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CHRONIQUES
03 août 2020

Suspendue entre fleuve et ciel

Œuvre de l'architecte Henri Gaudin, la CitĂ© de la Musique et de la Danse de Strasbourg a ouvert ses portes le 19 mai, en un vĂ©ritable festival. Entre deux concerts ouverts sur l'ailleurs, Marie-Claude SĂ©gard, directrice du Conservatoire national de rĂ©gion, nous a Ă©clairĂ© sur la mission de ce lieu d'apprentissage, de crĂ©ation, et de diffusion, de respiration de l'art et de la matiĂšre.
 

Le 25/05/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • AppelĂ©e Ă  devenir un symbole du rayonnement culturel de la capitale europĂ©enne qu'est Strasbourg, la CitĂ© de la Musique et de la Danse inaugurĂ©e le 19 mai est nĂ©e de la nĂ©cessitĂ© d'offrir au Conservatoire national de rĂ©gion de la ville un lieu adaptĂ© Ă  son dĂ©veloppement, comme le rappelle sa directrice, Marie-Claude SĂ©gard : « Le conservatoire, qui fĂȘte son 151e anniversaire cette annĂ©e, n'a jamais eu de locaux propres, ni emblĂ©matiques de sa mission et de son travail. Le nouveau maire a voulu en faire une CitĂ© pour construire un lieu plus largement ouvert au public, dont le coeur resterait une Ă©cole. C'est ainsi que le Musica et le pĂŽle des Ă©coles de musique de Strasbourg sont arrivĂ©s, reflĂ©tant les diffĂ©rents types de partenariats qui nous souhaitons Ă©tablir, avec d'une part la formation de base, et d'autre part un Festival tournĂ© vers la crĂ©ation et la diffusion Â».

    Cette volontĂ© d'ouverture s'exprime Ă©galement Ă  travers le bĂątiment conçu par Henri Gaudin, intĂ©grĂ© Ă  l'environnement urbain par son revĂȘtement en grĂšs des Vosges, et intĂ©grant dans le geste architectural la flĂšche de la cathĂ©drale, ouvert sur l'Ill dans un souci de respiration de l'espace, Ă  travers les studios de danse suspendus entre eau et ciel, et les espaces non dĂ©diĂ©s, comme les deux patios et les terrasses. Une architecture qui n'en est pas moins fonctionnelle, mais qu'il convient d'apprivoiser : « Professeurs et Ă©lĂšves ont Ă©tĂ© subjuguĂ©s par le lieu, car nous avons d'un seul coup un luxe que nous n'avions jamais eu. Cette respiration de l'architecture dont parle Henri Gaudin est aussi la respiration de l'ĂȘtre humain. Depuis janvier, nous habitons ce lieu, difficile Ă  habiter justement parce qu'il est beau Â».



    Venu en nombre assister aux manifestations offertes dans le cadre de l'inauguration, et surtout investir ce formidable outil d'apprentissage et de diffusion de la musique, le public semblait totalement sĂ©duit par un lieu destinĂ© Ă  ĂȘtre la figure de proue d'un quartier dĂ©diĂ© Ă  la culture : « Nous avons prĂ©parĂ© ce week-end d'une façon assez inĂ©dite. Nous avons en effet suspendu les cours pendant une semaine et les Ă©tudiants, parfois leurs professeurs, sont allĂ©s chaque jour dans un quartier diffĂ©rent jouer sous toutes les formes possibles dans des endroits totalement insolites, comme la caisse d'un supermarchĂ©, souvent dans l'indiffĂ©rence, et parfois avec une magie – une personne qui vient avec son caddie fĂ©liciter les musiciens, un pĂ©piniĂ©riste qui offre une rose Ă  une chanteuse. Au fil des jours, le phĂ©nomĂšne a pris de l'ampleur, et les Ă©tudiants distribuaient les programmes Ă  tous les passants, tandis que le service des espaces verts nous prĂȘtait un camion, sur lequel nous avons installĂ© une plateforme avec un piano Ă  queue, permettant aux pianistes de jouer sur les places des quartiers Â».

    C'est Ă  la fois cette proximitĂ© et cette diversitĂ© que reflĂ©tait le programme des 19, 20 et 21 mai, vĂ©ritable fĂȘte de la musique avant l'heure, dont l'esprit devrait inspirer la programmation Ă  venir de le CitĂ© de la Musique : « Nous avons rĂ©uni des artistes de tous Ăąges, de trĂšs haut niveau, dans des propositions de toutes esthĂ©tiques et de toutes formes, du solo Ă  l'orchestre et les choeurs, de la danse aux arts plastiques, avec les installations de Christian Boltanski dans l'ancien bĂątiment, jusqu'aux musiques actuelles, avec l'Ă©quipe de Rodolphe Burger, compositeur en rĂ©sidence pour l'annĂ©e 2006, en partenariat avec le festival Musica. En faisant cette expĂ©rience, nous nous sommes rendus compte que les artistes aimaient investir ce lieu. Vanessa Wagner disait tout Ă  l'heure qu'elle n'avait jamais autant de choix de pianos pour jouer. Nous sommes dans une CitĂ© de la Musique dont le coeur est un conservatoire, ce qui ouvre d'autant plus de perspectives Â».

    Sans doute plus adaptĂ© Ă  des formes rĂ©duites ou expĂ©rimentales qu'aux grandes formations symphoniques, l'auditorium de 500 places qui manquait au Conservatoire comme au festival Musica, accueillait le dernier jour des festivitĂ©s les jeunes musiciens de l'Orchestre du Conservatoire, mĂȘlĂ©s Ă  leurs aĂźnĂ©s de l'Orchestre philharmonique, placĂ©s sous la direction de Kirill Karabits, principal chef invitĂ© de la phalange strasbourgeoise depuis octobre 2004, dans un programme de musique française ouvert sur l'ailleurs, illuminĂ© par des artistes locaux avant d'ĂȘtre internationaux.

    D'une diction de plus en plus raffinĂ©e, envoĂ»tante de mystĂ©rieuse sensualitĂ©, Mireille Delunsch n'y faisait plus qu'un avec la ShĂ©hĂ©razade de Ravel, tandis que le violoncelle hypnotique de Marc Coppey, figure emblĂ©matique du Conservatoire, nous guidait depuis ce lieu de dĂ©couverte, citĂ© de lumiĂšre suspendue entre fleuve et ciel d'oĂč la musique ne pouvait que prendre son envol, vers Tout un monde lointain.




    Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg
    direction : Marie-Claude SĂ©gard

    1, place Dauphine
    67076 Strasbourg cedex
    tel. : 03 88 43 68 00




    Le 25/05/2006
    Mehdi MAHDAVI




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