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CHRONIQUES
20 octobre 2018

Un roman à ébruiter

La musique peut-elle être un bon sujet de roman ? Qui plus est, un roman à suspense ? C'est la folle entreprise opérée par Jeanne Martine Vacher dont on connaissait mieux le talent radiophonique que littéraire. De fait, si le livre qu'elle a composé s'intitule Silence, il mérite un destin des plus retentissants.
 

Le 22/11/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Dans la ville de Mongour où la musique a été mise hors la loi, Lynn Lagunitas, l'animatrice vedette de l'émission de radio A pleine voix ose braver l'interdit en diffusant le témoignage du pianiste sud-américain Manuel Paco dont les mains ont été sauvagement mutilées dans les geôles fascistes.

    À partir de cet instant, refusant la dictature du silence, elle va partir en guerre, seule contre tous, pour briser la loi scélérate et accomplir sa mission sacrée : débusquer toutes les musiques, partout où elles se terrent, et les redonner à la cité. Et la longue traque commence.

    Escortée de quelques fidèles âprement convertis à sa cause (Sheng, le réalisateur, Anna, la directrice des programmes, Jack, l'ami rongé par la maladie qui lui consacrera ses dernières forces), elle va mener de périlleuses expéditions, s'enfoncer dans les profondeurs de la ville où grouille tout un petit peuple qui n'a pas abdiqué, pénétrer des secrets terrifiants, et y rencontrer. la musique.

    Brave petit soldat qui veut ignorer le danger, Lynn vit pourtant sous la menace d'un inconnu, Noise, « l'assassin mélancolique » acharné à sa perte, qui lui envoie en guise d'avertissement des oreilles humaines prélevées à la morgue de Mongour, et assorties de mystérieux messages.

    De labyrinthes en souterrains, de grottes en sinistres repaires clandestins, elle va croiser des personnages, aussi inquiétants que fascinants, qui vont lui servir de passeurs et l'initier à un fabuleux savoir musical enfoui.

    Il y aura Blek, l'énigmatique servant d'Hildegarde von Bingen, Carlo, l'assistant stagiaire au passé aventureux, marqué au fer rouge par la voix du castrat Farinelli, Bouba, la féroce meneuse d'un clan de filles déjantées qui vit en camp retranché dans l'hallucinante cacophonie d'une tour infernale, Frère Tristan, qui enseigne aux enfants l'héritage de Guido d'Arezzo dans l'épopée de la musique occidentale


    D'autres, plus épisodiques, vont faire surgir comme des bulles hors du temps, les moments forts d'une histoire flamboyante, où la musique des origines rejoint l'impérialisme des technologies de notre temps, dans une trajectoire éclatée de formes, de styles et d'écoles. Silence est aussi un véritable manuel d'organologie, issu de la jungle nocturne de Mongour où se sont échoués des instruments du monde entier et de tous les âges.

    À suivre Lynn Lagunitas qui redécouvre la musique dans l'émerveillement de la révélation et la discontinuité du temps, on retrouve l'intrépide curiosité de Jeanne-Martine Vacher, sa volonté d'embrasser toutes les musiques, de les faire se questionner entre elles : tout ce qu'elle met en oeuvre depuis des années dans son émission Décibels sur France-Culture.

    Il y a là ? fait-elle dire à son héroïne ? quelque chose qui touche à l'infini autant qu'a l'obsession, une aspiration à la répétition que j'ai bien connue
    Je suis là, emportée par mon envie de tout, ma prétention à tout pouvoir croiser, à tout comprendre, tout digérer, sans restriction d'époques, de genres, de sensibilités ! C'est de la folie, je suis folle
    C'est le sage chinois qui a raison : une seule pièce, un seul air, devraient suffire à combler une vie !


    Un parcours savant, formidablement documenté, mais fondu avec un talent fou dans une intrigue romanesque conduite sur le souffle, une sorte de « stéréophonie ensorceleuse » entre pure réalité et pure fiction.

    Quant à Noise, l'effrayant pervers, il faudra naturellement attendre les dernières pages du livre pour le voir enfin démasqué. Et il le sera dans une scène apocalyptique, digne de saluer au passage la naissance d'une nouvelle maîtresse du suspense.

    Sérieusement, je crois que l'Education Nationale serait bien inspirée de mettre Silenceau programme des classes d'histoire de la musique, tous niveaux confondus !




    SILENCE
    de Jeanne-Martine Vacher
    Éditions du Seuil (540 pages. 21 ?)




    Le 22/11/2002
    Françoise MALETTRA




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