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CHRONIQUES
22 octobre 2018

Artdanthé porté aux nu

José Alfarroba est un directeur sans peur et, dira-t-on, sans reproche au vu de son festival Artdanthé de Vanves, qui s’est imposé cette année comme l’un des rendez-vous les plus pointus, hardis et amusants de la danse contemporaine. Il nous aura fait découvrir dans le plus simple appareil un rafraîchissant vivier de jeunes talents.
 

Le 05/03/2009
François FARGUE
 



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  • Tout avait pourtant commencé par un méchant vent de puritanisme soufflant sur les blogs de nombreux Vanvois s’indignant d’un programme où se révélait en images ou à travers les textes la menace pour beaucoup – la promesse pour d’autres – d’une nette tendance au nu dans l’édition de cette année.

    La polémique étant née avant même le commencement du festival, celui-ci s’achevant prochainement, il faut assurer aux citoyens inquiets de Vanves que la nudité certes emblématique de cette édition ne fut jamais pornographique comme il fut tant redouté, mais naturellement motivée par le propos des diverses pièces, à moins qu’elle ne leur servît de pure contrainte chorégraphique.

    Pour dire, même le jeune François Chaignaud, dont la création ne laissait pas d’exciter toutes sortes de conjectures, nous a finalement présenté une Pâquerette assez sage mais ne manquant pas d’intérêt. Nulle abjection donc mais beaucoup de joie, de libertés créatrices variées et de réflexion aussi dans ce festival.

    Parmi les pièces les plus réjouissantes que nous avons pu voir, on trouve le très poilant et un rien potache The Fucking Rock Star de Thierry Duirat et la compagnie UCODEP. Le nu s’impose ici de fait puisqu’il s’agit de parodier à la façon d’un roman-photo à l’ancienne la vie sexuelle d’une star du rock. La réalisation est drôle et inventive. Répétitive ? Certes, mais non moins que la réelle pornographie tournée ici en dérision.

    Le Canadien Dave St-Pierre s’impose également avec deux pièces fleuves dont la Pornographie des âmes, ou le grand déballage de toute la gamme des sentiments humains interprété par une troupe de dix-sept danseurs-comédiens au taquet. Le corps ici se dénude comme les âmes, crûment ou dans des clairs-obscurs merveilleux. Ou bien rampe au sol sur l’air de Casta Diva, un des moments de grâce absolu de cette fresque décomplexée à la canadienne. Le public conquis court donc en masse à sa seconde pièce, Un peu de tendresse bordel de merde !

    <I>Delgado Fuchs</I>, de Nadine Fuchs et Marco Delgado

    Interprété par Nadine Fuchs et Marco Delgado, Delgado Fuchs est un one man one woman show à la fois suave et loufoque, un peu facile, parfois hilarant et glorifiant leurs deux corps souples et superbes ou les parodiant jusqu’au fou rire. La nudité sert ici aussi de contrainte puisqu’il s’agit de danser nu mais sans tout montrer. Alors on se contorsionne, mais ce corps acrobate ne sert qu’à faire rire.

    Chez François Chaignaud, c’est autre chose. Mais on ne sait pas vraiment quoi. On entre ici dans une zone inédite puisque aux fins de ménager un effet de surprise et d’ajouter une contrainte à la chorégraphie quasi acrobatique de la deuxième partie de sa Pâquerette, il s’est, ainsi que sa comparse Cecilia Bengolea, planté là où il faut ce qu’on appelle ludiquement aujourd’hui un sextoy.

    C’est un peu comme dans la chanson : on les plante avec le pied à la mode à la mode ! C’est aussi ce qu’ils font de façon fort bien maîtrisée pour maintenir en place l’objet, soit dit en passant très modestement enfoui. Pâquerette intrigue d’emblée. Les deux sont assis au sol le corps dissimulé sous des chasubles brodées d’or.

    <I>Pâquerette</I>, de François Chaignaud

    Chaignaud, boucles blondes et tête à claques, toise mollement le public avant de partir lentement dans une transe dont la cause ne nous est qu’ultérieurement révélée. S’ensuit un duo dénudé d’une lenteur ou d’une violence souvent périlleuses. Étrangement, ce n’est jamais obscène, ni excitant ni même grotesque. On se laisse juste prendre avec eux par ce curieux vertige. La morgue de ce jeune homme semble infinie, qui vient peut-être de faire un pas dans l’histoire de la chorégraphie à moins qu’il ne finisse au simple cabinet des curiosités.

    Jamais dans toute l’histoire du Tanztheater un spectacle ne nous aura offert un texte aussi subtilement drôle et percutant que celui récité avec une classieuse nonchalance par Yves-Noël Genod tout au long de C’est pas pour les cochons de Kataline Patkaï et du même Genod. Kateline y évolue en tenue de campagne au milieu de ravissants animaux de la ferme puis subitement en tenue dite affriolante avant de se dénuder ainsi que son compagnon, le beau et bien bâti Yvonnick Muller, tels Adam et Eve dans un jardin d’Eden somptueusement enneigé.

    On est ici au sommet du ravissement des mots et des images, et enchantés par ce voyage étrange où se mêlent tout ensemble Baudelaire, Rousseau et les douces notes de Pierre Courcelle assis nu à son piano. C’est extra. Vive Vanves et son festival !




    11e Festival de danse contemporaine Artdanthé
    Théâtre de Vanves
    Du 2 décembre 2008 au 16 mars 2009




    Le 05/03/2009
    François FARGUE




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