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CHRONIQUES
24 juin 2018

Mort d'un mystique

Carlo Maria Giulini

Il était l'une des dernières figures légendaires de la direction d'orchestre au XXe siècle, l'un de ces artistes à l'incommensurable aura qui ont marqué tant de musiciens. Chef parmi les plus vénérés des orchestres, sage parmi les sages, mystique parmi les mystiques, Carlo Maria Giulini s'est éteint mardi 14 juin en Italie, à l'âge de 91 ans.
 

Le 16/06/2005
Yannick MILLON
 



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  • C'est de Rome qu'est venue la nouvelle de la disparition de l'un des derniers géants de la direction d'orchestre du XXe siècle, l'Italien Carlo Maria Giulini. Sa famille a annoncé son décès survenu mardi 14 juin dans un hôpital de Brescia, dans la province nord-italienne de Lombardie, à l'âge de 91 ans.

    Né à Barletta, dans le sud-est des Pouilles, le 9 mai 1914, Giulini étudie le violon, l'alto, puis la direction d'orchestre à l'Académie Sainte-Cécile de Rome, où il obtient son diplôme de direction en 1941. En tant qu'altiste, il a déjà joué à l'Augusteo de Rome sous la direction de Wilhelm Furtwängler, Bruno Walter, Otto Klemperer, Willem Mengelberg ou encore Richard Strauss. Mais arrive alors la Seconde Guerre mondiale, et il est envoyé sur le front yougoslave, tout en étant intimement opposé au fascisme, ce qui le mènera à devoir se cacher pendant neuf mois dans une chambre secrète chez l'oncle de sa femme.

    Il fait ses débuts de chef d'orchestre en 1944, en dirigeant à Rome le concert de célébration de la libération de l'Italie par les alliés. Son vieux professeur d'alto avait pourtant juré à son père que Carlo Maria ne serait jamais chef d'orchestre, en raison de ses épaules trop faibles. Arturo Toscanini, qui l'entend au pupitre, est impressionné par le jeune Giulini, et les deux hommes se lient alors d'amitié. Il devient assistant de Victor de Sabata en 1949 à la Scala, puis y est nommé chef principal en 1951, ce qui le conduira à diriger notamment une légendaire Traviata mise en scène par Visconti et chantée par Maria Callas, dont l'enregistrement est aujourd'hui encore un témoignage incontournable.

    Dans sa course à l'édification d'un véritable fond de catalogue pour EMI, le producteur Walter Legge le contacte et le convainc d'enregistrer avec le Philharmonia Orchestra à Londres. Rencontre majeure des années 1960 qui nous vaudra autant de piliers discographiques qu'un Don Giovanni de Mozart ou un Requiem de Verdi qui passent toujours pour des références absolues.

    Après 1967, Giulini décide de s'éloigner des scènes lyriques pour se focaliser sur le répertoire symphonique, qu'il dirige abondamment aux Etats-Unis. Il devient alors premier chef invité du Chicago Symphony et signe un contrat de directeur musical du Los Angeles Philharmonic, poste qu'il occupe entre 1978 et 1985. Mais aux grands contrats, Giulini a toujours préféré le statut de chef invité, beaucoup moins contraignant, et qui lui permet de se produire à la tête des plus grandes phalanges de Berlin, Vienne ou Amsterdam quand il en a envie.

    Mysticisme et tempi très lents

    Modeste, discret, affable avec les musiciens mais parfois ascétique, il voit dans la direction d'orchestre une mission divine. De sa gestique économe, très basse et contrôlée, sans le moindre effet extérieur transparaît souvent un climat mystique. Il lui arrive d'ailleurs fréquemment de rester éloigné du podium pendant quelques mois afin de méditer. En vieillissant, ses tempi se ralentissent considérablement, au point qu'à l'instar de Celibidache, on le classe systématiquement parmi les chefs lents. Les années 1980 sont pour le chef d'orchestre l'heure des derniers enregistrements marquants, un Falstaff avec Los Angeles, les derniers Bruckner avec le Philharmonique de Vienne.

    Celui qui considére la musique comme un « acte d'amour », que le simple terme de « carrière » répugne, dirige fréquemment l'Orchestre de Paris à partir de 1970, concluant sa collaboration avec les musiciens français le 31 janvier 1998 par un Requiem de Verdi salle Pleyel resté dans les mémoires. L'année suivante, il annonce son retrait définitif de la scène internationale. Après plus de cinquante années sur le podium, le vieux sage quitte sa chaire pour de bon. En mars 2004, l'Orchestre de Paris et Christoph Eschenbach lui dédient un concert, à l'occasion de ses 90 ans. Le vieux maestro, très faible, n'a pas la force de faire le déplacement pour l'occasion.

    Dans ses dernières années, il reste près de son domicile milanais pour se consacrer à l'enseignement. Il sera inhumé demain dans le caveau familial à Bolzano, dans le sud-Tyrol italien.




    Le 16/06/2005
    Yannick MILLON




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