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CHRONIQUES
19 décembre 2018

Un choc Fantastique

Parce que longtemps la musique de Berlioz était restée pour David Cairns « un livre scellé », il fallait au grand critique anglais un événement extraordinaire pour faire de lui le berliozien inconditionnel qu'il est devenu. Par contrecoup, il délivre aujourd'hui deux imposants volumes sur le compositeur, deux essentiels de demain.
 

Le 25/11/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Pour David Cairns, le choc se produisit en 1957 avec une représentation des Troyens à Covent Garden, confirmé quelque temps plus tard par La Damnation de Faust, où l'auteur occupait le pupitre de percussions (!).

    Depuis, David Cairns a étayé sa découverte d'une somme impressionnante de connaissances et d'émotions sans cesse réactivées, passant au crible les écrits du musicien, la correspondance, les journaux intimes (jusqu'aux livres de compte
    ), en s'efforçant de rester objectif, parfois critique, en particulier devant les Mémoires, selon lui « une oeuvre didactique, plus qu'une confession », en essayant toujours de serrer la vérité au plus près, voire de la compléter.

    Les centaines de lettres inédites mises à jour dans la Correspondance générale d'Hector Berlioz publiée chez Flammarion, lui permettent d'apporter un éclairage nouveau sur les années d'apprentissage dans le désert musical du cercle familial et les débuts du musicien qui forment le corps du premier volume : l'arrivée dans le Paris de la Restauration, l'incompréhension des milieux officiel contre les amitiés durables et « consolantes » avec les principaux acteurs du mouvement romantique, le Prix de Rome longtemps différé, et « l'adoration secrète », loin encore d'être partagée, pour la comédienne anglaise Harriett Smithson.

    Et au milieu de toutes ces turbulences, le coup de tonnerre de La Symphonie fantastique, le 9 décembre 1832, au Conservatoire de Paris. Et là, David Cairns bat en brèche, avec des vibrations dans la plume, les « spéculations oiseuses » sur la musique à programme : « La musique tient bon, alors que le programme s'évapore dans le vide. »

    Les oeuvres, dans ce long parcours, ne font pas l'objet d'analyses séparées, mais s'intègrent tout naturellement dans le texte qu'elles dominent de leur présence. C'est un portrait de l'inspiratrice de la Fantastique qui ouvre le second volume : Harriett enfin conquise, au charme « si puissant », capable de « si grands ravages »,et qui finira par consentir au mariage.

    Un long chapitre lui succède sur le Berlioz feuilletoniste au Journal des débats, « plein d'humour et d'ironie, sans complaisance, mais toujours civilisé », avec quelques accès de rage sur les manoeuvres de diversion obligées (« A quels misérables ménagements ne suis-je pas contraint. Que de concessions faites aux relations sociales, et même à l'opinion publique »).

    C'est le temps de la servitude et de la grandeur, le temps des illusions perdues avec l'échec de Benvenuto Cellini, et le début de l'errance à travers l'Europe : l'Allemagne, La Russie, l'Angleterre surtout, où l'on reconnaîtra en lui l'un des meilleurs chefs du siècle, et où il choisira de s'exiler après la défaite cuisante de La Damnation de Faust à l'Opéra-Comique en 1846 : « Ma musique a pris sur le public anglais comme le feu sur une traînée de poudre. » (Et on ne s'étonnera pas que David Cairns s'attarde sur cette période avec une évidente délectation).

    Mais les concerts londoniens ne permettent pas à Berlioz de gagner sa vie, et il faut repartir, avec la certitude d'être de trop sur terre. Le Te Deum de 1850 va sanctionner cette vision du monde qui s'est durcie : le Dieu qu'on y implore reste terriblement distant, et son jugement implacable.

    Encore une fois, la reconnaissance viendra d'ailleurs. Il faudra le triomphe de Benvenuto Cellini à Weimar, monté grâce à l'appui de Liszt, l'ami indéfectible, pour que Paris salut enfin La Damnation et Les Nuits d'été, et que l'écrivain remporte son plus grand succès avec Les Soirées de l'orchestre.

    Quant au dossier des Troyens, il inspire à David Cairns des pages d'un enthousiasme à la mesure de celui de Berlioz qui écrit : « Quel grand compositeur que ce Virgile, quel mélodiste, quel harmoniste ! » Berlioz qui connaîtra l'amertume de n'avoir entendu de son vivant que des extraits de son oeuvre maîtresse, la décrivant comme « Une grande machine dramatique, un grand poème, une mer de musique. »

    La correspondance qui accompagne les trois années de composition de l'opéra est extrêmement précieuse, David Cairns choisissant de s'effacer derrière son héros pour lui donner la parole. Il la reprend pour faire entrer en scène Wagner : il ne s'agit plus ici du vainqueur de Berlioz, de l'annonciateur de la nouvelle musique contre celle du passé, mais du face à face entre deux forces antinomiques, dont il analyse les incompatibilités esthétiques et idéologiques. Même si, à propos de l'échec retentissant de Tannhaüser, il reprend la petite phrase assassine de Berlioz : « La presse est unanime pour l'exterminer, je suis bien vengé ! »

    Enfin à méditer, cet avertissement de David Cairns : « Les génies créateurs sont des mystères pour qui n'est pas des leurs. Nous les suivons toujours à quelque distance en arrière, et les apercevons rarement de face. Mais on ne saurait faire demi-tour une fois lancé dans cette quête. » Dans le cas présent, si le génie n'a pas livré tous ses secrets, les deux ouvrages de Cairns ont de quoi exaucer bien des v?ux de mélomanes.





    HECTOR BERLIOZ
    David Cairns
    Volume I : La formation d'un artiste (1803-1832)
    Volume II : Servitude et grandeur (1832-1869)
    Éditions Fayard (Vo.1 : 710 pages, 32 ? - Vol.2 : 943 pages, 35 ?)




    Le 25/11/2002
    Françoise MALETTRA




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