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CHRONIQUES
21 février 2018

La Full Journée

Difficile de rendre compte de la Folle Journée. Car malgré le badge qui lui permet de circuler librement, le critique n’est jamais assuré de pouvoir assister aux concerts pour lesquels il s’est déplacé, comme s’il n’était toléré que pour témoigner du succès toujours croissant de l’événement. Chiffres et musique font-ils bon ménage pour autant ?
 

Le 01/02/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • On se croyait plus malin que les autres : on ne voulait vous parler que de musique. Oui mais voilà, nul ne peut résister au tourbillon de la Folle Journée. Plus que des sons, il en restera une image, celle de la foule, grouillante comme un premier samedi de soldes dans les grands magasins. Car, osons le dire, la Folle Journée est aussi, peut-être même surtout, un supermarché de la musique. Outre que les disques y sont vendus sous enseigne Leclerc, les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de deux cents concerts en cinq jours, proposés à des tarifs allant de six à trente euros, un taux de remplissage atteignant 97% contre 94 l’année dernière…

    Succès incontestable. Mais dès lors que le client est roi, et sans nier l’extraordinaire émulation qui en résulte, les musiciens ont parfois tendance à se sentir bousculés, par l’avidité du public certes, mais aussi par une organisation victime du succès de la manifestation. Les concerts ne se succèdent plus, ils se chevauchent. À peine posé le dernier accord, il faut laisser la place au suivant. Presque pas le temps de faire un raccord, les spectateurs envahissent la salle. Cohue générale – avec son lot de mécontents –, des regards noirs se croisent tant chaque chaise, chaque programme valent de l’or. Malgré les portables qui rechignent à se taire, la musique peut enfin triompher, et ainsi de suite, de neuf heures à minuit.

    Sans doute un concert de moins par salle et par jour permettrait-il aux interprètes de moins jouer la montre, d’accorder le bis réclamé sans être fusillés du regard par les agents de sécurité, de prendre la mesure d’acoustiques parfois récalcitrantes… C’est la règle du jeu, la rançon du succès, le goût de la fête. Après tout, quel fêtard n’a jamais fait la queue devant un buffet !

    Thématique peu accessible ?

    Et puis cet engouement spectaculaire du public – tous âges confondus – ne peut que rassurer sur l’avenir de la musique dite classique, d’autant que la thématique choisie cette année par René Martin n’était pas a priori parmi les plus accessibles. De Schütz à Bach résonne même comme une école du protestantisme. Les plus médisants y auront évidemment décelé un festival Bach déguisé. On ne peut tout à fait leur donner tort dans la mesure où seuls quelques rares programmes, et sans doute pas parmi les plus visibles, ont éclairé les influences de ses prédécesseurs sur le Cantor de Leipzig. Selon ses goûts, chacun aura pu vivre qui son festival Schütz, qui son festival Membra Jesu Nostri – le cycle de cantates de Buxtehude a été donné quatre fois par deux ensembles différents –, qui son festival de transcriptions.

    Une offre aussi large n’en présente pas moins l’avantage d’une salutaire cohabitation entre différentes écoles esthétiques. À Nantes, les querelles de chapelles ont été reléguées au vestiaire, drapées dans leurs dogmatismes offusqués. Ainsi, l’Ensemble Vocal et Instrumental de Lausanne était parmi les formations phare de cette Folle Journée : joli pied de né à ceux qui ne jurent plus que par les cordes en boyaux, et juste hommage à un monument, Michel Corboz, qui aura consacré sa vie à l’interprétation de la musique de Bach, sachant se remettre en question et intégrer l’apport des baroqueux à un geste d’une économie, d’une humilité qui sont la ferveur même.

    Art de la fougue

    Changement de décor avec la Chapelle Rhénane à laquelle René Martin a confié une intégrale des Psaumes de David de Schütz. En y libérant tout son « art de la fougue » – l’expression lui appartient –, Benoît Haller, par ailleurs bouleversant évangéliste de l’Histoire de la Résurrection, tord le cou aux idées reçues sur un protestantisme corseté, galvanisant un ensemble vocal et instrumental d’une luxuriance étourdissante, parfois à l’étroit dans la petite salle Lunebourg.

    Inattendu sans doute, parce qu’associé à un répertoire plus pyrotechnique, Philippe Jaroussky n’en a pas moins failli provoquer une émeute : lorsque 450 personnes veulent à tout prix entrer dans une salle de 300 places, les esprits s’échauffent. Dans des motets et lamenti de Tunder, Bernhard, Erlebach, Johann Christoph Bach et Buxtehude où se sont jadis illustrés Henri Ledroit, René Jacobs ou encore Andreas Scholl, le contre-ténor français a révélé de belles capacités à colorer un médium étoffé, magnifiquement soutenu par les violes du Consort Orlando Gibbons, menées par Anne-Marie Lasla.

    Formaté pour sa retransmission en direct sur ARTE, indéfectible relai de l’évènement avec France Musique, le concert de clôture s’est avéré plus convenu, malgré la juxtaposition de trois formations – la Chapelle Rhénane dans Schütz, le Ricercar Consort dans Buxtehude, la Cappella Amsterdam et l’Akademie für Alte Musik Berlin dans Bach – aux esthétiques contrastées. D’autant que le Magnificat et la cantate Gloria in excelsis Deo – parodie de trois mouvements de la Messe en si –, feux d’artifice attendus de cette Folle Journée, exultaient moins sous la direction scrupuleusement lisse de Daniel Reuss que sous l’archet hyperactif du violoncelliste Jan Freiheit.

    Le retour à la réalité n’en fut pas moins violent : une grande halle désertée, un plateau à moitié démonté, des disques remballés, quelques instruments abandonnés et autant de musiciens épuisés errant dans une Cité des Congrès rendue à son état de hangar aussi vaste que sinistre. Comme si un ouragan était passé.




    La Folle Journée de Nantes, Cité des Congrès, 29, 30 janvier et 1er février.




    Le 01/02/2009
    Mehdi MAHDAVI




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