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CHRONIQUES
21 octobre 2018

Régine Crespin au Walhalla

Trois jours tout juste après un autre monstre sacré, Beverly Sills, c'est au tour de Régine Crespin de tirer définitivement sa révérence. Sans nul doute, la plus grande soprano française de la seconde moitié du XXe siècle, voix immense parmi les voix immenses, est partie rejoindre quelques autres héros wagnériens au Walhalla de Wotan.
 

Le 06/07/2007
Gérard MANNONI
 



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  • On ne saurait réduire à quelques dates et à quelques rôles la vie et la carrière de cette immense personnalité du monde Lyrique. Régine Crespin, qui vient de mourir peu après que l'on eut fêté ses 80 ans, a occupé le devant de la scène lyrique pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Bien sûr, elle fut la première Française depuis Germaine Lubin à être invitée au festival de Bayreuth. C'était en 1958, pour chanter Kundry sous la baguette de Knappertsbusch, invitation renouvelée jusqu'en 1961. L'événement était de taille, et fit de la cantatrice une vedette internationale, après quelque dix années de carrière.

    Née le 23 février 1927 à Marseille, elle avait en effet débuté dès 1948 à Reims, en chantant Charlotte de Werther, rôle qu'elle reprendrait bien plus tard. Avaient rapidement suivi Elsa, Desdémone et Marguerite puis Tosca, qui resterait un de ses grandes rôles, et aussi la Maréchale du Chevalier à la rose, dès 1951. Cette Maréchale, elle en serait l'une des plus grandes interprètes de notre temps sur les plus grandes scènes du monde et au disque.

    Désormais, elle triomphait dans les principaux ouvrages du répertoire italien et allemand, français aussi, avec notamment Didon des Troyens et, plus tard, Carmen, dont elle laissera un enregistrement de référence sous la baguette d'Alain Lombard. En 1962, dans la foulée de sa carrière wagnérienne, elle chanta Senta au Metropolitan Opera de New York, théâtre où elle remporta de magnifiques succès, puis, en 1967, elle fut la Brünnhilde dans la Walkyrie d'Herbert von Karajan au Festival de Pâques de Salzbourg, dont un enregistrement rappelle les splendeurs.

    Acclamée partout dans le monde, sa carrière française fut en revanche décevante, sans qu'on sache trop pourquoi, si ce n'est en raison d'un préjugé défavorable frappant à cette époque le chant français. Régine Crespin surmonta avec un immense courage la maladie qui la frappa en pleine carrière.

    Femme au caractère bien trempé, aimant la vie, dotée d'un humour sans concessions et d'un franc parler parfois ravageur, elle aborda vers la fin des années 1970 des rôles plus graves ou plus modestes comme celui de la Comtesse dans la Dame de Pique à Varsovie et au Palais des Congrès de Paris, puis se consacra à l'enseignement, au Conservatoire National Supérieur de Musique de la capitale.

    Parmi ses multiples enregistrements, elle nous a laissé la plus belle version qui soit des Nuits d'été de Berlioz et de Shéhérazade de Ravel, chez Decca. À ce propos, elle aimait raconter une très belle histoire : « J'ai eu au téléphone un homme qui m'a dit lui avoir sauvé la vie. On venait de lui diagnostiquer un cancer. Préférant en finir vite, il se munit de somnifères et d'une bouteille de whisky. En rentrant chez lui, il passa devant la vitrine d'un disquaire où il vit mon enregistrement des Nuits d'été. Pourquoi ne pas en finir aussi en musique ? Il commença a écouter le disque, resta médusé, ne prit pas ses pilules
    et apprit quelques jours plus tard qu'il n'avait, en fait, pas de cancer ! Cette histoire m'a beaucoup touchée. J'ai voulu le rencontrer, mais il a refusé. Je crois pourtant l'avoir entrevu un soir, à la sortie des artistes à Garnier : un homme, le col remonté et un chapeau dissimulant en partie son visage, m'a remis une rose et s'est enfui. J'ai eu le sentiment que c'était lui !
     »

    Pour tous ceux qui ont vécu cette grande époque du chant que furent les années 1950-1970, Régine Crespin restera l'un des dix sopranos inégalés qui nous enchantèrent et relancèrent le goût mondial pour l'opéra, aux côtés des Callas, Tebaldi, Schwarzkopf, Varnay, Nilsson, Vichnevskaïa, Rysanek, Milanov et Los Angeles.




    Le 06/07/2007
    Gérard MANNONI




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