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CHRONIQUES
15 octobre 2019

Callas sous les pavés

Au début des années 70, Maria Callas avait nourri le projet, vite abandonné, d'écrire ses mémoires : « Comme je ne suis pas du genre à travestir la vérité, j'aurais dû dire les choses telles qu'elles étaient. Il est donc préférable que je me taise. » Elle laissait ainsi le champ libre aux biographes de tous poils. Ils viennent de se déchaîner à coups de gros pavés.
 

Le 19/11/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Au dĂ©but des annĂ©es 70, Maria Callas avait nourri le projet, vite abandonnĂ©, d'Ă©crire ses mĂ©moires : « Comme je ne suis pas du genre Ă  travestir la vĂ©ritĂ©, j'aurais dĂ» dire les choses telles qu'elles Ă©taient. Il est donc prĂ©fĂ©rable que je me taise. Â» Elle laissait ainsi le champ libre aux biographes de tous poils. Ils viennent de se dĂ©chaĂ®ner Ă  coups de gros pavĂ©s.

    Pour ce 25e anniversaire de la disparition de la Diva des divas, ils sont nombreux Ă  vouloir s'emparer de son histoire, en se souciant peu de cette vĂ©ritĂ© qui lui avait peut-ĂŞtre semblĂ© trop cruelle Ă  dire. Les journaux Ă  scandale leur fournissent une matière première de choix : personnages de comĂ©die et de tragĂ©die, orages, luxe et voluptĂ©. Mais combien de ses biographes l'avaient vu et entendu sur une scène d'opĂ©ra ou de concert ?

    Le disque, qui lui aura rarement rendu justice, allait leur suffire pour forger les images de la lĂ©gende, occultant la plupart du temps l'essentiel : l'art du chant de Maria Callas, d'une originalitĂ© et d'une science absolues, et en mĂŞme temps d'une si grande fragilitĂ©. Ă€ l'exception de deux d'entre eux, les livres qui accompagnent la cĂ©lĂ©bration du 25e anniversaire de sa mort n'y Ă©chappent pas.

    Madeleine Chapsal en fait l'héroïne pathétique qui rejoint Marilyn Monroe dans son mal de vivre (Toutes deux ont été propulsées au sommet par des hommes
    Mais est-ce que les hommes nous mĂ©ritent, nous les femmes ?
    ). Maria, sĂ©duite et abandonnĂ©e qui se meut d'amour pour un arrogant armateur grec, manipulateur, assoiffĂ© du dĂ©sir d'apparaĂ®tre ; Maria, victime de sa propre gloire, cet ocĂ©an sans limites dans lequel elle ne pouvait que se noyer : une de ces figures que l'on n'admire et n'admet « qu'après Â». Une pièce Ă  verser au dossier d'un fĂ©minisme toujours aussi militant.

    Martin Monestier, lui, puise en grande partie dans « Le Livre du Souvenir Â» qu'il consacrait dĂ©jĂ  Ă  Callas en l985. Il y suit pas Ă  pas, jour après jour, sa vie entre paradis et enfer, dĂ©clinant sa carrière sur toutes les scènes du monde, jusqu'au dĂ©clin et Ă  la chute. Autour d'elle s'agitent les chefs, les administrateurs, les chanteurs, les metteurs en scène, tous ceux avec qui elle nouera des relations orageuses, mais souvent fertiles. Et il ne manque pas de faire sortir de l'ombre le mari pygmalion Meneghini, pour lui laisser le dernier mot : On l'a laissĂ© mourir
    Un livre qui est à la fois plaidoyer et réquisitoire.

    Anne Edwards quant Ă  elle, ne cache pas sa fascination pour les monstres sacrĂ©s, comme elle l'a dĂ©jĂ  prouvĂ© dans ses biographies de Judy Garland, Vivien Leigh, ou Lady Di. Nouvelles variations sur le thème de la dĂ©faite d'une femme sous influence, histoire d'une soumission dĂ©lĂ©tère Ă  la mère, relayĂ©s par le professeur, le mari et l'amant. Son « portrait Â» de Callas reste encore une fois Ă  la surface des choses, entre colères, rĂ©gimes, confidences vraies ou fausses des proches ou de ceux qui ont prĂ©tendu l'ĂŞtre.

    En revanche, il faut retenir le travail exemplaire de Nicolas Petsalis-Diomitis, le plus rigoureux, le plus documentĂ©, qui s'attache aux vingt-deux premières annĂ©es de Maria Callas : le dĂ©part des Etats-Unis Ă  l'âge de douze ans, l'arrivĂ©e dans la Grèce occupĂ©e, la dĂ©couverte de la voix et de ses pouvoirs, et l'image corrigĂ©e de la jeune fille introvertie, lourde et sans grâce, vivant sous la fĂ©rule d'une mère terrifiante.

    Une histoire colportée de livres en livres, considérablement nuancée ici par la correspondance inédite, en particulier la publication des lettres de famille, produite pour la première fois. Diomitis y décrit la formation de la musicienne et de la femme, en s'appuyant sur des témoignages irréfutables provenant des archives grecques, et des souvenirs de plus de deux cents personnes l'ayant vraiment connue. Il va jusqu'à accorder quelques circonstances atténuantes à la mère, Litsa, à propos de son comportement sous l'occupation ennemie, dicté par la nécessité de survivre.

    Enfin il livre tous les attendus des questions sordides soulevées par la succession de Callas, d'ou Meneghini ne sort pas grandi, et encore moins la pianiste grecque Vasso Devetzi, confondue pour captation d'héritage et soustraction de documents très privés.

    Il faut Ă©galement ajouter le livre-album de Jean-Jacques Hanine-Roussel : peu de textes, beaucoup de photos intelligemment mises en situation, Ă  la ville et Ă  la scène. L'hommage le plus sensible, qui a le mĂ©rite, pour les uns, de rĂ©veiller des souvenirs toujours aussi vibrants, et pour les autres, de continuer d'en rĂŞver longtemps encore.
    Françoise Malettra

    CÉLÉBRATION DE MARIA CALLAS


    LA CALLAS INCONNUE
    Nicolas Petsalis-Diomitis
    (Éditions Plon – 596 pages, 24 Â€)

    CALLAS, L'EXTREME
    Madeleine Chapsal
    (Éditions Michel Lafon – 212 pages, 18 Â€)

    LA CALLAS, DE L'ENFER A L'OLYMPE
    Martin Monestier
    (Éditions Le Cherche Midi – 547 pages, 22 Â€)

    MARIA CALLAS INTIME
    Anne Edwards
    (Éditions L'Archipel – 406 pages, 20,95 Â€)

    CALLAS UNICA
    Jean-Jacques Hanine-Roussel
    (Éditions Carnot – 320 pages, 30 Â€)




    Le 19/11/2002
    Françoise MALETTRA




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