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CHRONIQUES
21 mai 2018

La fine fleur de William Christie
© Govin Sorel

Le Jardin des Voix n'est pas de ces prestigieuses académies d'où l'on ressort condamné à l'anonymat : João Fernandes, Christophe Dumaux ou encore Jeffrey Thompson, lauréats de la première édition, se sont déjà fait un nom sur la scène baroque. De leurs sept nouvelles recrues, Kenneth Weiss et William Christie ont obtenu le meilleur, cultivant en experts les raretés et le talent.
 

Le 10/03/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Conçu pour mettre en valeur les meilleures qualités des lauréats de la deuxième édition du Jardin des Voix, le programme élaboré par Kenneth Weiss et William Christie aurait pu être le plus fastidieux pot-pourri. Mais des indéniables talents de paysagiste du fondateur des Arts Florissants ne pouvait naître que ce merveilleux jardin à l'anglaise, agencement subtil, heureux et coloré, de raretés de tous les baroques, voyage à travers une Europe des goûts réunis, sur laquelle vient souffler un doux vent de folie.

    En quinze jours, ou à peine plus, les pédagogues de l'Académie ont métamorphosé ces jeunes chanteurs, dont certains plus ou moins bien remarqués dans la Poppea lyonnaise ont réalisé de fulgurants progrès. Sous la houlette savante, sensible de Christie et Weiss, bien sûr, mais aussi du divin Paul Agnew et du musicologue américain Thomas Kelly, ces sept jeunes pousses ont appris, d'évident appétit, à sculpter la phrase comme on taille un rosier, à respirer le mot, à infléchir, à colorer le sens, à ressentir la variété des vocalités, se frayer un chemin comme vers une seconde peau dans le labyrinthe des styles, armés pour la scène, la carrière, la vie même de la musique ancienne qui, à travers leur fraîcheur, leur sincérité sans cesse renaît et se redécouvre.

    Et The Indian Queen de Henry Purcell, en couleurs scintillantes comme la rosée, révèle la qualité d'ensemble, qui est la qualité d'écoute et de dialogue : c'est presque former une troupe, la même qu'il faut à la rare Catena d'Adone de Domenico Mazzocchi. Et déjà des voix se distinguent par le sourire, par l'innocence même d'une émission saine, et l'éloquence limpide du divertissement à l'anglaise. Konstantin Wolff ne retrouvera pas ailleurs que dans Hymen cette beauté de voix et d'élocution de vraie basse pour Purcell, tandis que le Cupid de Claire Debono chavire les coeurs, voix pimpante, fortement colorée, personnelle. Et Xavier Sabata et Andrew Tortise ? Pygmalion de Rameau tendre et héroïque en voix suprêmement douce ?, mari et femme d'un couple aux tessitures inversées, font deux irrésistibles prestations de vrai théâtre.

    Car Vincent Boussard a su, avec souplesse, modernité, dérision souvent, sensibilité toujours, donner une vitalité, un naturel à cette succession de scènes qui n'ont en commun que l'amour et ses allégories. Chacun parvient à se mouvoir avec une authentique grâce, sans rien d'inutile dans le geste et le regard, et toujours attentif au partenaire, sans jamais faire de l'ombre.

    Xavier Sabata, pourtant, pourrait en présence tout dominer, tant il semble, plutôt est investi dans son aria de l'haendélien Amadigi, ajout de la reprise de 1717, Minacciami, non ho timor, chanté d'une voix étrange, alto large pour ne pas dire épais, mais de bouleversante conduite, et d'une dynamique osée, d'ornements insensés par la maîtrise du trille et des passages de registres, traversant le plateau comme une ombre écorchée.

    Dans la Plainte de la Bergère extraite de Vénus et Adonis de Marc-Antoine Charpentier, Judith Van Wanroij n'est pas moins bouleversante, toute en retenue d'une voix ample, dont la sensualité cisèle l'ornement, et enveloppe, avec l'aigu lumineux d'Amel Brahim-Djelloul dans le choeur madrigalesque de Luigi Rossi Spargete sospiri, un souffle commun, et la discipline instrumentale comme la plus profonde humanité.

    William Christie n'a d'yeux que pour ses fines fleurs, et l'assurance convaincue d'un tout jeune homme, jouant de courbes investies comme rarement ces derniers temps. De sa main décidément si verte, il découvre, enseigne, et radieux, s'émerveille.



    Le Jardin des Voix, Cité de la Musique, 10 mars 2005
    L'académie des Arts Florissants pour les jeunes chanteurs

    Claire Debono, soprano
    Amel Brahim-Djelloul, soprano
    Judith van Wanroij, soprano
    Xavier Sabata, contre-ténor
    Andrew Tortise, ténor
    André Morsch, baryton
    Konstantin Wolff, basse

    Les Arts Florissants
    direction : William Christie
    mise en espace : Vincent Boussard

    Extraits de :
    Henry Purcell / Daniel Purcell, The India Queen
    Domenico Mazzocchi, La catena d'Adone
    Luigi Rossi, Spargete sospiri
    Michel Lambert, Que d'Amants séparés, Vos mépris chaque jour
    Marc-Antoine Charpentier, Vénus et Adonis
    Jean-Philippe Rameau, Pygmalion
    André Campra, Enée et Didon
    Georg Friedrich Haendel, Radamisto, Amadigi
    Wolfgang Amadeus Mozart, Ascanio in Alba
    André-Ernest-Modeste Grétry, Zémire et Azor
    François-André Danican Philidor, Tom Jones




    Le 10/03/2005
    Mehdi MAHDAVI




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