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CHRONIQUES
20 octobre 2018

Centenaire Chostakovitch :
Droujinine ou la passion lucide

En cette année de jubilé et à la veille de la réédition tant attendue de l'intégrale des quatuors de Chostakovitch par les Beethoven paraissent les souvenirs de leur altiste Fiodor Droujinine. Un ouvrage qui se veut autant un témoignage passionné et lucide sur le plus grand compositeur soviétique que sur Youdina, Borissovki, Schnittke, Akhmatova ou encore sur la visite de Stravinski en URSS.
 

Le 16/10/2006
Benjamin GRENARD
 



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    à un ami

  • C'est en remplaçant au pied levé son maître, le grand altiste Vadim Borissovski, lors d'une répétition du quatuor Beethoven en présence de Chostakovitch, que Fiodor Droujinine est intégré au sein du célèbre quatuor. Il devient dès lors un témoin privilégié aux sources de la création chostakovienne, en tant qu'interprète et en tant qu'ami, ce qui justifie le sous-titre donné à ces souvenirs : Hommage à D. Chostakovitch. À chaque ligne on sent cette admiration sans borne pour le génie pour qui il joue en concert, répète et enregistre ; c'est pourtant avec une passion lucide que Droujinine écrit ses mémoires, conscient à chaque instant de la difficulté et de la responsabilité qui incombe à celui qui retranscrit ses souvenirs sur des personnalités hors du commun.

    « Respecte la distance, souviens-toi que tu n'as pas affaire au premier venu ; sache que des meilleures intentions au mensonge il n'y a qu'un pas ; ne fais pas de généralisations là où le lecteur peut le faire sans toi ; n'embellis pas quand cela te chante, et ne prête pas au compositeur, même d'après ses propres paroles, les pensées et les sentiments qu'il n'a peut-être jamais eus » : autant de sentences qui montrent combien Droujinine se défie en toute conscience des dangers guettant le mémorialiste. La vie de Chostakovitch ayant souvent suscité les débats les plus tendancieux et les jugements les plus contradictoires, ces Souvenirs constituent un document de premier ordre.

    Le lecteur fait donc toujours la part entre les faits et la passion vibrante que suscite la fréquentation du compositeur. Des anecdotes sur les répétitions et les relations entre le quatuor et Chostakovitch, des circonstances qui entourent la création du 13e quatuor, de la crépusculaire Sonate pour alto et piano à la lettre poignante de Droujinine au compositeur qui vient de la lui dédier, les propos de l'altiste sont toujours denses, étayés et parlants. Il replace également de manière probante dans l'histoire musicale les quatuors de Chostakovitch et le rôle de l'alto, faisant de Chostakovitch un compositeur-clef, capable de fusionner les quatre instruments du quatuor comme de prendre en compte les qualités uniques de chacun, dans son timbre et sa personnalité.

    Mais malgré leur sous-titre, l'intérêt de ces mémoires se situe bien au-delà de la littérature consacrée au compositeur : ils reflètent le parcours d'un artiste dans un contexte historique tourmenté, relaté dans un style sobre et particulièrement efficace, qu'il s'agisse des émouvants souvenirs des bombardements de Moscou, de la déchirante arrestation de son frère ou d'anecdotes plus légères.

    Lorsque la tragédie de l'histoire n'est pas directement évoquée, elle gronde en filigrane et témoigne de la précarité de l'artiste : à constater la mine dépitée de Droujinine lorsque celui-ci perçoit de maigres émoluments après l'exécution des 9e et 10e quatuors, Vassili Chirinski lui fit remarquer : « Fédetchka, réjouis-toi de ce que tu joues de la bonne musique et que tu reçois en plus de l'argent pour cela ! Crois-moi, viendront des temps où pour jouer il faudra payer soi-même ! » On songe à la pianiste Maria Youdina, qui finira par être interdite de concert


    Et puis à travers les anecdotes, c'est toute une galerie d'artistes dont Droujinine tire le portrait : Borissovki, figure majeure de l'alto si peu connue sous nos latitudes, Youdina, l'amie mystique et partenaire de prédilection, l'immense poétesse Akmathova à laquelle Droujiinine fait découvrir la Chaconne de Bach, Oïstrakh, les membres du quatuor Beethoven, les rapports parfois orageux avec Schnittke, jusqu'à une conversation avec Stravinski en pleine répétition du Sacre lors de sa visite en URSS.

    Ajoutons que l'ouvrage est illustré de riches photographies et on comprendra qu'il s'agit d'un livre indispensable à tout mélomane qui s'intéresse un tant soit peu à la musique de cette période dense et à l'histoire fascinante de toute une génération.




    Fiodor Droujinine
    Souvenirs, Hommage à D. Chostakovitch

    Moscou, Museum Graeco-latinum (MGL), 2006, 274 pages.

    Disponible uniquement via l'Association internationale Dimitri Chostakovitch à l'adresse suivante : association@chostakovitch.org
    (Prix 15? + 3? de frais de port)




    Le 16/10/2006
    Benjamin GRENARD




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