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CHRONIQUES
22 février 2018

L'Empéri, un festival en bonne santé

Le festival de l'Empéri fait partie du paysage musical de l'été depuis douze ans et fait aujourd'hui de plus en plus parler de lui. Son cadre exceptionnel n'est certes pas étranger à son succès, mais c'est surtout ses choix artistiques qui sont déterminants et qui assureront sans doute sa pérennité. Chronique d'un festival d'été en plein santé.
 

Le 16/08/2004
Sylvia AVRAND-MARGOT
 



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  • On peut trouver plusieurs raisons à la bonne santé du festival de l'Empéri. Les plus évidentes : la cour d'un château provençal dont les arcades éclairées à la tombée de la nuit offrent un cadre magnifique à une programmation où se côtoient des pièces maîtresses du répertoire de musique de chambre et des oeuvres plus rares. Mais c'est dans le fond qu'il faut chercher les véritables clés du succès.

    Le noyau d'artistes fondateurs ? Eric Le Sage, Paul Meyer et Emmanuel Pahud ? sait s'entourer d'artistes confirmés ainsi que de jeunes musiciens fraîchement débarqués dans le monde musical. Parmi les qualités requises, outre la valeur artistique : coller à l'esprit de fraternité qui est de mise. En effet on vit, sinon ensemble, du moins très proches les uns des autres avec pour point d'attache le Château de Valmousse. Au coeur d'un parc à quinze kilomètres du centre ville, ce monument du XVIIIe siècle fait office de lieu de répétition, mais on s'y retrouve aussi pour déjeuner, se détendre le soir pour des after qui peuvent se prolonger jusqu'à une heure avancée. Pourtant, dès le matin, planning en tête, chacun est à son poste, opérationnel. Cette entente extra-musicale se ressent indéniablement par la suite sur scène. C'est certainement pourquoi, malgré les tristes événements de l'été passé, l'Empéri a connu une fréquentation tout à fait satisfaisante cette année, comme le constate Jérôme Chabannes, directeur du festival.

    Philippe Hersant, compositeur en résidence

    Innovation pour 2004 : une attache plus marquée dans le répertoire contemporain. Philippe Hersant, compositeur invité et présent pendant tout le festival, a puisé dans son corpus pour proposer à des formations variées une oeuvre chaque soir. Parmi elles, les Variations sur la sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont de Marin Marais, thème lancinant bâti sur une sonnerie de trois notes qui l'obsède depuis toujours. Cette oeuvre aux résonances baroques où l'on peut reconnaître au milieu du thème original des Oiseaux tristes de Ravel un rappel du piano orchestral de Moussorgski ou encore une réminiscence de l'Arlésienne de Bizet fut laissée à l'interprétation d'un trio nouvellement formé.

    « Le plus difficile pour nous a été de comprendre la signification de l'oeuvre, ce qu'elle renferme. Le travail avec Philippe Hersant a été capital dans notre approche ». Nicolas Dautricourt (violon), Bertrand Raynaud (violoncelle) et Eric Le Sage (piano) en ont, après plusieurs séances de travail, déterminé une vision globale et mené un travail d'interprétation fouillé. Depuis qu'ils ont eu l'occasion de jouer ensemble en concert il y a quelques mois, ils ont décidé de se reformer à l'Empéri. Pour compléter le trio d'Hersant, le Trio op. 8 de Brahms. Pour aborder une oeuvre de cette densité, il faut à ces trois personnalités bien affirmées une bonne dose d'intelligence et d'humilité pour éviter les clash.

    Travail consensuel

    On imaginerait facilement un artiste sûr de son coup d'archet, de la justesse de sa note ou de la pertinence de son phrasé vouloir les imposer aux autres. Avec Nicolas, Eric et Bertrand, on tâtonne, on essaie, on écoute : « Si tu n'as pas peur de l'inertie, tu peux faire ce fragment dans un seul coup d'archet, c'est plus beau » ; « Il faut le tenir mais c'est vrai que ça a plus de gueule ». La discussion autour de la justesse d'un sol# fut aussi âpre sachant qu'à quelques comas près on obtient une phrase sombre ou plus brillante. L'aspect plus ou moins rythmique d'une phrase au piano, une atmosphère plus planante et intimiste, tout est sujet à discussion.

    Tout est aussi sujet à plaisanterie. Le sérieux du travail est entrecoupé de plaisanteries incessantes prouvant combien ces trois-là s'entendent aussi humainement. Pourtant, musicalement, pas question de changer sa conception de l'oeuvre ; il s'agit plutôt de trouver un consensus acceptable par tous. On met son ego de côté et on se fond dans les autres. Le résultat est sensible, émouvant, fort ; un Brahms captivant à donner la chair de poule par instants.

    Un tremplin pour les jeunes musiciens

    Souhaitons aussi que l'Empéri soit un tremplin à la carrière du jeune corniste Benoît de Barsony, déjà venu l'année passée jouer le second cor. Cette année, il est au premier plan dans plusieurs oeuvres de Brahms. S'il est impressionné de s'associer aux plus grands, il n'en laisse rien paraître : « Jouer avec des musiciens de cette qualité pousse à se surpasser. Il est impensable dans ces conditions de ne pas donner le meilleur de soi-même. » Gardant la tête froide, il sait, malgré un CV déjà bien rempli, qu'il a en vue l'obtention de son prix au CNSM de Paris dans deux ans.

    La qualité du festival repose également sur les prestations très remarquées des violonistes Corey Cerovsek et Svetlin Roussev, de l'altiste Antoine Tamestit, de la hautboïste Nora Cismondi, du corniste David Guerrier qui troque de plus en plus souvent sa trompette pour le cor qu'il pratique maintenant professionnellement, sans oublier les têtes d'affiche qu'on retrouve toujours avec autant de plaisir : Frank Braley, Gilbert Audin, Philippe Berrod


    Au fait, pour 2005, Eric Le Sage laisse déjà filtrer une info : jouer sur des images projetées




    Le 16/08/2004
    Sylvia AVRAND-MARGOT




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