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CHRONIQUES
24 mai 2018

Apothéose d'une renaissance

Ils sont venus, ils sont tous là. Pas un de ceux qui en ont fait la jeune et néanmoins glorieuse histoire ne manque à l'affiche du vingtième anniversaire du Centre de Musique Baroque de Versailles. En plus de cent concerts, les baroqueux d'hier et d'aujourd'hui célèbrent l'apothéose de la renaissance de la musique de l'ancien régime en son temple de démesure.
 

Le 18/10/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Dans le sillage du triomphe d'Atys, auquel les Harnoncourt, Malgoire, Gardiner avaient ouvert la voie, naissait en 1987 le Centre de Musique Baroque de Versailles, formidable laboratoire archéologique entièrement dédié à la redécouverte d'un patrimoine réduit au silence durant près de deux cents ans. Vingt ans plus tard, grâce à l'acharnement de quelques irréductibles défricheurs, les Boesset, Lambert, Dumont, Destouches, Mondonville, Leclair sont sortis de l'anonymat dans lequel les avait plongés la Révolution française.

    Et pour célébrer cette renaissance, qui ne fut pas sans heurt ? à l'enthousiasme, l'élan de l'enfance ont succédé les errements de l'adolescence, avant qu'Hervé Burckel de Tell ne reprenne la barre de l'audacieux navire ?, tous ses artisans, des précurseurs à la jeune garde, se sont donnés rendez-vous quatre week-ends durant, qui sont autant de règnes, investissant jusqu'au moindre recoin du Château de Versailles.

    Duel au sommet

    Louis XIV se devait d'ouvrir le feu, avec un duel au somment, sacré contre profane, Charpentier contre Lully, bien que ce dernier se soit immiscé à la Chapelle l'espace d'un Salve Regina, dans le programme concocté par William Christie. Privilégiant la petite forme ? ah ! ce « petit » Te Deum à quatre voix ?, le fondateur des Arts Florissants s'est entouré de jeunes chanteurs issus du Jardin des voix qui réinsufflent à son geste cette ardeur pionnière qui animait ses gravures des années 1980, la magie du lieu achevant d'élever les Litanies de la Vierge vers un ailleurs transcendé.

    Sur le théâtre, relégué à la Grande Écurie ? acoustique superlative comparée à celle de l'Opéra, actuellement fermé pour travaux ?, Lully régna en monarque absolu, imposant son modèle à tous ses successeurs. Antépénultième tragédie en musique du compositeur, Amadis, créé en 1684, célèbre le triomphe des amours du rôle-titre, fils du roi de Gaule, et d'Oriane, fille du roi de Grande-Bretagne, sur la jalousie de la magicienne Arcabonne.

    De sa voix d'ample lumière, où déclamation et ornementation semblent couler de source, Véronique Gens domine tous les personnages féminins avec une ardeur majestueuse. Et si Olivier Schneebeli obtient d'emblée de ses Chantres, dont l'effectif vient d'être en grande partie renouvelé, des sonorités fortement caractérisées, il ne parvient pas à infléchir la texture infiniment poétique de Musica Florea avec autant d'acuité.

    Un moelleux inapprochable

    Comme à Louis XIV succéda Louis XV, Rameau succéda à Lully, sans toutefois hériter des prérogatives de ce dernier. Cette fois en compagnie des Talens Lyriques, dont les timbres s'épanouissent avec faste dans la Galerie des Batailles, et en totale osmose avec Christophe Rousset, dont les gestes cursifs exaltent la jouissance motorique des danses, Véronique Gens déploie au gré des amoureuses tragiques un instrument d'un moelleux inapprochable, que jamais n'amoindrissent les arabesques ornementales, captivant l'acoustique pour suspendre dans l'éther les clartés funèbres des Tristes apprêts de Télaïre.

    À la Chapelle royale, Hervé Niquet entraîne les grands motets Quam Dilecta et In Convertendo dans une respiration ample, qui est loin de lui être évidente, et expressive, s'appuyant sur un Concert Spirituel, orchestre et surtout choeur ? quelle précision dans l'intonation des dessus ! ?, plus qu'à la hauteur de la grande forme. À l'exception du dessus lumineux et ductile de Stéphanie Révidat, ses solistes convainquent davantage par leur maîtrise du style et une conduite comme innée de la phrase que par la séduction des timbres, en particulier la taille excessivement claire de Marc Mauillon.

    Beauté allégorique

    Découverte enfin, que cette Égine de François Colin de Blamont ? plus exactement le prologue et le premier acte des Fêtes de Thétis, complétés lors de la création le 14 janvier 1750 sur le Théâtre des Petits Appartements de Madame de Pompadour, qui y tenait le rôle d'Égine, par Titon et l'Aurore de Bernard de Bury. Respectueux du modèle ramiste, et toujours attrayant, Blamont n'en surprend pas moins l'aventure d'Egine et Jupiter par des pointes d'harmonies audacieuses et de tendresses préclassiques.

    D'une beauté allégorique, la Thétis de Caroline Mutel illumine le prologue de ses aigus d'étincelle, quand l'Égine souple et claire de Virginie Pochon enchante. Toujours excellent diseur, le Jupiter claironnant de Jean-Sébastien Bou tend à disparaître dans le bas de la tessiture, mais le Sisyphe d'Arnaud Marzorati timbre jusqu'aux abysses de la jalousie avec délectation.

    Peut-être la fougue de Sébastien d'Hérin friserait-elle l'agitation si elle ne se traduisait chez ses Nouveaux Caractères par une sensualité aussi urgente, mais elle incarne à merveille l'esprit de ces célébrations profuses, fastueuses, juste reflet d'une musique baroque française en perpétuelle reconquête.




    21 septembre

    20h, Manège de la Grande Écurie

    Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
    Amadis, tragédie en musique en cinq actes avec prologue (1684)
    Livret de Philippe Quinault
    (extraits)

    Véronique Gens, dessus
    Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
    Musica Florea (direction artistique : Marek Strynckl)
    direction : Olivier Schneebeli

    22h, Chapelle royale

    Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)
    Te Deum à quatre voix (H. 147)
    Magnificat (H. 73)
    Litanies de la Vierge à six voix et deux dessus de violes (H. 83)

    Jean-Baptiste Lully
    Salve Regina en ré mineur (LWV 77)

    Claire Debono, Ana Quintas, dessus
    Amaya Dominguez, bas-dessus
    Andrew Tortise, haute-contre
    Marc Mauillon, basse-taille
    Jonathan Sells, basse
    Les Arts Florissants
    clavecin, orgue et direction : William Christie

    14 octobre

    17h, Galerie des Batailles

    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Extraits d'Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, les Talens Lyriques et Zoroastre

    Véronique Gens, dessus
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset

    19h, Chapelle royale

    Jean-Philippe Rameau
    Quam Dilecta
    In Convertendo

    Stéphanie Révidat, Hanna Bayodi, dessus
    Mathias Vidal, haute-contre
    Marc Mauillon, taille
    Stephan MacLeod, basse-taille
    Le Concert Spirituel
    direction : Hervé Niquet

    20h30, Galerie des Batailles

    François Colin de Blamont (1690-1760)
    Égine (1750)
    Prologue et premier acte des Fêtes de Thétis, Ballet héroïque en deux actes et un prologue
    Livret de Pierre-Charles Roy

    Virginie Pochon (la Seine, Égine)
    Caroline Mutel (Thétis)
    Jean-Sébastien Bou (Mercure, Jupiter)
    Arnaud Marzorati (Sisyphe)

    Les Nouveaux Caractères
    clavecin et direction : Sébastien d'Hérin




    Le 18/10/2007
    Mehdi MAHDAVI




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