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CHRONIQUES
16 juillet 2018

Le départ du tenorissimo

Comme le laissait prévoir l'évolution récente de son état de santé, Luciano Pavarotti est mort ce matin à Modène, à l'âge de 71 ans. La grand ténor était atteint d'un cancer du pancréas. C'est l'une des voix les plus belles et les plus universellement acclamées de la seconde moitié du XXe siècle qui disparaît. Sa notoriété dépassait très largement les milieux traditionnels d'amateurs d'opéra.
 

Le 06/09/2007
Gérard MANNONI
 



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  • C'était non seulement un artiste et un musicien complètement exceptionnels, mais un très gentil monsieur. On pourra lire partout une fois encore les multiples éloges adressés à celui qui a su faire rayonner l'art du chant bien au-delà de ses frontières traditionnelles. Comme Maria Callas, Pavarotti était aussi connu qu'une star de cinéma. Et c'était justice, car il était une star et savait gérer à la perfection ce capital donné par la nature.

    Au commencement, il y avait une voix dotée d'un timbre aussi séduisant que possible, fait de lumière et d'or, avec des possibilités particulières dans le registre aigu qui lui valurent vite une renommé autre que celle d'un « Rodolfo de plus », rôle avec lequel il remportait en 1961 le concours de Reggio nell'Emilia et débutait sur scène dans cette même ville. Cette voix, par sa musicalité, sa finesse , sa souplesse, allait trouver d'emblée un emploi idéal dans le bel canto italien pur et dur, où Pavarotti devenait rapidement le partenaire des plus illustres divas des années 1960, de Sutherland à Caballé, de Te Kanawa à Freni, sur toutes les plus grandes scènes du monde. Mozart aussi, puis Verdi, bien sûr, allaient en bénéficier.

    La voix, c'est indispensable, mais pour parvenir sur les sommets où a évolué cet artiste hors pair, il faut bien d'autres choses encore. Un vrai sens de la musique, par exemple. Dans tout ce qu'a chanté Pavarotti, y compris dans le domaine de la variété où il s'aventura en fin de carrière, il y avait avant tout de la musique. Phrasé, interprétation, même les effets restaient au service de la musique. Et puis, il avait le sens du théâtre. Curieusement, ce monsieur nettement volumineux n'était jamais grotesque dans les rôles de jeunes premiers, tant il savait bouger, sur la musique précisément. Et si, par malheur, un tabouret s'effondrait sous son poids comme sur la scène de Garnier dans Tosca, il était le premier à en rire !

    Car tous ceux qui purent l'approcher, discuter avec lui, reconnaîtront que le grand Pavarotti acclamé par les foules innombrables qu'il réunissait, son mouchoir mythique au bout des doigts, était en privé un homme charmant, simple, pas prétentieux du tout, convivial et volontiers blagueur.

    Puis-je évoquer quelques souvenirs personnels ? Je lui disais un jour qu'il devait être le plus heureux des hommes, avec cette réussite fabuleuse et une vie personnelle bien remplie. Il me répondit : « Sans doute, mais il y a un drame dans ma vie. J'aime trop manger et je ne devrais pas ! C'est épouvantable de ne pas pouvoir me rassasier de pâtes en particulier ! » Une autre fois, nous devions faire un débat dans un grand magasin parisien. Nous l'avions bien préparé ensemble, mais quand nous nous sommes présentés, le magasin était fermé pour cause de grève. Il aurait pu être fort mécontent ou faire une scène de star. Rien de semblable. Nous sommes allés prendre un café très joyeux et convivial, comme débarrassés d'une corvée.

    Et qui ne se rappelle cette entrée manquée au premier acte de Tosca à Garnier, quand il fallut baisser le rideau après l'intervention du sacristain, car Mario n'était pas là ? On le crut malade. Il n'en était rien. Victime de sa convivialité, trop occupé à tenir salon dans sa loge, il n'avait pas entendu les appels du régisseur à temps ! Mais que l'on se rassure, il était avant tout un immense professionnel.

    Il le prouva d'ailleurs, par la manière dont il sut utiliser tous les moyens médiatiques disponibles pour atteindre tous les publics : CD, DVD, concerts de masse avec micro, soirées « 3 ténors », avec concours portant son nom. Il faut reconnaître que la nature de son timbre, sa musicalité, sa matière passaient idéalement au micro, qu'il s'agisse de concert devant quelques milliers de personnes ou d'enregistrements.

    De l'intelligence, de l'astuce, de la générosité, et le sens le plus parfait qui soit du meilleur emploi des dons que la nature lui avait fait. Autrement dit, un exemple en tous domaines, avec même, pour faire pleurer dans les chaumières, les épisodes parfois inattendus d'une vie sentimentale longtemps calme avant de l'être moins.

    Pour lui aussi, le disque sous toutes ses formes, l'image également, vont permettre de garder le souvenir de ce très grand personnage de notre temps culturel, de retrouver les émotions, les éblouissements que nous lui devons, et de les communiquer aux générations futures.




    Le 06/09/2007
    Gérard MANNONI




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