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CHRONIQUES
25 février 2018

Une boussole de papier

Guy Erismann est indiscutablement un des meilleurs connaisseurs de la musique tchèque et ses biographies de Smetana, Dvorak, Janacek et Martinù font autorité. Dans son dernier livre sur le sujet, il bat en brèche cette idée reçue selon laquelle avant le XIXe, il y aurait des musiciens tchèques, mais pas de musique tchèque.
 

Le 28/11/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Pour faire la preuve de sa thèse, Guy Erismann embrasse l'histoire de la Bohême et de la Moravie du Moyen âge à nos jours, afin de dire ce que fut l'épopée d'un peuple, où la musique aura été de tous les combats, ceux d'un pays écartelé entre les guerres, les religions, les dynasties, les langues, ouvert à toutes les résistances et à des révolutions qui n'ont pas toujours été de velours.

    La musique qui prendra la parole et agira, associée à la conquête d'une réalité culturelle, et surtout d'une langue, porteuse de ses valeurs identitaires. Et c'est tout un passé qui est révélé, un passé trop longtemps absent des commentaires musicologiques, le même qui s'inscrit partout dans la sculpture et dans l'architecture de Prague.

    On traverse le temps du XIVe siècle, quand les liturgies orientales coexistaient avec l'Ars Nova, celui de la révolution culturelle hussite qui conduira à la Réforme et à la Contre-Réforme, le temps du déclin après la grandeur, le temps du réveil national au siècle des lumières, celui des triomphes de Mozart à Prague, jusqu'au XIXe siècle dont Smetana sera le héros, et son opéra La Fiancée vendue l'étendard.

    Historien au plein sens du terme, Guy Erismann s'attache avant tout à faire comprendre à quel point l'émergence des grandes figures musicales est intimement liée à « la question nationale », aux fractures politiques et religieuses qui la sous-tendent, et aux vagues d'émigrations successives en Italie, en France, ou aux États-Unis, qui souvent en ont été la conséquence directe.

    La force de ce livre est pour la première fois de dresser un état des lieux qui prend aussi largement en compte la situation de la création contemporaine, dans un constat en forme d'interrogation : « Si la classe musicale, longtemps enfermée dans ses frontières et une idéologie octroyée, a su résister à l'appel des sirènes et aux modèles d'une avant-garde terrorisante dont l'Occident vient seulement de s'affranchir, pour poursuivre sur des basses inviolables sa quête de modernité, elle n'a plus à lutter aujourd'hui pour sa langue et la réalité de son théâtre national. Devant une telle alternative, les compositeurs seront-ils capables d'inventer une nouvelle histoire ? En auront-ils seulement le désir ? »

    Tous ceux qui entreprennent le voyage en pays tchèques seraient bien inspirés d'emporter ce livre-boussole dans leurs bagages, et de la consulter fréquemment avant de se rendre à l'opéra ou au concert. Leur regard et leur écoute risquent d'en être durablement changés.


    La musique dans les pays Tchèques Par Guy Erismann Éditions Fayard « Collection « Les Chemins de la musique » 605 pages, 27,50 ?



    Le 28/11/2002
    Françoise MALETTRA




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