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CHRONIQUES
03 décembre 2021

Le printemps des révélations
© Alain Hamel

Festival hors normes que ce Printemps des Arts o√Ļ un public azur√©en, par essence conformiste, est confront√© √† des partitions peu connues. Par son h√©t√©rog√©n√©it√©, ce festival √©tonne. Par son audace presque parfaitement assimil√©e, il rassure et interpelle. Et si les auditeurs d'aujourd'hui pouvaient entrer de plain pied dans la cr√©ation contemporaine quand on sait les apprivoiser ?
 

Le 31/03/2008
Nicole DUAULT
 



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  • Nous voil√† embarqu√©s ! Nous, c'est-√†-dire trois cents personnes r√©parties dans cinq cars aux couleurs bariol√©es du Printemps des Arts. Impossible d'en loger davantage. Nous, c'est-√†-dire des spectateurs audacieux partis pour ce ¬ę voyage surprise ¬Ľ moyennant une participation de vingt euros. Sandwich (baguette, tomates, mozzarella) et un quart d'eau pour viatique. Il est 14 h. Le retour de ce d√©placement myst√®re mais musical est pr√©vu pour 19 h. Quelles aventures entre temps ? Nul ne le sait.

    M√™me quand les bus franchissent les fronti√®res mon√©gasques pour, horreur amus√©e, quitter les trois rues de la Principaut√© et vagabonder sur les autoroutes autour de Nice. La belle silhouette des maisons de Saint-Paul de Vence para√ģt juste au moment o√Ļ, devant le stabile de Calder, les bus prennent la direction de la Fondation Maeght. C'est dans la cour, entre les monumentaux Giacometti, les hommes marchant et autres portraits sculptures d'Annette, que des chaises ont √©t√© install√©es pour le concert.

    Sous une tente, un piano, √©pargn√© ainsi par le soleil qui consent √† dorer les visages, a √©t√© install√©. Sur chaque chaise a √©t√© pos√© le programme enfin r√©v√©l√© apr√®s une bonne heure de route. Il s'agit d'une pi√®ce de Pascal Dusapin. Ces √Čtudes pour piano, √©crites en 1999-2000, que Vanessa Wagner joue dans un premier temps sont ensuite revisit√©es par le pianiste, jazzman et sp√©cialiste de l'√©lectronique, le brillant Beno√ģt Delbecq. Dans une improvisation √©blouissante, √† partir de la sensible interpr√©tation de Vanessa Wagner, voil√† Delbecq et son assistant technique, Steve Arguelles, qui s'amusent. Ils en tirent la substantifique moelle et la portent en majest√©.

    Cette manifestation intuitive et perturbante n'existe que parce que la partition de Dusapin poss√®de un sens et une chair dont on aurait pu douter parfois de la consistance. Au mixer de l'√©lectronique, elle se r√©v√®le. Belle id√©e que de donner une √©tude par Vanessa Wagner au piano puis l'interpr√©tation de Beno√ģt Delbecq soutenue par l'√©lectronique en temps r√©el avant de revenir au piano. Ce yo-yo est enrichissant. Ce projet baptis√© Back to back appointement magnifie l'art pour l'art dont Dusapin se montre √† nouveau adepte.

    R√©sultat : applaudissements polis de l'assistance qui s'√©merveille surtout du regard sur site de Saint-Paul autant que du beau regard de Vanessa Wagner. Celle-ci n'en a cure. Elle est enthousiaste : ¬ę Bravo pour ce voyage surprise ! On n'aurait jamais eu ce public dans une salle normale ¬Ľ, dit-elle avant d'ajouter malicieuse, ¬ę on les a eus ! ¬Ľ S√©rieuse, elle annonce alors que ce concert va devenir un projet discographique tant elle est s√©duite par l'oeuvre.

    Puis voil√† les trois cents spectateurs redescendant la colline inspir√©e de la Fondation Maeght pour rejoindre les autobus. La destination ult√©rieure, nul ne la conna√ģt jusqu'aux abords de Nice o√Ļ les cars se dirigent vers les nouveaux locaux du quotidien Nice-Matin. C'est l√†, dans le local r√©serv√© √† l'envoi des journaux, qu'un dr√īle de dispositif a √©t√© install√© : des chaises par centaines devant les formidables mat√©riaux des Percussions de Strasbourg.

    C'est alors la f√™te. De trois cents au d√©part du rocher de Monaco, nous sommes bien plus √† se r√©fugier sur ce site o√Ļ, stup√©faction, pullulent les enfants. Ceux-ci vont pendant un peu plus d'une heure crier, jouer, s'amuser dans les jardins, tout en virevoltant aux sonorit√©s √©bouriffantes de cette formation embl√©matique de la musique contemporaine. Les six musiciens des Percussions jouent les Pl√©iades, pi√®ce que leur a √©crite sur mesure Xenakis. C'est plus qu'un √©blouissement, une sorte de joie de vivre dont les √©chos se r√©percutent jusqu'au cocktail offert par Nice-Matin aux voyageurs aussi passionn√©s par cette musique qu'√† la visite des rotatives du journal.

    Ces m√™mes voyageurs √©taient pr√©sents la veille ou l'avant-veille √† l'une des deux soir√©es consacr√©es √† Jan√°ček. Jean-Louis Grinda, directeur de l'Op√©ra de Monte-Carlo, avait fait venir de l'Op√©ra royal de Wallonie, qu'il dirigea nagu√®re √† Li√®ge, une production embl√©matique de Jenůfa. Hedwig Fassbender, bien connue des spectateurs de la Bastille, √©tait la Sacristine. Quant au r√īle-titre, il s'agissait de l'excellente N√©erlandaise Barbara Haveman, d√©j√† Jenůfa au Capitole de Toulouse. Cette soir√©e Jan√°ček aura r√©v√©l√© un ouvrage lyrique magnifique et m√©connu du grand public, inspir√© autant par la science viennoise que par le folklore tch√®que.

    L'autre soir, au milieu des chanteurs du Nerderlands Kamerkoor, on a pu entendu une violoniste effervescente, Vera Brodman-Novakova, et surtout un pianiste étonnant qui a pour nom Nicolas Bringuier et s'avère le frère du chef prodige devenu l'assistant de Salonen à Los Angeles. Le Printemps des arts est décidément celui des révélations




    Le 31/03/2008
    Nicole DUAULT




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