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CHRONIQUES
20 août 2018

L’art viscéral de Valery Gergiev

Superlatifs de rigueur pour les deux premiers concerts du cycle Prokofiev proposés par le London Symphony Orchestra sous la direction d’un Valery Gergiev électrisant à la salle Pleyel. Une occasion de faire le point sur l’art au sommet d’un maestro ossète qui a accompli le miracle de faire jouer les musiciens anglais comme des Russes.
 

Le 20/10/2008
Monique BARICHELLA
 



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    à un ami

  • Valery Gergiev a hissé son orchestre du Mariinski au tout premier rang des phalanges internationales, non seulement dans le répertoire russe lyrique et symphonique, mais également dans Wagner, Mahler, Berlioz ou même Dutilleux. Il est aussi l’un des chefs favoris de la Philharmonie de Vienne qui l’invite régulièrement, y compris pour ses tournées internationales. Depuis trois saisons à la tête de l’Orchestre Symphonique de Londres, il s’est attaché à établir des programmations thématiques d’une passionnante cohérence.

    Toute la saison 2007-2008 au Barbican Center a ainsi été consacrée à Mahler, avec une imposante intégrale des symphonies, que le label LSO live a eu l’excellente idée d’enregistrer. Les Symphonies n° 1, 6 et 7 sont d’ores et déjà sur le marché ; le reste devrait suivre sous peu. Lors de l’étape parisienne du LSO salle Pleyel en mars, le public avait pu avoir un aperçu significatif des affinités du maestro avec l’univers mahlérien dans la 7e symphonie.

    La thématique des émigrés

    La saison 2008-2009 du LSO a pour thème « les émigrés ». Elle inclut des compositeurs qui ont dû s’exiler pour des raisons essentiellement politiques. Avec trois concerts marathon donnés en un week-end, Rachmaninov a ouvert le feu. Prokofiev, qui tient une place toute particulière dans cette programmation, a suivi, mais Bartók, avec le Château de Barbe-Bleue et le Mandarin merveilleux, Stravinski avec le Sacre du printemps et Schönberg avec le Concerto pour violon seront également au rendez-vous.

    Avec Chostakovitch, Prokofiev est l’un des auteurs de prédilection de Gergiev. Dès son arrivée au Mariinski, il s’est employé à réhabiliter plusieurs ouvrages du compositeur broyé par le joug soviétique malgré ses efforts parfois désespérés pour plaire au régime. La production de Guerre et Paix avec en Natacha une Anna Netrebko alors inconnue en occident, a d’ailleurs triomphé au Met, à la Scala, au Covent Garden et au Teatro Real de Madrid.

    Interprétations de référence

    Le Joueur, l’Ange de feu, les Fiançailles au couvent – présenté au Théâtre des Champs-Élysées lors d’une des premières saison du Kirov à Paris –, et même Simeon Kotko – donné à Covent Garden l’été 2000 – ont trouvé en Gergiev le plus ardent défenseur, comme on l’a constaté encore en août dernier au festival d’Edimbourg avec les forces du Mariinski. Un troisième acte de Simeon d’une incroyable tension a alors souligné combien la qualité musicale de la partition transcende le programme politique du livret et mérite une totale résurrection.

    Hyperactif sur tous les continents, jonglant avec les fuseaux horaires car il ne sait pas dire non à un ami, Gergiev a réussi en tout cas à hisser ses Prokofiev au rang d’interprétations de référence. Le cycle dévolu au compositeur salle Pleyel avec les musiciens anglais était donc largement attendu. Et dès le premier soir, c’est l’état de choc devant l’ahurissante interprétation du 2e concerto pour piano par Vladimir Feltsman.

    Trop peu médiatisé chez nous, alors que d’autres, de bien moindre envergure, le sont outrancièrement par les grandes majors, ce pianiste d’origine russe, Grand Prix Long-Thibaud en 1971, jouit d’une belle notoriété aux États-Unis où il s’est fixé. Dans ce concerto d’une incroyable difficulté, il fait non seulement preuve d’une vélocité vertigineuse, mais d’une sensibilité et d’une intériorité inhabituelles chez les interprètes de cette œuvre, avec un jeu jamais pesant ni mécanique, d’une souplesse aérienne.

    Une 1re symphonie irrésistible

    Cette exaltante soirée avait commencé par une Symphonie classique vaporeuse, d’une délicatesse, d’un subtilité irrésistibles, particulièrement dans le brio étourdissant du Finale. En deuxième partie, Gergiev défendait une 6e symphonie viscérale, avec cet engagement charismatique qui n’appartient qu’à lui.

    Le second concert, le lendemain, d’une égale qualité musicale, est moins marquant en raison des œuvres proposées, les 2e et 7e symphonies, cette dernière étant la plus sage, quasiment dans la filiation de la Classique alors qu’elle se situe après une phase plus audacieuse. De son côté, Leonidas Kavakos remporte le succès que mérite son exécution du 1er concerto pour violon.

    Les ovations délirantes qui ont accueilli les deux soirs le bis d’un LSO galvanisé font augurer que le double concert londonien consacré à l’intégrale de Roméo et Juliette les 21 et 22 novembre prochains au Barbican sera époustouflant. Le public parisien est lui aussi privilégié, puisque ce cycle Prokofiev se poursuivra en mai 2009 à Pleyel. Le 18, ce sera les 3e et 4e symphonies, cette dernière dans sa version révisée, et le 3e concerto pour piano avec Lang Lang. Le 19, rendez-vous tout aussi incontournable avec la 4e symphonie dans sa version originale et la 5e, mais aussi avec Vadim Repin dans le 2e concerto pour violon.




    Cycle Prokofiev par le London Symphony Orchestra et Valery Gergiev à la salle Pleyel, 13 et 14 octobre 2008.




    Le 20/10/2008
    Monique BARICHELLA




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