambiguïté des mondes humains et divins qui habite tout l'opéra baroque.

    Quelques rideaux avec de fils terminés par des micro-lampes scintillantes, quelques flammes de torche, quelques drapés et un éclairage clairvoyant, le merveilleux qui hypnotise chez Homère se laisse contempler sur la scène. Sans compter que pas un décimètre carré de celle-ci ne sera délaissé par une direction d'acteur virtuose et constamment dynamique.

    Dans la fosse, le continuo fleurit aussi bien les croches humaines que les éclairs divins. Et si Jupiter ressemble à un derviche sur un tapis volant et sa voix ne suggère pas une force surnaturelle, les musiciens lui rendent la foudre qu'il a oubliée sur son Olympe.

    L'Ulysse de Kresimir Spicer est au contraire une force de la nature vocale. Si ses immenses moyens ne sont pas toujours contrôlés, il figure comme jamais la puissance du héros de l'Odysée. La Pénélope de Marjana Mijanovic n'en est pas moins fidèle à l'image de cette héroïne à l'amour incorruptible avec une ligne vocale de la même étoffe : soyeuse, profonde, sombre et inattaquable.

    Si on peut regretter la défection de la Stéphanie d'Oustrac dont la bonne fortune a trouvé d'autres Victoires, on comprend en revanche l'élision d'un long monologue de Minerve, malgré la convaincante Olga Pitarch, pour un opéra qui dure déjà 3 h 10.

    Mais si la distribution trahit ça et là quelques faiblesses, c'est la cohérence du travail d'équipe que l'on retient, tout comme le souffle justement homérique d'une geste musicale dont le divin Claudio reste le premier héros.


    Lire aussi la revue de presse de la création aixoise et l'avis de Sylvie Bonier.


    Le même spectacle se donnera à l'Opéra de Bordeaux les 24,26,28,29,31 mai prochains ainsi que le 1er juin. Nettement plus raisonnables qu'à Paris, les tarifs s'échelonneront de 8 à 69 euros.


    Opéra créé en 1640, Teatro SS. Giovanni e Paolo, Venise
    Les Arts Florissants
    Clavecin, orgue et régale : William Christie
    mise en scène : Adrian Noble
    décors, costumes : Anthony Ward
    lumière : Jean Kalman

    Avec Kresimir Spicer (Ulysse), Marijana Mijanovic (Penelope), Rachid Ben Abdeslam (Umana Fragilità, choeur), Paul-Henry Vila (Il Tempo, Nettuno), Katalin Karolyi (La Fortuna, Melanto), Olga Pitarch (Amore, Minerva), Éric Raffard (Giove), Rebecca Ockenden (Giunone), Cyril Auvity (Telemaco), Bertrand Bontoux (Antinoo, choeur), Christophe Laporte (Pisandro, Feace, choeur), Andreas Gisler (Anfinomo, choeur), Zachary Stains (Eurimaco), Joseph Cornwell (Eumete), Robert Burt (Iro), Geneviève Kaemmerlen (Ericlea), Marcio Soares Holanda (Feace, choeur), Bertrand Chuberre (Feace).


    Production du Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence
    en coproduction avec l'Opéra de Bordeaux, l'Opéra de Lausanne, l'Opéra Comique, le Théâtre de Caen.




    Le 12/03/2002
    Eric SEBBAG




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