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CHRONIQUES
17 août 2018

Laurent Petitgirard désempèse les concerts
© Alain Cinquini

Quatre vies en une. Laurent Petitgirard est à la fois compositeur, maestro, patron de l'Orchestre Colonne. Membre de l'Académie des Beaux-Arts, il préside aussi aux destinées de la Sacem afin de défendre les droits d'auteur. À la veille de sa troisième année à la tête de Colonne qui ouvrira sa saison le 16 octobre salle Gaveau, il s'explique.
 

Le 15/10/2007
Nicole DUAULT
 



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  • « Vieux crabe au carnet d'adresses bien rempli » comme il se définit, Laurent Petitgirard a bousculé l'une des formations associatives les plus célèbres, fondée en 1873 par le chef bordelais Édouard Colonne. En se présentant en 2004 au suffrage des musiciens pour devenir directeur musical de l'Orchestre Colonne, Petitgirard les dérouta par ses propositions hardies. Il voulait une pièce de musique contemporaine à chaque concert et projetait de proposer au public des places à dix euros. Un programme qui finalement les séduisit.

    Fier d'avoir été élu par les musiciens, et non pas nommé par une administration comme pour la plupart des autres formations, Petitgirard l'est aussi parce que les Concerts Colonne font le plein de spectateurs, à Gaveau en petite formation ou à Pleyel avec les 80 musiciens. Un miracle ? Non ! Et Petitgirard s'enthousiasme. La qualité de Colonne ? La formation a trouvé la cohésion en accompagnant régulièrement le Ballet de l'Opéra de Paris.

    Une occasion formidable pour les musiciens, qui leur donne en outre une sécurité certaine puisqu'ils obtiennent une rétribution normale. Ce n'est pas le cas avec les dix concerts de la saison, quasiment bénévoles, puisque les musiciens sont payés au jeton après un partage des bénéfices, comme dans une coopérative ouvrière.

    « C'est loin d'être faramineux, on se situe bien au-dessous du SMIC horaire », commente Petitgirard, qui a apporté à ses troupes des revenus supplémentaires comme des concerts privés et des bandes originales de cinéma : l'an dernier celle de Fauteuil d'orchestre de Danielle Thompson et cet été Ca se soigne de Laurent Chouchan. « Cela permet également aux musiciens de jouer plus souvent ensemble ».

    Qui sont-ils, ces musiciens ? Pour moitié des professeurs de conservatoire, les autres sont intermittents du spectacle ou viennent d'autres formations. La réputation de Colonne s'est beaucoup améliorée. À tel point que les concours de recrutement voient aujourd'hui affluer les candidats. Ils étaient vingt-cinq pour le poste de cor anglais !

    Quant à la défense assidue de la musique contemporaine, elle a permis à l'orchestre d'être invité au Festival Présences de Radio France, ce qui est une sorte de consécration. Dans la saison à venir figurent autant des compositeurs d'aujourd'hui ? Thomas Adès par exemple ? que des oeuvres de compositeurs plus joués que les autres orchestres affichent moins souvent, comme le Printemps de Rachmaninov ou le Poème de l'extase de Scriabine.

    Des billets à 10?

    Le public s'est renouvelé avec des curieux et des spectateurs plus jeunes et plus motivés. Autre élément que Petitgirard porte à son crédit : la décontraction des concerts. « Je n'hésite pas à m'adresser au public, à montrer un détail d'une pièce contemporaine avant de la jouer ». Mais l'élément déterminant du succès de Colonne est de proposer des places à dix euros.

    Et là Petitgirard s'indigne avec véhémence : « les concerts classiques sont beaucoup trop chers. Il faut arrêter cela. C'est toujours le même petit milieu qui y assiste et s'y congratule. Je sais que quand je mets mes places à dix euros, le microcosme parisien n'est pas content. Il a l'impression que c'est dévalorisant, alors que ses salles sont composées parfois d'un tiers d'invités. Tout cela à coup de subventions ! »

    Côté subventions, celles de Colonne sont faibles. D'un montant de 120 000 euros, elles viennent à parité de la Ville de Paris et de la Drac d'Île-de-France. « J'ai trouvé un sponsor qui donne à peu près autant, la Compagnie 1818, banque privée des Caisses d'épargne, puis la Sacem et l'association Musique Nouvelle en liberté. Songez que la location de Pleyel coûte 20 000 euros pour une soirée ».

    Pour la saison 2007-2008 ? quatre concerts à Pleyel, cinq à Gaveau et un en l'église Saint-Germain-des-Prés ?, Petitgirard maintien son concept à dix euros la place en première catégorie pour tous ceux qui s'abonnent à cinq manifestations dans la saison. Les autres devront payer entre dix et trente euros.

    Dans son ambitieuse programmation figure chaque année un opéra en version de concert. Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, le chef d'orchestre affiche son propre opéra Joseph Merrick dit Elephant Man, créé à Prague et jamais donné à Paris. Il sera monté avec le Choeur de l'orchestre Colonne que dirige Patrick Marco. Parmi les autres compositeurs contemporains sont invités John Adams, Arvo Pärt ainsi que les français Guy Reibel, Suzanne Giraud et Éric Tanguy.

    « Je dirige cinq concerts sur les dix. La richesse d'un orchestre, c'est de faire venir d'autres chefs ». On entendra par exemple David Coleman qui est devenu spécialiste de la danse et dirige la musique de la plupart des ballets qu'accompagne Colonne au Palais Garnier. Cela laisse aussi du temps à Petitgirard compositeur pour achever Guru, nouvelle pièce lyrique sur la manipulation mentale. Un opéra qui verra le jour non pas avec Colonne mais à Nice en novembre 2009. « Je serai à la baguette pour tout contrôler, c'est mon caractère ! »




    Orchestre Colonne
    10 concerts à 20 h et cinq concerts d'éveil pour les jeunes
    Du 16 octobre au 10 juin
    www.orchestrecolonne.fr
    tél. : 01 42 33 72 89
    Enregistrement en cours de 6 CD autour de la musique française dont le premier, qui sortira fin 2008, sera consacré à Gabriel Pierné.




    Le 15/10/2007
    Nicole DUAULT




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