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CHRONIQUES
24 mai 2018

Le fabuleux destin de Susanna Mälkki
© Tanja Ahola

En deux concerts, le premier avec l’Ensemble Intercontemporain dont elle est directrice musicale depuis 2005, le second avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, la Finlandaise Susanna Mälkki a su montrer qu’elle était un chef qui excédait largement le seul répertoire contemporain. Paris a bien de la chance…
 

Le 23/05/2008
Laurent VILAREM
 



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  • La règle est pourtant claire : tous les chefs qui ont présidé aux destinées de l’Ensemble Intercontemporain – outre Pierre Boulez bien sûr, Sylvain Cambreling, Peter Eötvös, David Robertson ou encore Jonathan Nott – accomplissent une belle et grande carrière internationale. Susanna Mälkki, à la tête de l’EIC depuis 2005, prend assurément le chemin de ses devanciers, tant ses apparitions au fur et à mesure des concerts gagnent en cohérence et en intensité.

    Est-ce parce que l’Intercontemporain, réputé pour son excellence instrumentale, avec son ensemble de solistes, impose à son meneur une discipline de fer ? Est-ce le répertoire, celui des XXe et XXIe siècles, qui apprend aux chefs cette manière superlative de gérer les timbres ?

    Lors du premier concert à la Cité de la Musique, Susanna Mälkki dirigeait ainsi les Fragments pour un portrait de Philippe Manoury, l’une des plus belles œuvres commandées par l’Ensemble Intercontemporain, créée en 1998 par David Robertson, et il fallait bien une précision diabolique pour faire sonner cette démoniaque antiphonie.

    Esthétique futuriste

    On garde en mémoire ces sonorités de percussions cliquetantes, à l’esthétique presque futuriste qui n’exclut ni le jeu dans de jubilatoires Vagues paradoxales, ni la poésie dans une aérienne Nuit avec turbulences. Cette pièce de Manoury a quelque chose de classique dans sa manière de construire un discours et d’agencer des fragments opposés à un ensemble général monolithique, une manière de musique en somme dont le ciment durcirait soudain et érigerait des édifices dans le lointain.

    Susanna Mälkki partageait ensuite l’attention avec le récitant Graham Valentine pour une œuvre toujours périlleuse : l’Histoire du soldat de Stravinski. La manière à l’abord exotique de rouler les « r » du comédien d’origine écossaise finit par être absolument idiomatique, on pourrait presque dire qu’elle a quelque chose de vaudois, tant elle convient au conte de Ramuz.

    De même, son jeu sans surprises mais musical laisse une part idéale à la musique, dont on apprécie le violon sans pathos de Hae-Sun Kang et les enthousiasmantes interventions de jazz-band de l’ensemble. Si on reconnaît encore la sécheresse perçante de l’Intercontemporain dans les tutti, c’est avant tout grâce à l’attention constante de la chef que l’on s’attache in fine à la narration.

    Une Héroïque inattendue

    En arrivant salle Pleyel, pour le concert avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, on songe aux propos tenus par la Finlandaise dans la revue Accents de l’Ensemble Intercontemporain, qui déplorait que le milieu musical parisien soit si cloisonné et si spécialisé. La voir diriger l’Héroïque de Beethoven en lieu et place de Finite Infinity d’Aribert Reimann – Christine Schäfer était souffrante –, a ainsi de quoi réjouir !

    Il ne nous appartient pas d’émettre un jugement sur la gestique d’un chef, mais la manière impérieuse qu’a Susanna Mälkki de marquer les rythmes est si lisible que les effets s’en font sentir dans l’interprétation : notamment un élan, un rebond pour cette symphonie qui ne souffre ni de jeunesse ni de panache. Et si la Marche funèbre manque d’un peu de coffre, la dramaturgie beethovénienne est admirablement tenue, avec évidemment une magnifique science des timbres, dans une pâte orchestrale qui semble parfois annoncer Wagner.

    On prête une oreille plus attentive encore au Barde de Sibelius qui suit. Outre que cette œuvre de 1913 est très rare au concert, il s’agit d’une pièce féerique, où le compositeur, avec une grande économie de moyens, parvient en quelques minutes à créer une atmosphère d’une grande concentration, sans tomber dans le piège de l’illustration ou du sentimentalisme malgré l’importance dévolue à la partie de harpe.

    C’est cette même précision dans l’écoute de la partition et cette même absence de pathos qui frappe dans Mort et transfiguration de Richard Strauss. Après une entrée en matière frappée du même engourdissement que l’agonisant décrit par le programme, Susanna Mälkki brusque le souffle romantique qui menace, évite la boursouflure et rend au poème symphonique une vie proprement saisissante.

    Attendons le prochain concert de cette chef promise au bel avenir des grands orchestres internationaux, qui donnera un autre chef-d’œuvre ayant la mort pour sujet : les inoubliables Quatre chants pour franchir le seuil de Gérard Grisey. Gageons qu’elle y saura une nouvelle fois faire merveille !




    Cité de la musique, 19/05/2008

    Philippe Manoury (*1952)
    Fragments pour un portrait

    Igor Stravinski (1882-1971)
    L’Histoire du soldat
    Graham F. Valentine, récitant

    Ensemble Intercontemporain
    direction : Susanna Mälkki

    Salle Pleyel, 23/05/2008

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n° 3 en mib majeur, op. 55 « Eroica »

    Jean Sibelius (1865-1957)
    Le Barde, op. 64

    Richard Strauss (1864-1949)
    Tod und Verklärung, op. 24

    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Susanna Mälkki




    Le 23/05/2008
    Laurent VILAREM




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