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CHRONIQUES
18 février 2018

Jeunesse au Théâtre de la Ville

Le hautboïste Alexeï Ogrintchouk et le pianiste Ferenc Vizi.

Avec le Quatuor Aviv, le hautboïste russe Alexeï Ogrintchouk et le pianiste roumain Ferenc Vizi sont à l'affiche de Trois concerts en un le samedi 17 janvier au Théâtre de la Ville. Rencontre avec deux jeunes et grands talents aux carrières à suivre.
 

Le 16/01/2004
Gérard MANNONI
 



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  • Ogrintchouk et Vizi : les deux font la paire

    Ils sont jeunes, talentueux, joyeux, pas encore riches, mais ça ne saurait tarder ! Et ils parlent tous deux français à la perfection. Alexeï Ogrintchouk, le hautboïste russe a vingt-cinq ans. Ferenc Vizi, le pianiste roumain, vingt-neuf. Pour eux deux, l'aventure musicale a commencé dans leur pays, famille de musiciens pour Alexeï mais pas pour Ferenc, et a pris son essors à Paris. La rencontre de Maurice Bourgue à Moscou pour le premier, de Gérard Frémy au Concours Enesco pour le second furent des « chances » déterminantes. Mes parents étaient pianistes tous les deux et voulaient que je sois musicien, raconte Ogrintchouk. J'ai commencé le piano très tôt avec eux, mais il y avait assez de pianistes comme ça dans la famille. J'adorais le son du hautbois que je repérais toujours dans l'orchestre. Je l'ai choisi à neuf ans. C'est quatre ans plus tard, élève à la célèbre école Gnessine, que j'ai rencontré Maurice Bourgue qui donnait des Master Classes. Quelque temps après, il a convaincu mes parents de me laisser venir à Paris au Conservatoire. C'est ce qui a décidé de ma carrière. Rappelons quelques détails d'importance que Alexeï ne mentionne pas d'emblée lui-même, à savoir que l'Ecole Gnessine est un établissement pour jeunes surdoués, qu'à Paris il a remporté toutes les récompenses et tous les prix possibles et qu'à vingt-et-un ans, il était engagé comme hautbois solo de l'Orchestre de Rotterdam dont le directeur musical est Valery Gergiev.

    Histoire assez différente pour Ferenc Vizi : Je voulais faire du piano. Mes parents n'y étaient pas opposés, mais ils m'ont fait passer des tests étranges organisés par un prétendu spécialiste dans ma petite ville natale de Reghin. On m'a fait dessiner des clés de sol, manipuler une pomme, et on a déclaré que j'étais inapte. Comme je suis d'origine tzigane, je me suis mis à l'accordéon, instrument traditionnel chez nous. Un jour, par hasard, le directeur de l'école de musique où je rêvais d'entrer m'a entendu jouer. Il m'a convoqué. J'ai joué pour lui, très mal, certainement, mais il m'a pris. J'avais neuf ans. C'est quelques années plus tard, en passant le Concours Enesco à Bucarest, que Gérard Frémy m'a entendu car il faisait partie du jury. Il m'a fait venir au Conservatoire de Paris. Pluie de premiers prix pour lui aussi, après le Prix spécial Enesco, et, toujours à Paris, en 1996, vrai choc en entendant Görgy Sebok au Théâtre de la Ville : Quand il a joué la Chaconne de Haendel, l'horizon s'est ouvert pour moi. Je ne savais plus où j'étais, mais j'ai compris ce qu'était faire vraiment de la musique en jouant du piano. C'est en souvenir de cela, et paniqué d'ailleurs par ma hardiesse, que j'ai inscrit cette pièce au programme de ce concert dans le théâtre où j'ai reçu ce choc.

    Pour l'un comme pour l'autre, la musique de chambre est une activité incontournable, fondamentale. C'est le partage, l'apprentissage à travers l'autre, la confrontation à d'autres personnalités, l'accès à un répertoire fabuleux : Bien sûr, reconnaît Ogrintchouk, le répertoire soliste du hautbois n'a rien à voir avec celui du piano. Il est relativement restreint, même s'il fut important au XVIIIe siècle. Il y a en revanche des pages admirables chez Schumann, comme les pièces que nous jouons dans ce concert et ces Temporal Variations de Britten. Strauss aussi nous a gâtés. Mais en fait, dans l'orchestre même, le hautbois est quasiment traité comme un instrument soliste concertant. Il est rarement traité en tutti avec les autres et se voit toujours attribuer des phrases magnifiques. Et quand on a la chance de se trouver sous la baguette d'un Gergiev, le plaisir est décuplé. C'est vraiment un musicien incroyable, qui mène une vie frénétique, et qui est doté d'un charisme absolu. Même les instrumentistes les plus blasés et routiniers sont totalement concentrés et accrochés du regard à ses moindres gestes
    d'autant que l'on a parfois assez peu répété !


    Face au très vaste répertoire pianistique, Ferenc avoue quant à lui se sentir particulièrement en phase avec les romantiques allemands, Beethoven, Schubert, Schumann : J'adore bien sûr découvrir aussi tout ce que je ne connais pas et garde une affection très forte pour Bach. J'aime beaucoup Debussy également, mais Ravel et Fauré me font encore un peu peur ! Si je préfère jouer avec orchestre, seul ou en musique de chambre ? Ce sont trois expériences différentes. Avec orchestre, ce pourrait être très grisant car on est confronté non seulement au public qui est dans la salle, mais aux musiciens qui sont sur scène. Malheureusement, on a rarement le temps de répéter assez. Si on pouvait vraiment travailler avec l'orchestre un concerto comme on le fait pour un trio ou une sonate, ce serait fabuleux. Je ne désespère pourtant pas d'y parvenir un jour. Le récital, c'est la joie de s'exprimer pleinement, de dialoguer seul à seul avec le public, avec aussi tous les risques que cela comporte. Et la musique de chambre, c'est l'oxygène qui nous permet de respirer avec les autres, de faire des rencontres magnifiques, d'apprendre sans cesse. Rien que pour ce concert, c'est fou ce que Alexeï m'a appris sur Britten !

    Au Théâtre de la Ville, les deux compères qui semblent en parfaite osmose, ont choisi de jouer les Trois pièces en style populaire op. 120 de Schumann pour hautbois et piano, les Temporal Variations de Britten pour hautbois et piano également. Ferenc Vizi jouera en solo la Chaconne et les Variations pour piano en sol majeur de Haendel, les Variations pour piano en fa mineur de Haydn et l'opus 111 de Beethoven. Quant au Quatuor Aviv, on l'entendra dans Mozart et Chostakovitch.


    Théâtre de la Ville
    le samedi 17 janvier à 15h
    Réservation : 01 42 74 22 77




    Le 16/01/2004
    Gérard MANNONI




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