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CHRONIQUES
21 août 2018

Odyssée lyrique

Dans le cadre du cycle consacré à la figure d'Ulysse, la Cité de la musique proposait deux opéras : le Retour d'Ulysse de Monteverdi, réalisé plutôt que dirigé par Christophe Rousset, qui s'est de nouveau révélé comme un monteverdien d'exception, et le très rare Ulysse de Jean-Féry Rebel, défendu avec conviction par le très lullyste Hugo Reyne.
 

Le 11/06/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • La version de concert a beau être considéré par certains comme le dernier rempart aux excès de metteurs en scène à la provocation gratuite, le théâtre monteverdien, point d'équilibre entre le parlar cantando et le cantar parlando qui gangrènera progressivement l'opéra vénitien jusqu'à sa dégénérescence, ne peut se satisfaire de ce qui aurait pu n'être qu'un pis-aller frustrant, et plus encore réducteur, si des forces musicales de premier ordre n'avaient franchi cet écueil.

    Pour son premier Retour d'Ulysse, Christophe Rousset demeure fidèle aux principes qu'il applique depuis le baptême scénique et monteverdien des Talens Lyriques à Amsterdam en 1993, à la réalisation du Couronnement de Poppée : flûtes et cornets parent les violons et alti de l'ornamento, tandis que le continuo ne croule pas sous les cordes pincées comme il est trop souvent de mise aujourd'hui. Cet ensemble équilibré suscite des alliages de timbres et des combinaisons instrumentales d'une rare subtilité, sans la moindre redondance chromatique avec des chanteurs que jamais Rousset ne bouscule, attentif à la variété rythmique depuis le clavecin.

    Parmi les dieux se distingue particulièrement le Neptune tonnant, nimbé des sonorités intimidantes du régale, de Luigi De Donato, face auquel le Jupiter fluet de Ryland Angel ne fait pas le poids, alors que la Minerve acariâtre à force d'acidité ? en voix de Junon donc ? de Sabina Puértolas doit s'incliner devant la Junon au timbre de diamant brut d'Ann-Kristin Johnson. Né pour Monteverdi, Emiliano Gonzalez-Toro signe avec le glouton Irus, auquel ne le prédisposait pas son timbre juvénile, un irrésistible contre-emploi, mais la Mélantho sans séduction de Sarah Jouffroy et l'Eurymaque facile mais inconsistant de Robert Getchell ne sont pas pour rien dans les fléchissements du premier acte.

    Et si Anders J. Dahlin incarne le plus délicatement innocent des Télémaque, relevant d'une voix de tête pétrie de douceur le défi de la Fragilité humaine, le phrasé savant et le timbre raffiné de Jan Kobow sont pour ainsi dire l'inverse de cette voix monteverdienne cuivrée à l'assise naturellement sombre, née de la terre et gorgée de soleil, qui est à celle d'Ulysse et d'Orphée.

    Mais face à un trio de prétendants dominés par la belle basse souple et claire de João Fernandes, la Pénélope majestueuse d'Hillary Summers, contralto d'une profondeur singulière frôlant sans cesse l'étrange, ni féminin, ni masculin, encore moins androgyne, module son vibrato telles les nervures d'un marbre inflexible.

    Un Ulysse affranchi d'Homère

    Autant le livret de Giacomo Badoaro s'appuie fidèlement, et même scrupuleusement, sur les chants XIII à XXIII de l'Odyssée, autant Henri Guichard s'en affranchit dans l'unique tragédie en musique de Jean-Féry Rebel qui, tel Scylla et Glaucus de Jean-Marie Leclair, aurait dû s'intituler Circé plutôt qu'Ulysse. Les fidèles époux, pour ne rien dire de la brève apparition de Télémaque, y font presque figure de prétexte à attiser la jalousie et la fureur de la magicienne, débarquée à Ithaque par on ne sait quelle licence.

    Créé le 23 janvier 1703, et tombé au bout de dix représentations, à l'instar de la plupart des tragédies lyriques qu'entreprirent les héritiers de Lully, Ulysse n'en respecte pas moins tous les codes de l'opéra magique à rebondissements multiples avec une exaltante efficacité, des fulgurances même, notamment au quatrième acte, où culmine l'ire de Circé, à grand renfort de sortilèges.

    Pénélope et Ulysse n'en sont pas négligés pour autant, et se partagent jusqu'à leur duo de retrouvailles de magnifiques déplorations. Quant au choeur, soudain privé de la lumière jour, ses accents ne sont pas sans annoncer l'invocation des nymphes et des bergers qui ouvre l'Orphée et Eurydice de Gluck.

    Hugo Reyne défend cette partition, restituée à partir de l'édition originale et des parties séparées conservées en Suède, avec persuasion, à la tête d'une Simphonie du Marais d'une texture aérée, sans doute plus poétique que véloce, et aux arêtes insuffisamment vives dans les scènes les plus spectaculaires.

    Mais la Circé incendiaire de Guillemette Laurens y supplée de son métal ardemment tendu par la déclamation, ne faisant qu'une bouchée de l'Ulysse trop appliqué de Bertrand Chuberre, et dominant la scène jusqu'à son repentir final. La lumière corsée et souple de la Pénélope de Stéphanie Révidat n'en transparaît pas moins, et Howard Crook, malgré la fêlure de l'aigu, rappelle, Orphée, Euriloque et Mercure, qu'il fût, de timbre comme d'expression, le plus élégant défenseur des emplois de haute-contre à la française.




    Cycle Ulysse à la Cité de la musique

    5 juin

    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    Il Ritorno d'Ulisse in patria, dramma in musica en trois actes (1640)
    Livret de Giacomo Badoaro

    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset

    Avec :
    Anders J. Dahlin (L'Umana Fragilità / Telemaco), Ann-Kristin Johnson (Amore / Giunone), Sarah Jouffroy (Fortuna / Melanto), João Fernandes (il Tempo, Feace / Antinoo), Jan Kobow (Ulisse), Hillary Summers (Penelope), Emiliano Gonzalez Toro (Iro), Benoît Bénichou (Feace / Pisandro), Jean François Novelli (Anfinomo), Robert Getchell (Eurimaco), Martine Mahé (Ericlea), David Lefort (Feace / Eumete), Sabina Puértolas (Minerva), Ryland Angel (Giove), Luigi De Donato (Nettuno).


    9 juin

    Jean-Féry Rebel (1666-1747)
    Ulysse, tragédie en musique en cinq actes et un prologue (1703)
    Livret d'Henry Guichard

    La Simphonie du Marais
    direction : Hugo Reyne

    Avec :
    Stéphanie Révidat (Pénélope), Guillemette Laurens (Circé), Howard Crook (Orphée / Euriloque / Mercure), Bertrand Chuberre (Ulysse), Bernard Deletré (Urilas), Céline Ricci (Céphalie / Minerve), Eugénie Warnier (Euphrosine), Vincent Lièvre Picard (un Génie / Télémaque), Thomas van Essen (un Sauvage).




    Le 11/06/2007
    Mehdi MAHDAVI




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