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CHRONIQUES
15 décembre 2018

Promesses et révélations
© Eric Mahoudeau

Soucieux d'imprimer sa griffe à tous les niveaux de l'institution qu'il dirige, Gérard Mortier a voulu rebaptiser le Centre de formation lyrique. Sous les ors de Garnier, l'Atelier lyrique de Christian Schirm, inauguré en janvier 2005, présentait les fruits un peu verts de deux mois de travail dans un programme entièrement consacré à Mozart, en gardant le meilleur pour la fin.
 

Le 27/02/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Véritable concert d'ouverture selon l'expression de Gérard Mortier, cette présentation de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris était l'occasion de faire connaissance avec onze chanteurs venus de monde entier parfaire leur formation avec ce programme d'enseignement que Christian Schirm définit comme « un sas entre la fin des études et la carrière ». Il ne s'agit donc pas de juger le résultat de deux mois de travail, mais de nous inviter à suivre, pas à pas, l'évolution de cette plongée au coeur des styles, des textes, et des arts de la scène dans laquelle ce sont engagées ces recrues à la technique souvent solide, d'autant que la vocalité mozartienne, pour essentielle qu'elle soit, n'est pas moins des plus délicates.

    Devant un Palais Garnier plein à craquer, Gérard Mortier et Christian Schirm se sont pourtant donnés les moyens de cette épreuve du feu avec le concours de l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire national de musique et de danse de Paris placé sous la direction de Patrick Davin. Malgré ses efforts pour ne jamais couvrir les chanteurs, le chef belge n'est pas toujours l'accompagnateur rêvé, sec, emporté, accentuant avec complaisance le récitatif accompagné d'Elvira, d'une gestique brouillonne ne permettant pas à un Orchestre souvent limité de trouver un véritable son.

    Après une ouverture de la Clémence de Titus au garde-à-vous, la mezzo-soprano américaine Letitia Singleton s'est vue confier le périlleux honneur d'ouvrir le bal avec le premier air de Sesto, Parto, parto. Plus que cette voix à la technique huilée mais au timbre transparent, c'est le clarinettiste Emmanuel Branca qui attire l'attention, animant un impossible dialogue. En Tamino comme en Ottavio, Jason S. Bridges ne peut offrir qu'un tenorino au style et à la prononciation hasardeux. Plus stylée mais plus audacieuse encore, Marie-Bénédicte Soucquet est totalement dépassée par la virtuosité et l'ampleur du premier air de la Reine de la Nuit, faisant valoir un aigu lumineux qui fait les délices d'une Papagena peu douée pour les langues.

    Si la voix n'a rien de remarquable, Bartlomiej Misiuda convainc par un vrai désir de scène, Papageno virevoltant et Antonio justement hébété dans le finale du deuxième acte des Nozze di Figaro. Dans le duo Bei Männern, welche Liebe fühlen, sa Pamina a la technique parfaitement rôdée et le timbre ravissant de la coréenne Hye-Youn Lee qui débite sa Susanna au kilomètre. A l'inverse, Ivan Geissler se révèle fin diseur, mais de voix inexistante, Papageno discret et Figaro inaudible.

    Vraie nature et timbre corsé, Natacha Constantin affronte Mi tradi avec une voix instable, prise au piège de vocalises à l'intonation désastreuse. Mais du sextuor de Don Giovanni, Sola, sola in buio loco, deux voix se distinguent nettement par le timbre et la projection pour confirmer leurs promesses après l'entracte.

    La Coréenne Yun Jung Choi, une révélation

    La soprano sud-coréenne Yun Jung Choi délivre un Non mi dir comme il s'en entend rarement. Voix ample, timbre lumineux, style irréprochable et vocalise ciselée, il lui reste sans doute à arrondir quelques angles et affiner certaines nuances, mais la musicienne est déjà intense, et la projection n'en finit d'impressionner dans un Soave sia il vento d'une tenue et d'une aisance confondantes. La morgue, l'appétit de mots et de théâtre sont les meilleurs atouts de David Bi?íc dans l'air du Comte Almaviva, où la présence compense quelques libertés prises avec la mesure, notamment dans le récitatif, et des traces d'engorgement qui n'entament pas l'insolence de la projection, sinon du timbre.

    Par son désir de convaincre à tout prix, Diana Axentii est une Dorabella parfois excessive, mais la voix, qui demande à épanouir les harmoniques graves, est d'une belle maîtrise. Un peu plus détaché, Xavier Mas offre une belle leçon de chant dans Ich baue ganz d'une voix souple au grave éloquent et à l'aigu limpide.

    Si le Finale du deuxième acte des Noces de Figaro s'enlise parfois par la faute du chef, une équipe visiblement soudée y fait preuve d'un bel enthousiasme, tandis que Xavier Mas, David Bi?íc et Yun Jung Choi s'imposent comme les meilleurs espoirs de l'Atelier lyrique.

    Sans trop jouer les devins dans un univers aussi impitoyable que celui de l'opéra, gageons que ces trois chanteurs au talent déjà affirmé feront parler d'eux dans un avenir proche. Leurs camarades ont deux années pour sortir de leur chrysalide.


    Concert de présentation de l'Atelier lyrique au Palais Garnier.




    Le 27/02/2005
    Mehdi MAHDAVI




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