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CHRONIQUES
16 août 2018

Harnoncourt, les 70 ans
d'un jeune homme vert

Pour fêter ses 70 ans à la Cité de la Musique, Nikolaus Harnoncourt a montré qu'il sait toujours faire parler la poudre comme personne.
 

Le 09/12/1999
Eric SEBBAG
 



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  • Double événement parisien décembre dernier à la Cité de la Musique, Nikolaus Harnoncourt fête ses 70 ans et se produit deux jours d'affilée. Et pourtant, la salle est si loin d'être pleine que l'on prie les égarés du troisième de se rabattre d'un étage. Si déchoir du poulailler atteste usuellement d'une ascension sociale, il y avait toutefois de quoi tomber de sa chaise. On doit en effet tant à cet artiste que la dette n'est plus estimable, et surtout pas à la hauteur d'un plafond ou d'un parterre comble. D'abord parce que le public présent, lui, fut à la fois comblé, médusé et rivé à son fauteuil comme à un radeau en pleine tempête. Ensuite, parce que les absents ont forcément tort, par définition. Tort d'avoir peur d'un programme panaché (Haydn, Bartok, Dvorak) dont a priori Harnoncourt ne serait pas familier. Pourtant, avant de se lancer dans l'aventure baroque, le jeune violoncelliste Nikolaus Harnoncourt était d'abord un spécialiste de Strauss ou Dvorak. Tort aussi de ne pas suivre les yeux fermés ? mais les oreilles grandes ouvertes - cet explorateur d'un genre nouveau : il ne défriche que des terres labourées et archi-cultivées, et pourtant chacunes des contrées qu'il a investies se sont révélées successivement vierges puis arables. Et désormais, son champ d'investigation semble s'étendre à perte d'ouïe. Bien sûr, on peut en apprécier diversement les fruits, certains paraîtront ici trop âpres, là trop riches. Qu'importe, car la plupart restent des plus goûteux, et leur récolte a constitué autant d'aventures irremplaçables. Des expériences sans lesquelles les mélomanes auraient péri d'ennui, tranquillement dévorés par le confort de leurs charentaises musicales.

    Quelle est donc la bonne hauteur pour apprécier la dette que chaque mélomane doit à Nikolaus Harnoncourt ? Peut-être celle de ces fameuses sphères dont l'harmonie est, dit-on, garante de la voûte céleste. Car la force unique de ce chef est de savoir invoquer cette harmonie, pour la dynamiter l'instant d'après, et mieux la rétablir à nouveau avec la même soudaineté qu'il l'avait évanouie. Le sens du relief d'une partition est pratiquement un sixième sens chez lui. Mais plus encore, il a imposé à toute une génération de musiciens, cette idée que la beauté d'une mesure est d'autant plus vive qu'elle est entourée de passages moins beaux, voire carrément laids, mais dont la laideur même est éloquente. Chez Harnoncourt, si un chanteur prononce un mot disgracieux, le timbre de sa voix doit devenir aussi repoussant que le vocable. L'antithèse même du Bel Canto, né il faut le rappeler au XVIIe siècle à Naples, par réaction face aux excès expressifs de la génération post-Montéverdienne. Aucune voix cependant dans la grande salle de la Cité de la Musique en ce début décembre 99, sinon un conciliabule émanant du plafond métallique truffé de projecteurs, lesquels devisent et sifflotent paisiblement à tous les concerts. Tous ? non. Car ce diable d'Harnoncourt ne les a pas laissés concerter un instant. Sa symphonie militaire de Haydn les a enflammés,
    aveuglés puis carbonisés. Le molto adagio du Divertimento (Sz113) de Bartok les a vitrifiés, puis évanouis en fumée. Enfin les Danses Slaves de Dvorak en ont dissipé les volutes dans une chorégraphie millimétrée et virevoltante. Quant à l'effet sensuel - au sens littéral -, sur les tympans humains, seul le loup de Tex Avery est capable de le figurer.

    © Silvia Lelli & Roberto Masotti




    Le 09/12/1999
    Eric SEBBAG




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