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CHRONIQUES
22 octobre 2018

Le printemps des révélations
© Alain Hamel

Festival hors normes que ce Printemps des Arts où un public azuréen, par essence conformiste, est confronté à des partitions peu connues. Par son hétérogénéité, ce festival étonne. Par son audace presque parfaitement assimilée, il rassure et interpelle. Et si les auditeurs d'aujourd'hui pouvaient entrer de plain pied dans la création contemporaine quand on sait les apprivoiser ?
 

Le 31/03/2008
Nicole DUAULT
 



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  • Nous voilà embarqués ! Nous, c'est-à-dire trois cents personnes réparties dans cinq cars aux couleurs bariolées du Printemps des Arts. Impossible d'en loger davantage. Nous, c'est-à-dire des spectateurs audacieux partis pour ce « voyage surprise » moyennant une participation de vingt euros. Sandwich (baguette, tomates, mozzarella) et un quart d'eau pour viatique. Il est 14 h. Le retour de ce déplacement mystère mais musical est prévu pour 19 h. Quelles aventures entre temps ? Nul ne le sait.

    Même quand les bus franchissent les frontières monégasques pour, horreur amusée, quitter les trois rues de la Principauté et vagabonder sur les autoroutes autour de Nice. La belle silhouette des maisons de Saint-Paul de Vence paraît juste au moment où, devant le stabile de Calder, les bus prennent la direction de la Fondation Maeght. C'est dans la cour, entre les monumentaux Giacometti, les hommes marchant et autres portraits sculptures d'Annette, que des chaises ont été installées pour le concert.

    Sous une tente, un piano, épargné ainsi par le soleil qui consent à dorer les visages, a été installé. Sur chaque chaise a été posé le programme enfin révélé après une bonne heure de route. Il s'agit d'une pièce de Pascal Dusapin. Ces Études pour piano, écrites en 1999-2000, que Vanessa Wagner joue dans un premier temps sont ensuite revisitées par le pianiste, jazzman et spécialiste de l'électronique, le brillant Benoît Delbecq. Dans une improvisation éblouissante, à partir de la sensible interprétation de Vanessa Wagner, voilà Delbecq et son assistant technique, Steve Arguelles, qui s'amusent. Ils en tirent la substantifique moelle et la portent en majesté.

    Cette manifestation intuitive et perturbante n'existe que parce que la partition de Dusapin possède un sens et une chair dont on aurait pu douter parfois de la consistance. Au mixer de l'électronique, elle se révèle. Belle idée que de donner une étude par Vanessa Wagner au piano puis l'interprétation de Benoît Delbecq soutenue par l'électronique en temps réel avant de revenir au piano. Ce yo-yo est enrichissant. Ce projet baptisé Back to back appointement magnifie l'art pour l'art dont Dusapin se montre à nouveau adepte.

    Résultat : applaudissements polis de l'assistance qui s'émerveille surtout du regard sur site de Saint-Paul autant que du beau regard de Vanessa Wagner. Celle-ci n'en a cure. Elle est enthousiaste : « Bravo pour ce voyage surprise ! On n'aurait jamais eu ce public dans une salle normale », dit-elle avant d'ajouter malicieuse, « on les a eus ! » Sérieuse, elle annonce alors que ce concert va devenir un projet discographique tant elle est séduite par l'oeuvre.

    Puis voilà les trois cents spectateurs redescendant la colline inspirée de la Fondation Maeght pour rejoindre les autobus. La destination ultérieure, nul ne la connaît jusqu'aux abords de Nice où les cars se dirigent vers les nouveaux locaux du quotidien Nice-Matin. C'est là, dans le local réservé à l'envoi des journaux, qu'un drôle de dispositif a été installé : des chaises par centaines devant les formidables matériaux des Percussions de Strasbourg.

    C'est alors la fête. De trois cents au départ du rocher de Monaco, nous sommes bien plus à se réfugier sur ce site où, stupéfaction, pullulent les enfants. Ceux-ci vont pendant un peu plus d'une heure crier, jouer, s'amuser dans les jardins, tout en virevoltant aux sonorités ébouriffantes de cette formation emblématique de la musique contemporaine. Les six musiciens des Percussions jouent les Pléiades, pièce que leur a écrite sur mesure Xenakis. C'est plus qu'un éblouissement, une sorte de joie de vivre dont les échos se répercutent jusqu'au cocktail offert par Nice-Matin aux voyageurs aussi passionnés par cette musique qu'à la visite des rotatives du journal.

    Ces mêmes voyageurs étaient présents la veille ou l'avant-veille à l'une des deux soirées consacrées à Janáček. Jean-Louis Grinda, directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, avait fait venir de l'Opéra royal de Wallonie, qu'il dirigea naguère à Liège, une production emblématique de Jenůfa. Hedwig Fassbender, bien connue des spectateurs de la Bastille, était la Sacristine. Quant au rôle-titre, il s'agissait de l'excellente Néerlandaise Barbara Haveman, déjà Jenůfa au Capitole de Toulouse. Cette soirée Janáček aura révélé un ouvrage lyrique magnifique et méconnu du grand public, inspiré autant par la science viennoise que par le folklore tchèque.

    L'autre soir, au milieu des chanteurs du Nerderlands Kamerkoor, on a pu entendu une violoniste effervescente, Vera Brodman-Novakova, et surtout un pianiste étonnant qui a pour nom Nicolas Bringuier et s'avère le frère du chef prodige devenu l'assistant de Salonen à Los Angeles. Le Printemps des arts est décidément celui des révélations




    Le 31/03/2008
    Nicole DUAULT




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