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CHRONIQUES
17 août 2018

Aix 2005 : la routine contre l'esprit (2)
© Arte

Le décor de Così

La 57e édition du Festival d'Aix-en-Provence ne se limite pas qu'aux regrets causés par le retour trop attendu de Patrice Chéreau à l'opéra avec un Così fan tutte sans désir. L'arbre cache en effet bien mal la forêt : si Stéphane Lissner est parvenu à redresser la barre d'une institution au bord du gouffre il y a moins de dix ans, l'esprit du Festival semble aujourd'hui bien altéré.
 

Le 16/08/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Fort du rayonnement de ces événements a priori prestigieux, le reste de la programmation aura semblé quelque peu laissé pour compte, particulièrement une Clémence de Titus qui ne pouvait être qu'accessoire.

    Plateau équilibré mais production minable pour Titus

    Au moins cet « autre Mozart » dispose-t-il d'un plateau équilibré, dominé le 22 juillet par le Titus né de Kresimir Spicer, dont le timbre profond et les récitatifs bouleversants d'autorité majestueuse compensent largement les aigus incertains. La Vitellia de Krassimira Stoyanova, limitée aux extrêmes, le Sesto mal fagoté de Kristin Jepson et le Publio vocalement glorieux de Luca Pisaroni n'ont à lui opposer que leurs bonnes manières musicales, mais comme désolidarisés d'une production proprement minable, définitivement disqualifiée par ses colonnes en carton et les expédients grotesques d'une direction d'acteurs dont Vitellia, métamorphosée en pétasse de série américaine, est la principale victime, sans rédemption possible dans la direction mollement décorative de Paul Daniel.

    Un Barbier festivalier

    Par la magie même du lieu ? les contraintes de la façade et le gazon environnant ? le Barbier de Séville présenté au Grand Saint-Jean renoue avec une certaine atmosphère festivalière, mais une fois encore, la stimulation artistique est absente de la scène. David Radok signe en effet un spectacle sympathique, non exempt de poncifs et de vulgarité, que les chanteurs investissent avec un enthousiasme communicatif.

    Si le Bartolo ogresque de John Del Carlo n'était à ce point irrésistible, le Figaro de Peter Mattei porterait à lui seul la soirée, acteur virevoltant et voix glorieuse. Car Camilla Tilling, aussi charmante et virtuose soit-elle, n'a rien d'une Rosine, face au plus inexistant et au plus mal chantant des Almaviva. Mais, ô divine surprise, les choeurs si souvent sacrifiés sont luxueusement confiés à Accentus, et surtout l'Orchestre du Teatro Comunale di Bologna, placé sous la baguette d'exception de Daniele Gatti, sans doute le meilleur chef italien de sa génération, ravive le souvenir des Rossini d'Abbado, dentelle fine aux couleurs rutilantes, qu'il serait agréable de goûter dans une acoustique plus favorable. Pour une fois que Rossini est ainsi traité dans la fosse, il serait ingrat de dire que Gatti et le Comunale de Bologne auraient été plus à leur place dans Così.

    Une Académie manquant d'ambition

    Mais les regrets estivaux se sont confirmés bien assez tôt par le manque d'ambition de l'Académie européenne de musique pour ne pas les attiser par de pareilles pensées
    Participation aux productions du festival, comme choristes ou comme solistes, cours d'interprétation thématique, diversité des enseignements, les promotions précédentes de l'académie ont su révéler de beaux talents.

    Cette année, les seize chanteurs sélectionnés ont dû se contenter de masterclasses prestigieuses certes, mais sans approfondissement d'un style particulier ni véritable tremplin vers la scène. Si au terme de la semaine encadrée par Graham Clark, aucun des huit chanteurs de la deuxième session ne s'est distingué par ses dons d'interprète, l'enseignement de Mireille Delunsch s'est révélé plus propice à l'éclosion des personnalités.

    C'est avec passion que l'on a écouté la masterclass publique au cours de laquelle la soprano française a guidé la Canadienne Frédérique Vézina, voix opulente mais souple, jusqu'aux plus subtiles nuances d'un Ach, ich fühl's d'anthologie, révélant des couleurs aussi inattendues qu'ensorceleuses.

    Etreignant Tour d'écrou

    C'est finalement en regardant vers le passé que le Festival d'Aix accède à nouveau à l'histoire, son histoire, avec le retour au Théâtre du Jeu de Paume de la production du Tour d'écrou, dont l'écrin original révèle bien mieux que le gigantesque Théâtre des Champs-Elysées, la simple force. Plus soudée que jamais, la distribution, dominée par la gouvernante de Mireille Delunsch, qui semble chaque fois jouer sa vie, parvient à un degré de perfection que l'on se permet de croire inégalable, tandis que la direction de Kazushi Ono étreint, là où celle de Daniel Harding glaçait.




    Le 16/08/2005
    Mehdi MAHDAVI




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