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CHRONIQUES
03 décembre 2021

Isolde s'en est allée

L'une des plus grandes wagn√©riennes du XXe si√®cle s'est √©teinte la semaine pass√©e, √† l'√Ęge de 87 ans. Apr√®s Martha M√∂dl, c'est au tour de Birgit Nilsson de rejoindre le Walhalla des wagn√©riens disparus. Retour sur la carri√®re d'une immense artiste qui a tant √©bloui les salles depuis la fin des ann√©es 1950.
 

Le 13/01/2006
Gérard MANNONI
 



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  • On avait fini par croire qu'elles √©taient immortelles, mais voici encore l'une des incomparables cantatrices des ann√©es 1950-1970 qui s'en est all√©e. Dans la plus grande discr√©tion d'une retraite presque cach√©e, Birgit Nilsson est partie √† 87 ans pour ce Walhalla o√Ļ elle mena tant de guerriers !

    Lorsqu'elle incarna Isolde pour la premi√®re fois √† Bayreuth en 1957, elle n'avait pas encore une vraie notori√©t√© internationale, malgr√© des premiers r√īles tenus tant √† Glyndebourne qu'√† Vienne ou √† Munich depuis 1946. Mais une carri√®re men√©e avec la plus grande sagesse en d√©pit de moyens exceptionnels allait porter ses fruits. Incarnant cette ann√©e-l√† tour √† tour Sieglinde, Isolde et une norne, elle devenait √† l'√©vidence l'unique vraie h√©riti√®re de Kirsten Flagstadt et d'Astrid Varnay, son exacte contemporaine qui la pr√©c√©dait pourtant de quelques ann√©es sur les grandes sc√®nes wagn√©riennes.

    Voix immense, capable de dominer tous les orchestres, interpr√®te inspir√©e, Nilsson allait √™tre la grande Br√ľnnhilde de son √©poque, l'immense Isolde que l'on sait, une incomparable Elektra et une Turandot quasiment jamais √©gal√©e. On reprocha parfois √† sa voix un certain caract√®re tranchant car elle n'avait pas la douceur de celle de Flagstadt ni le c√īt√© charnel de celle de Varnay, mais une limpidit√© nordique d'une √©galit√© hallucinante sur toute la tessiture. Elle pratiqua aussi et enregistra Verdi et certains Puccini, grava m√™me une Donna Anna impressionnante.

    Depuis 1986, elle avait quitt√© la sc√®ne et enseignait. Intelligente, Birgit Nilsson avait aussi beaucoup d'humour quand elle n'incarnait pas les sculpturales h√©ro√Įnes auxquelles sa voix gigantesque la vouait. On raconte qu'un jour, lors d'un enregistrement, une dispute s'envenima entre le chef et quelques musiciens. Nilsson disparut quelques instants, puis r√©apparut soudain en trottinette, avec un bouquet de fleurs sous le bras en chantant ¬ę Voici Birgit avec des fleurs ! ¬Ľ, ce qui d√©tendit naturellement l'atmosph√®re.

    Si cette anecdote est inventée, elle prouve au moins quelle était la réputation de la cantatrice dans le milieu musical. Irremplaçable ? En tout cas, irremplacée pour l'instant, car personne depuis, sauf sans doute Gwyneth Jones dans ses bons soirs, n'a eu pareil impact vocal et scénique dans les opéras de Wagner et de Strauss. Sa discographie est riche. C'est toujours ça, mais heureuse la génération qui put l'entendre et la voir dès ses fameux débuts en Isolde face à Windgassen et suivre ensuite son parcours.

    C'est un type de référence que les jeunes amoureux d'opéra d'aujourd'hui ne doivent pas oublier, confrontés à tant de fausses valeurs que l'on tente de leur vendre comme géniales.




    Le 13/01/2006
    Gérard MANNONI




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