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CHRONIQUES
03 décembre 2021

Harnoncourt, les 70 ans
d'un jeune homme vert

Pour fêter ses 70 ans à la Cité de la Musique, Nikolaus Harnoncourt a montré qu'il sait toujours faire parler la poudre comme personne.
 

Le 09/12/1999
Eric SEBBAG
 



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  • Double √©v√©nement parisien d√©cembre dernier √† la Cit√© de la Musique, Nikolaus Harnoncourt f√™te ses 70 ans et se produit deux jours d'affil√©e. Et pourtant, la salle est si loin d'√™tre pleine que l'on prie les √©gar√©s du troisi√®me de se rabattre d'un √©tage. Si d√©choir du poulailler atteste usuellement d'une ascension sociale, il y avait toutefois de quoi tomber de sa chaise. On doit en effet tant √† cet artiste que la dette n'est plus estimable, et surtout pas √† la hauteur d'un plafond ou d'un parterre comble. D'abord parce que le public pr√©sent, lui, fut √† la fois combl√©, m√©dus√© et riv√© √† son fauteuil comme √† un radeau en pleine temp√™te. Ensuite, parce que les absents ont forc√©ment tort, par d√©finition. Tort d'avoir peur d'un programme panach√© (Haydn, Bartok, Dvorak) dont a priori Harnoncourt ne serait pas familier. Pourtant, avant de se lancer dans l'aventure baroque, le jeune violoncelliste Nikolaus Harnoncourt √©tait d'abord un sp√©cialiste de Strauss ou Dvorak. Tort aussi de ne pas suivre les yeux ferm√©s ¬Ė mais les oreilles grandes ouvertes - cet explorateur d'un genre nouveau : il ne d√©friche que des terres labour√©es et archi-cultiv√©es, et pourtant chacunes des contr√©es qu'il a investies se sont r√©v√©l√©es successivement vierges puis arables. Et d√©sormais, son champ d'investigation semble s'√©tendre √† perte d'ou√Įe. Bien s√Ľr, on peut en appr√©cier diversement les fruits, certains para√ģtront ici trop √Ępres, l√† trop riches. Qu'importe, car la plupart restent des plus go√Ľteux, et leur r√©colte a constitu√© autant d'aventures irrempla√ßables. Des exp√©riences sans lesquelles les m√©lomanes auraient p√©ri d'ennui, tranquillement d√©vor√©s par le confort de leurs charentaises musicales.

    Quelle est donc la bonne hauteur pour appr√©cier la dette que chaque m√©lomane doit √† Nikolaus Harnoncourt ? Peut-√™tre celle de ces fameuses sph√®res dont l'harmonie est, dit-on, garante de la vo√Ľte c√©leste. Car la force unique de ce chef est de savoir invoquer cette harmonie, pour la dynamiter l'instant d'apr√®s, et mieux la r√©tablir √† nouveau avec la m√™me soudainet√© qu'il l'avait √©vanouie. Le sens du relief d'une partition est pratiquement un sixi√®me sens chez lui. Mais plus encore, il a impos√© √† toute une g√©n√©ration de musiciens, cette id√©e que la beaut√© d'une mesure est d'autant plus vive qu'elle est entour√©e de passages moins beaux, voire carr√©ment laids, mais dont la laideur m√™me est √©loquente. Chez Harnoncourt, si un chanteur prononce un mot disgracieux, le timbre de sa voix doit devenir aussi repoussant que le vocable. L'antith√®se m√™me du Bel Canto, n√© il faut le rappeler au XVIIe si√®cle √† Naples, par r√©action face aux exc√®s expressifs de la g√©n√©ration post-Mont√©verdienne. Aucune voix cependant dans la grande salle de la Cit√© de la Musique en ce d√©but d√©cembre 99, sinon un conciliabule √©manant du plafond m√©tallique truff√© de projecteurs, lesquels devisent et sifflotent paisiblement √† tous les concerts. Tous ? non. Car ce diable d'Harnoncourt ne les a pas laiss√©s concerter un instant. Sa symphonie militaire de Haydn les a enflamm√©s,
    aveuglés puis carbonisés. Le molto adagio du Divertimento (Sz113) de Bartok les a vitrifiés, puis évanouis en fumée. Enfin les Danses Slaves de Dvorak en ont dissipé les volutes dans une chorégraphie millimétrée et virevoltante. Quant à l'effet sensuel - au sens littéral -, sur les tympans humains, seul le loup de Tex Avery est capable de le figurer.

    © Silvia Lelli & Roberto Masotti




    Le 09/12/1999
    Eric SEBBAG




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