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CHRONIQUES
16 août 2018

Callas sous les pavés

Au début des années 70, Maria Callas avait nourri le projet, vite abandonné, d'écrire ses mémoires : « Comme je ne suis pas du genre à travestir la vérité, j'aurais dû dire les choses telles qu'elles étaient. Il est donc préférable que je me taise. » Elle laissait ainsi le champ libre aux biographes de tous poils. Ils viennent de se déchaîner à coups de gros pavés.
 

Le 19/11/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Au début des années 70, Maria Callas avait nourri le projet, vite abandonné, d'écrire ses mémoires : « Comme je ne suis pas du genre à travestir la vérité, j'aurais dû dire les choses telles qu'elles étaient. Il est donc préférable que je me taise. » Elle laissait ainsi le champ libre aux biographes de tous poils. Ils viennent de se déchaîner à coups de gros pavés.

    Pour ce 25e anniversaire de la disparition de la Diva des divas, ils sont nombreux à vouloir s'emparer de son histoire, en se souciant peu de cette vérité qui lui avait peut-être semblé trop cruelle à dire. Les journaux à scandale leur fournissent une matière première de choix : personnages de comédie et de tragédie, orages, luxe et volupté. Mais combien de ses biographes l'avaient vu et entendu sur une scène d'opéra ou de concert ?

    Le disque, qui lui aura rarement rendu justice, allait leur suffire pour forger les images de la légende, occultant la plupart du temps l'essentiel : l'art du chant de Maria Callas, d'une originalité et d'une science absolues, et en même temps d'une si grande fragilité. À l'exception de deux d'entre eux, les livres qui accompagnent la célébration du 25e anniversaire de sa mort n'y échappent pas.

    Madeleine Chapsal en fait l'héroïne pathétique qui rejoint Marilyn Monroe dans son mal de vivre (Toutes deux ont été propulsées au sommet par des hommes
    Mais est-ce que les hommes nous méritent, nous les femmes ?
    ). Maria, séduite et abandonnée qui se meut d'amour pour un arrogant armateur grec, manipulateur, assoiffé du désir d'apparaître ; Maria, victime de sa propre gloire, cet océan sans limites dans lequel elle ne pouvait que se noyer : une de ces figures que l'on n'admire et n'admet « qu'après ». Une pièce à verser au dossier d'un féminisme toujours aussi militant.

    Martin Monestier, lui, puise en grande partie dans « Le Livre du Souvenir » qu'il consacrait déjà à Callas en l985. Il y suit pas à pas, jour après jour, sa vie entre paradis et enfer, déclinant sa carrière sur toutes les scènes du monde, jusqu'au déclin et à la chute. Autour d'elle s'agitent les chefs, les administrateurs, les chanteurs, les metteurs en scène, tous ceux avec qui elle nouera des relations orageuses, mais souvent fertiles. Et il ne manque pas de faire sortir de l'ombre le mari pygmalion Meneghini, pour lui laisser le dernier mot : On l'a laissé mourir
    Un livre qui est à la fois plaidoyer et réquisitoire.

    Anne Edwards quant à elle, ne cache pas sa fascination pour les monstres sacrés, comme elle l'a déjà prouvé dans ses biographies de Judy Garland, Vivien Leigh, ou Lady Di. Nouvelles variations sur le thème de la défaite d'une femme sous influence, histoire d'une soumission délétère à la mère, relayés par le professeur, le mari et l'amant. Son « portrait » de Callas reste encore une fois à la surface des choses, entre colères, régimes, confidences vraies ou fausses des proches ou de ceux qui ont prétendu l'être.

    En revanche, il faut retenir le travail exemplaire de Nicolas Petsalis-Diomitis, le plus rigoureux, le plus documenté, qui s'attache aux vingt-deux premières années de Maria Callas : le départ des Etats-Unis à l'âge de douze ans, l'arrivée dans la Grèce occupée, la découverte de la voix et de ses pouvoirs, et l'image corrigée de la jeune fille introvertie, lourde et sans grâce, vivant sous la férule d'une mère terrifiante.

    Une histoire colportée de livres en livres, considérablement nuancée ici par la correspondance inédite, en particulier la publication des lettres de famille, produite pour la première fois. Diomitis y décrit la formation de la musicienne et de la femme, en s'appuyant sur des témoignages irréfutables provenant des archives grecques, et des souvenirs de plus de deux cents personnes l'ayant vraiment connue. Il va jusqu'à accorder quelques circonstances atténuantes à la mère, Litsa, à propos de son comportement sous l'occupation ennemie, dicté par la nécessité de survivre.

    Enfin il livre tous les attendus des questions sordides soulevées par la succession de Callas, d'ou Meneghini ne sort pas grandi, et encore moins la pianiste grecque Vasso Devetzi, confondue pour captation d'héritage et soustraction de documents très privés.

    Il faut également ajouter le livre-album de Jean-Jacques Hanine-Roussel : peu de textes, beaucoup de photos intelligemment mises en situation, à la ville et à la scène. L'hommage le plus sensible, qui a le mérite, pour les uns, de réveiller des souvenirs toujours aussi vibrants, et pour les autres, de continuer d'en rêver longtemps encore.
    Françoise Malettra

    CÉLÉBRATION DE MARIA CALLAS


    LA CALLAS INCONNUE
    Nicolas Petsalis-Diomitis
    (Éditions Plon ? 596 pages, 24 ?)

    CALLAS, L'EXTREME
    Madeleine Chapsal
    (Éditions Michel Lafon ? 212 pages, 18 ?)

    LA CALLAS, DE L'ENFER A L'OLYMPE
    Martin Monestier
    (Éditions Le Cherche Midi ? 547 pages, 22 ?)

    MARIA CALLAS INTIME
    Anne Edwards
    (Éditions L'Archipel ? 406 pages, 20,95 ?)

    CALLAS UNICA
    Jean-Jacques Hanine-Roussel
    (Éditions Carnot ? 320 pages, 30 ?)




    Le 19/11/2002
    Françoise MALETTRA




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