altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CHRONIQUES
21 octobre 2018

Un serpent de mer et une réouverture fastueuse

Le serpent de mer de la Culture émerge près du bassin de la Villette. Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë, se sont mis à deux pour le charmer. À l'horizon 2012, si tout va bien, Paris aura, après tant de capitales européennes, un auditorium de plus de 2000 places pour accueillir les grandes formations.
 

Le 08/03/2006
Nicole DUAULT
 



Les 3 dernières chroniques

  • Monsterrat s’est éteinte

  • Mortagne 2018 (2) : Conclusion brillantissime

  • Mortagne 2018 (1) : Originalité et talents

    [ Toutes les chroniques ]

     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)



    Envoi de l'article
    à un ami

  • Au premier rang, Pierre Boulez, heureux quoiqu'un un peu incrédule, se réjouit qu'un projet culturel puisse unir des adversaires politiques. « Un symbole, une grande coalition culturelle, comme on dirait en Allemagne », nous fait remarquer le compositeur venu tout droit de sa maison de Baden-Baden pour assister à l'annonce de la création du grand auditorium qu'il réclame depuis des lustres.

    C'était ce lundi à la Cité de la Musique, une conférence de presse apparemment banale pour la réouverture de la salle Pleyel. Dès le début de la matinée, le bouche à oreille avait sussuré qu'un événement important prenait forme. Renaud Donnedieu de Vabres et Bertrand Delanoë arrivent séparément, le maire dans une voiture électrique. Côte à côte à la tribune, ils déclarent s'être mis d'accord sur la création, à la Villette, de la grande salle de concert, fameuse Arlésienne que se lèguent les gouvernements successifs, et invitent Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France, à s'associer au projet.

    L'annonce est accueillie par quelques maigres applaudissements, comme si l'auditoire avait peine à y croire. D'ailleurs, peu d'informations ont été précisées : les études de programmation et le cahier des charges devraient être définis « dans les prochains jours ». L'ouverture d'un concours d'architecture pourrait intervenir au cours du second semestre 2006. Christian de Portzamparc, architecte de la Cité de la Musique et du Conservatoire Supérieur, avait réalisé la maquette d'une grande salle qui, faute d'argent, n'a jamais vu le jour. La réglementation des marchés publics rend obligatoire un nouveau concours auquel peut d'ailleurs participer Christian de Portzamparc.

    La désignation d'une équipe de maîtrise associant un architecte et un acousticien aura lieu au début de 2007. « Combattre le conformisme et le cloisonnement excessifs de la vie musicale et rapprocher les mélomanes de la population éloignée des salles de concert », telle est l'ambition du ministre. Quant à l'enveloppe budgétaire, elle n'a pas encore été évaluée. Autant dire que le serpent de mer culturel a la tête à peine sortie de l'eau !

    Reste pour l'heure la nouvelle la plus réjouissante du jour car bien concrète, à savoir la présentation de la saison de réouverture de la salle Pleyel. Depuis plusieurs années la Philharmonie de Berlin avait renoncé à venir à Paris, faute de salle à sa convenance. Elle reviendra dans le nouveau Pleyel dès le 4 mars 2007. C'est l'une des belles surprises d'une programmation de top niveau annoncée par Laurent Bayle, directeur de la Cité de la Musique et de Pleyel, pour la saison à venir.

    Après la disette, la surabondance

    Dans cinq ans, en comptant les deux salles de l'Opéra de Paris, le Théâtre des Champs-Élysées, celui du Châtelet, les salles Pleyel et Gaveau, l'Opéra-Comique, le nouvel auditorium de la Maison de la Radio, c'est au moins 12000 places pour la musique qui seront proposées chaque soir à Paris. Après la disette, ce sera la surabondance. Le public sera-t-il au rendez-vous ? Finalement, la salle Pleyel rénovée ne suffirait-elle pas ? Une salle Pleyel qui, à sa création en 1927, comptait 3000 places et qui a vu, au fil des transformations successives, sa capacité d'accueil se réduire comme une peau de chagrin. Après les travaux en cours d'achèvement, elle comptera 1913 sièges qu'on nous promet très confortables.



    Mais la salle Pleyel, c'est uniquement une salle. Pas de lieu de répétition, pas de bibliothèque, pas de médiathèque ni de salles de réunion ou de conférence. Des locaux trop exigus pour les musiciens. C'est plutôt sur ce plan que se révèle nécessaire le grand auditorium de la Villette qui, outre son intégration dans la Cité de la Musique et près du Conservatoire, sera pourvu d'un équipement audiovisuel et culturel complet ainsi que d'outils pédagogiques pour séduire de jeunes et nouveaux spectateurs.

    Pleyel, résidence secondaire du LSO

    La superbe programmation annoncée par Laurent Bayle pour la salle du faubourg Saint-Honoré, dès septembre, devrait donner de l'appétit à un public plus large et plus curieux que celui qui fréquente actuellement les concerts. L'ouverture est prévue le 13 septembre par l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach avec la 2e symphonie de Gustav Mahler, Résurrection. Domicile privilégié de l'Orchestre de Paris et de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France, Pleyel sera la résidence secondaire du L.S.O. (London Symphony Orchestra) qui, de septembre à avril, proposera quatre programmes différents sous la direction de Bernard Haitink, Sir Colin Davis et Valery Gergiev.

    D'autres grandes formations symphoniques sont aussi de retour, en premier la Philharmonie de Berlin pour deux concerts. Avec son chef Sir Simon Rattle, outre une autre 2e de Mahler, elle créera une pièce du compositeur Thomas Adès. Sera de retour également le Gewandhaus de Leipzig sous la direction de Riccardo Chailly. Vitrine des orchestres de région, Pleyel aidera au rayonnement des phalanges associatives comme les orchestres Colonne et Pasdeloup qui donneront quelques concerts.

    Opéras en version de concert

    Le Châtelet affichant moins de lyrique, Pleyel comblera ce vide avec des opéras en version de concert, notamment Don Giovanni de Mozart avec le gantois René Jacobs, Aleko de Rachmaninov sous la baguette de Vladimir Fedosseiev, Farnace de Vivaldi par la formation de Jordi Savall, et l'opéra-oratorio la Betulia liberata de Mozart avec Harnoncourt et son Concentus Musicus Wien. La voix ? Jessye Norman ? la musique de chambre ? Martha Argerich ; Gidon Kremer ? mais aussi les variétés ? Alain Bashung ? et le jazz ? Keith Jarrett ? complèteront une palette musicale aux milles nuances. En revanche, peu de musique contemporaine, un geste d'élégance de Laurent Bayle, ancien patron de l'Ircam, qui ne veut pas imposer ses préférences à Pleyel et conservera la musique de notre époque à la Cité de la Musique.

    Cette programmation réalisée alors que Pleyel est encore en travaux est un pari des artistes face à une inconnue : l'acoustique. Toute préfiguration est irréaliste. Les Grecs ont créé le miraculeux théâtre d'Épidaure sans tâtonnements. Malgré la haute technicité de notre époque, la réussite d'une acoustique est encore, quoi qu'on en dise, du domaine de l'aléatoire. Il faudra attendre les premiers concerts pour la connaître, l'apprivoiser et rêver à ce qu'elle sera à l'Auditorium de la Villette.




    Consulter le programme complet de la saison 2006-2007 de la salle Pleyel.




    Le 08/03/2006
    Nicole DUAULT




      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com