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CHRONIQUES
25 octobre 2020

Le départ du tenorissimo

Comme le laissait pr√©voir l'√©volution r√©cente de son √©tat de sant√©, Luciano Pavarotti est mort ce matin √† Mod√®ne, √† l'√Ęge de 71 ans. La grand t√©nor √©tait atteint d'un cancer du pancr√©as. C'est l'une des voix les plus belles et les plus universellement acclam√©es de la seconde moiti√© du XXe si√®cle qui dispara√ģt. Sa notori√©t√© d√©passait tr√®s largement les milieux traditionnels d'amateurs d'op√©ra.
 

Le 06/09/2007
Gérard MANNONI
 



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  • C'√©tait non seulement un artiste et un musicien compl√®tement exceptionnels, mais un tr√®s gentil monsieur. On pourra lire partout une fois encore les multiples √©loges adress√©s √† celui qui a su faire rayonner l'art du chant bien au-del√† de ses fronti√®res traditionnelles. Comme Maria Callas, Pavarotti √©tait aussi connu qu'une star de cin√©ma. Et c'√©tait justice, car il √©tait une star et savait g√©rer √† la perfection ce capital donn√© par la nature.

    Au commencement, il y avait une voix dot√©e d'un timbre aussi s√©duisant que possible, fait de lumi√®re et d'or, avec des possibilit√©s particuli√®res dans le registre aigu qui lui valurent vite une renomm√© autre que celle d'un ¬ę Rodolfo de plus ¬Ľ, r√īle avec lequel il remportait en 1961 le concours de Reggio nell'Emilia et d√©butait sur sc√®ne dans cette m√™me ville. Cette voix, par sa musicalit√©, sa finesse , sa souplesse, allait trouver d'embl√©e un emploi id√©al dans le bel canto italien pur et dur, o√Ļ Pavarotti devenait rapidement le partenaire des plus illustres divas des ann√©es 1960, de Sutherland √† Caball√©, de Te Kanawa √† Freni, sur toutes les plus grandes sc√®nes du monde. Mozart aussi, puis Verdi, bien s√Ľr, allaient en b√©n√©ficier.

    La voix, c'est indispensable, mais pour parvenir sur les sommets o√Ļ a √©volu√© cet artiste hors pair, il faut bien d'autres choses encore. Un vrai sens de la musique, par exemple. Dans tout ce qu'a chant√© Pavarotti, y compris dans le domaine de la vari√©t√© o√Ļ il s'aventura en fin de carri√®re, il y avait avant tout de la musique. Phras√©, interpr√©tation, m√™me les effets restaient au service de la musique. Et puis, il avait le sens du th√©√Ętre. Curieusement, ce monsieur nettement volumineux n'√©tait jamais grotesque dans les r√īles de jeunes premiers, tant il savait bouger, sur la musique pr√©cis√©ment. Et si, par malheur, un tabouret s'effondrait sous son poids comme sur la sc√®ne de Garnier dans Tosca, il √©tait le premier √† en rire !

    Car tous ceux qui purent l'approcher, discuter avec lui, reconna√ģtront que le grand Pavarotti acclam√© par les foules innombrables qu'il r√©unissait, son mouchoir mythique au bout des doigts, √©tait en priv√© un homme charmant, simple, pas pr√©tentieux du tout, convivial et volontiers blagueur.

    Puis-je √©voquer quelques souvenirs personnels ? Je lui disais un jour qu'il devait √™tre le plus heureux des hommes, avec cette r√©ussite fabuleuse et une vie personnelle bien remplie. Il me r√©pondit : ¬ę Sans doute, mais il y a un drame dans ma vie. J'aime trop manger et je ne devrais pas ! C'est √©pouvantable de ne pas pouvoir me rassasier de p√Ętes en particulier ! ¬Ľ Une autre fois, nous devions faire un d√©bat dans un grand magasin parisien. Nous l'avions bien pr√©par√© ensemble, mais quand nous nous sommes pr√©sent√©s, le magasin √©tait ferm√© pour cause de gr√®ve. Il aurait pu √™tre fort m√©content ou faire une sc√®ne de star. Rien de semblable. Nous sommes all√©s prendre un caf√© tr√®s joyeux et convivial, comme d√©barrass√©s d'une corv√©e.

    Et qui ne se rappelle cette entrée manquée au premier acte de Tosca à Garnier, quand il fallut baisser le rideau après l'intervention du sacristain, car Mario n'était pas là ? On le crut malade. Il n'en était rien. Victime de sa convivialité, trop occupé à tenir salon dans sa loge, il n'avait pas entendu les appels du régisseur à temps ! Mais que l'on se rassure, il était avant tout un immense professionnel.

    Il le prouva d'ailleurs, par la mani√®re dont il sut utiliser tous les moyens m√©diatiques disponibles pour atteindre tous les publics : CD, DVD, concerts de masse avec micro, soir√©es ¬ę 3 t√©nors ¬Ľ, avec concours portant son nom. Il faut reconna√ģtre que la nature de son timbre, sa musicalit√©, sa mati√®re passaient id√©alement au micro, qu'il s'agisse de concert devant quelques milliers de personnes ou d'enregistrements.

    De l'intelligence, de l'astuce, de la générosité, et le sens le plus parfait qui soit du meilleur emploi des dons que la nature lui avait fait. Autrement dit, un exemple en tous domaines, avec même, pour faire pleurer dans les chaumières, les épisodes parfois inattendus d'une vie sentimentale longtemps calme avant de l'être moins.

    Pour lui aussi, le disque sous toutes ses formes, l'image également, vont permettre de garder le souvenir de ce très grand personnage de notre temps culturel, de retrouver les émotions, les éblouissements que nous lui devons, et de les communiquer aux générations futures.




    Le 06/09/2007
    Gérard MANNONI




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