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CHRONIQUES
27 mai 2018

Le passé retrouvé (9) :
Carlo Maria Giulini

Au début des années 1970, Carlo Maria Giulini dirige le Requiem de Verdi aux Chorégies d'Orange, avec un éclatant quatuor vocal : Christa Ludwig, Nicolaï Gedda, Martti Talvela et
une jeune soprano si impressionnée par un tel entourage que seule la délicate patience de tous les intervenants lui permettra de dominer son trac.

 

Le 04/07/2005
Gérard MANNONI
 



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    à un ami

  • Carlo Maria Giulini,
    la subtile patience d'un grand maître

    Grosse chaleur de début juillet dans la salle où l'on va commencer à répéter le Requiem de Verdi. Le maestro Giulini, élégant malgré la canicule, discute de quelques tempi avec la grande Irène Aïtoff, chef de chant qu'un de ses élèves conduit chaque jour en voiture depuis Aix-en-Provence où elle officie également. Car Irène a été bousculée devant chez elle par un clochard ivre et s'est fracturé le col du fémur en tombant. Son élève, par chance pourvu d'une voiture, se fait donc un plaisir de l'accompagner lors de ses déplacements entre Aix et Orange
    et peut ainsi assister à ces historiques répétitions.

    Les solistes ne tardent guère à arriver. On se congratule, on parle de la chaleur, mais sans traîner car le temps presse. Irène s'installe au piano, et le maestro Giulini, assis près d'elle, choisit de commencer par le Recordare, et son magnifique duo de voix féminines. Ce n'est sans doute pas un choix anodin, car le chef d'orchestre a certainement déjà prévu la grande anxiété de la jeune soprano, mêlée à des collègues d'une telle notoriété, même si elle est déjà considérée comme l'un des meilleurs espoirs verdiens de l'époque.

    On attaque, et si Christa Ludwig chante sans contrainte, la soprano ouvre la bouche en mesure sans produire le moindre son. Giulini et Aïtoff échangent un regard mais ne profèrent aucune parole. Le son arrive peu à peu, timide d'abord puis plus affirmé, car la jeune femme a en fait une grande voix. Les notes sont là, certes, mais pas vraiment justes. Comme le disait toujours Irène Aïtoff en pareil cas : « Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas juste ». Personne ne dit rien, et on continue. Les autres passages abordés en cours de répétition pâtissent des mêmes difficultés, sans que ni le maestro ni la chef de chant, ni mêmes les autres chanteurs ne paraissent s'en apercevoir.

    La répétition s'achève, les solistes se retirent. Giulini et Aïtoff restent encore un moment dans la salle. « Que faisons-nous ? » s'interrogent-ils immédiatement. Et le grand maître d'expliquer la tactique à suivre, immédiatement approuvée par Irène : « De toute évidence, cette fille est musicienne. Si elle chante bas, c'est par nervosité. Si nous lui disons que ce n'est pas juste et que nous la reprenons sans cesse devant les autres, elle sera de plus en plus nerveuse, et en outre humiliée. Elle chantera encore plus faux. Laissons lui ses chances en ne disant rien et voyons comment cela évolue ».

    Magnifique délicatesse d'un chef aussi raffiné dans la vie qu'au pupitre. Et thérapie salutaire, car le soir du concert, la justesse est presque toujours au rendez-vous, après une amélioration progressive et quotidienne, à chaque répétition, sans que jamais la moindre allusion à la justesse soit faite, par personne. Un très beau démenti de la légende qui veut que le monde de l'opéra soit cruel et impitoyable. Mais il ne faut pas se leurrer non plus, les seigneurs alla Giulini sont immensément rares.




    Le 04/07/2005
    Gérard MANNONI




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