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CHRONIQUES
25 mai 2018

Mahler en douze heures chrono

La venue du LSO à l'Auditorium de Dijon ce samedi 8 mars pour la 7e symphonie de Mahler prend les allures d'une folle course contre la montre. Que faire quand l'un des plus grands orchestres du monde arrive dans votre salle sans instruments ni partitions ? Récit d'une journée pas comme les autres, ou comment lutter efficacement contre la routine !
 

Le 10/03/2008
Stephen SAZIO
 



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  • Auditorium de Dijon, samedi 8 mars 2008

    9h15

    Coup de téléphone d'Helen Roden, responsable des tournées du London Symphony Orchestra : il y a un problème ! Le camion qui transporte le matériel de l'orchestre est toujours sur la côte anglaise suite à une grève des dockers français. Impossible de savoir quand le ferry qui l'abrite pourra enfin traverser la Manche. Le camion contient la plupart des instruments, l'intégralité du matériel d'orchestre et, accessoirement, les fracs de concert de nombreux musiciens.

    Branle-bas de combat à Dijon : hors de question d'annuler l'un des concerts les plus attendus de la saison. Pour parer au pire, il faut commencer à reconstituer le parc instrumental d'une des symphonies les plus exigeantes en ce domaine. Une liste est rapidement établie : 30 violons, 12 altos, 10 violoncelles, 8 contrebasses, les bois, les cuivres, les percussions ; une centaine d'instruments au total, avec quelques raretés comme le tuba ténor, les bassons système allemand, la mandoline ou les cloches de vaches
    Les téléphones commencent à sonner dans les conservatoires bourguignons, chez les loueurs parisiens et les luthiers lyonnais. Nous avons 12 heures devant nous


    12h40

    Les instrumentistes du LSO arrivent à l'aéroport de Dijon-Longvic, en pleine journée portes ouvertes. Ils prennent peu à peu connaissance de la situation : le flegme anglais n'est pas une légende, le stress crispe à peine les visages


    15h

    À l'auditorium, la situation progresse : les luthiers Éric Aouat à Lyon et Thomas Billoux à Chalon acceptent de nous prêter leurs violons, altos et violoncelles disponibles, souvent d'une grande valeur ; un bassoniste de l'Orchestre de l'Opéra de Lyon nous fournit trois bassons Heckel, mais il faudra impérativement les lui rendre avant demain à 16h pour un concert : rendez-vous est pris quai de Saône sous un platane ; l'Auditorium lyonnais Maurice Ravel prête ses harpes, ses contrebasses et le matériel d'orchestre. À Paris, une boutique nous loue les cuivres et la petite harmonie. Les Conservatoires de Dijon et Chalon se mobilisent. Reste à organiser le transport et à régler les problèmes d'assurances. Un camion part pour Lyon, un autre de Paris.

    16h

    Les premiers instruments arrivent, parfois apportés par des étudiants des conservatoires de la région venus à la rescousse. Des tables sont installées sur scène : il faut étiqueter les étuis, les instruments et les archets afin de pouvoir les rendre à leurs propriétaires. Les musiciens du LSO et leurs chefs de pupitres essaient, discutent, choisissent. La qualité des instruments réunis les enthousiasment, leur étonnement est visible.

    18h

    Nouvelle piste : un tubiste bourguignon posséderait un tuba ténor !

    19h

    Les premiers spectateurs arrivent et apprennent la nouvelle : le concert ne commencera pas avant 21h30. Leur patience sera digne de vrais mélomanes.

    20h30

    Les cuivres arrivent de Paris. De nombreux problèmes subsistent : il manque des archets, des embouchures, des baguettes. Jusqu'au dernier moment, il faudra trouver des solutions de fortune.

    21h15

    Le camion bolide revient de Lyon chargé à bloc, après avoir frôlé la crevaison. Distribution des partitions. Valery Gergiev dirigera avec un conducteur de poche qui refuse catégoriquement de rester ouvert... Une fois de plus, le professionnalisme, l'envie de jouer en dépit de tout et la sérénité des musiciens du LSO face au risque laisse pantois.

    21h40

    Les cloches de vaches et les quatre derniers archets manquants arrivent enfin. Tout le monde sur scène pour le raccord ! Les musiciens ont à peine un quart d'heure pour faire connaissance avec leurs nouveaux instruments.

    21h45

    Raccord. Tout le monde retient son souffle lorsque les premières notes de la 7e symphonie de Mahler retentissent enfin. Le tuba ténor attaque son solo : toute l'énergie déployée dans la journée semble se concentrer sur cet unique instant. Tout prend sens. Jamais la musique de Mahler n'a semblé aussi nécessaire que ce soir, jamais son appel n'a autant bouleversé. Certains musiciens jouent sur des instruments de grande lutherie, d'autres sur des instruments d'étude, et après quelques mesures de mise en place, le son est magnifique, homogène, habité. La journée a été dure. La soirée sera exceptionnelle.

    22h

    Les spectateurs, qui ont assisté avec émotion au raccord sur les moniteurs du foyer, entrent en salle. Le concert peut commencer.

    23h30

    Fin du concert sous les ovations. Certains musiciens demandent si les instruments sur lesquels ils ont joué sont à vendre...


    Stephen Sazio
    assistant publications et Internet au Duo Dijon




    Le 10/03/2008
    Stephen SAZIO




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