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CHRONIQUES
17 octobre 2018

1 600 000 téléspectateurs pour un show caricatural

La Bastille vend près de 900 000 billets par an. En une seule soirée, France 2 a attiré 1 646 000 téléspectateurs pour Il Trovatore de Verdi. De quoi laisser perplexes les amoureux d'opéra comme les détracteurs du genre. Cette captation du Trouvère depuis les Chorégies d'Orange ravit tout autant qu'elle attriste par son côté caricatural.
 

Le 02/08/2007
Nicole DUAULT
 



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  • Il fallait au fougueux ténor Roberto Alagna une revanche sur les sifflets qui l'avaient accueilli à la Scala de Milan, d'où il s'éclipsa en pleine représentation après avoir adressé un bras d'honneur à la salle. Cette revanche, le service public et le présentateur Christophe Hondelatte, sans compter le président de la république, la lui ont servie sur un plateau d'argent. Jusqu'à l'excès.

    La présentation convenue puis le téléfilm diffusé à l'entracte ressemblaient plus à de la promo forcenée qu'à un reportage. Voici donc un héros tout beau et tout gentil, sans aucune aspérité. On n'a rien su des doutes d'un artiste hypersensible qui par son professionnalisme touche au coeur ses interlocuteurs. On n'a rien su des colères et des caprices du couple Alagna-Georghiu qu'un célèbre directeur d'opéra a comparé, en raison de son exigence, aux Thénardier des Misérables !

    L'opéra n'est pas un long fleuve tranquille. Il est plein de ce tumulte et de cette fureur qui en ont écrit la légende. La vie des divos et divas est beaucoup plus riche que cet aperçu figé et conventionnel. Le travail d'un ténor ne se borne pas à la lecture d'une partition dans un TGV et à quelques Mexico entonnés avec des amis.

    L'opéra fait-il donc si peur aux scrutateurs de l'audimat qu'il faille davantage attirer l'attention sur Alagna chanteur de variétés que sur son timbre de ténor lyrique miraculeux ? Certes son album consacré à Mariano, vendu à plus de 400 000 exemplaires, lui a valu un succès populaire et lui a rapporté beaucoup. Pavarotti, Domingo ont fait eux aussi de la chanson populaire avant lui. C'est amusant, cocasse, sympathique, mais il est peu probable que cela amène un seul spectateur supplémentaire à l'opéra.

    Plein de bons sentiments, le service public, voulant montrer un Alagna chanteur de variétés, est allé à l'encontre du but recherché. C'est comme si l'on disait au public qu'il est trop inculte pour entrer de plain pied dans un chef-d'oeuvre ! Il aurait été plus simple d'indiquer que, dans l'opéra, l'histoire, malgré le récit alambiqué du metteur en scène Charles Roubaud, n'a que peu d'importance. Seule vaut au fond l'émotion, celle des voix et de la musique, que tout un chacun est apte à ressentir.

    Il est vrai que ce mardi soir, l'émotion était totalement absente du plateau. Roberto Alagna, scéniquement bien dirigé, sait toucher droit au coeur, mais rien n'apparaissait sur son visage, comme dépourvu d'expression. Il semblait préoccupé uniquement par la performance vocale. La mezzo géorgienne Mzia Nioradze (Azucena), récupérée en dernière minute dans sa demeure de Tbilissi en remplacement de Larissa Diadkova, semblait morte de trac. Pourtant Azucena est l'un de ses rôles fétiches.

    Quant à la soprano Susan Neves, sa voix trop opulente ne colle pas avec le personnage pour une retransmission télévisée. On a beaucoup reproché naguère à Christoph Loy sa goujaterie quand, à Covent Garden, il exigea que les cantatrices aient la silhouette du personnage qu'elles incarnent. Que penser alors d'une Leonora dont on vante tant la beauté mais qui blottit ses formes arrondies sous des voiles qui n'arrivent pas à les dissimuler ?

    L'opéra peut être télégénique. Il faut pour ce faire un metteur en scène qui soit aussi un metteur en images. Car abuser des gros plans sur la bouche grande ouverte d'Alagna est ridicule, et ne peut que lui faire du tort.

    Le président de la république, auquel décidément rien n'échappe, et qui a été chahuté par de nombreux sifflets au moment de rejoindre sa place dans les gradins, s'est fait ce mardi ministre de la Culture, affirmant que l'opéra ne devait pas être réservé à une élite. Soit, mais alors il faudrait présenter au public populaire autre chose que le show simplificateur et finalement caricatural de France 2, et une mise en scène autrement moins statufiée et bourrée de poncifs.




    Théâtre antique d'Orange. Il Trovatore de Giuseppe Verdi. Retransmission en direct le mardi 31 juillet sur France 2. Mise en scène: Charles Roubaud. Orchestre National de France sous la direction de Ginandrea Noseda. Avec Susan Neves, Mzia Nioradze, Marie-Paule Dotti, Roberto Alagna, Seng-Hyoun Ko, Arutjun Kotcinian, Sébastien Guèze, David Bizic, Jean-François Borras.




    Le 02/08/2007
    Nicole DUAULT




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