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CHRONIQUES
23 février 2018

Double anniversaire au Met
© Ken Howard / Metropolitan Opera

Plácido Domingo dans Otello

De Renée Fleming à Angela Gheorghiu et Waltraud Meier, de Juan Diego Florez à Ben Heppner, de Thomas Hampson à Dmitri Hvorostovsky et avec Roberto Alagna et Natalie Dessay portant avec brio nos couleurs, le Met a offert pour son 125e anniversaire un des prestigieux galas dont il a le secret. Champion de la soirée toutes catégories : un Plácido Domingo souverain, qui fêtait le 40e anniversaire de ses débuts in loco.
 

Le 15/03/2009
Monique BARICHELLA
 



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  • Les fastueux galas du Met font rêver les amateurs d’opéra de la planète entière, avec leurs affiches inouïes rassemblant les plus célèbres gosiers du gotha lyrique international. Un quart de siècle après l’incroyable défilé en deux parties, matinée et soirée, qui avait marqué son centième anniversaire, le Met vient de fêter ses 125 ans. La première scène lyrique américaine a en même temps rendu un vibrant hommage au plus fidèle et au plus éclectique des siens, Plácido Domingo, qui célébrait le 40e anniversaire de ses débuts in loco.

    C’est le 18 septembre 1968 que le « ténor du siècle » – tant au niveau de la longévité que du nombre des emplois qu’il a tenus dans tous les répertoires – fit ses débuts au Met. Il remplaçait au pied levé Franco Corelli dans Adriana Lecouvreur avec Renata Tebaldi dans le rôle-titre. Un emploi qu’il vient de reprendre le mois dernier sur cette même scène avec une santé vocale miraculeuse. Le programme de salle, très instructif, nous apprend que l’Espagnol a chanté 45 rôles différents avec la compagnie et qu’il a dirigé 9 opéras dans la maison. C’est dire qu’il a chanté 628 fois et qu’il a dirigé 127 fois !

    Un cas unique dans les annales du Met pour un artiste de cette importance, le record absolu étant détenu par un autre ténor, Charles Anthony, avec 2919 représentations, mais un nom plus obscur. Précisons que James Levine, directeur musical depuis quelque trois décennies, arrive troisième de ce palmarès avec 2382 représentations. Un James Levine omniprésent tout au long d’une soirée où il a dirigé des extraits de 23 ouvrages différents avec le savoir-faire, l’expérience et l’excellence dont il est capable dans tous les répertoires.

    La sensation de cette soirée pas comme les autres, puisqu’elle a totalement proscrit l’habituelle procession de stars venant chanter leur air, a été de proposer une illustration inventive de chaque morceau. Avec un goût et une imagination constituant une perpétuelle fête pour les yeux, Phelim McDermott et Julian Crouch, en charge du spectacle, ont évoqué magiquement grâce à des projections vidéo et quelques éléments de décor, les productions d’origine ou historiques de ces opéras.

    Tous les costumes, d’une rare splendeur, sont des copies, plus ou moins rigoureuses, des originaux portés, entre autres, par Caruso, Rosa Ponselle, Ezio Pinza, Bidu Sayão ou Maria Jeritza. Faust a l’honneur d’ouvrir le feu, puisqu’il inaugura l’ancien Met le 22 octobre 1883. Outre les costumes de cette production, portés par Angela Gheorghiu pour l’air des bijoux, puis, dans le trio final, par Roberto Alagna, Sondra Radvarvowsky et John Relyea, fidèle à l’image des Méphisto d’antan en velours rouge, les projections restituent le cadre de la salle historique judicieusement retrouvé.

    Autres grands moments visuels, mais également vocaux, avec la reconstitution du dernier tableau de La Fanciullla del West de Puccini, lors de sa première mondiale le 10 décembre 1910, avec Domingo dans la position et l’habit bien connu de Caruso devant l’arbre où Dick Johnson doit être pendu interprétant sa célèbre supplique.

    Puis, clôturant la première partie, la scène finale de Parsifal dans une superbe illustration de sa première hors Bayreuth le 24 décembre 1903. Avec à nouveau un Domingo glorieux et le poignant Amfortas d’un Thomas Hampson en grande forme et des chœurs impressionnants. Pendant l’ouverture de la Flûte enchantée, une étourdissante vidéo restitue de manière virtuose le processus créatif des dessins de Chagall, qui signa la célèbre production de 1967.

    Quatre moments de grâce

    Les interventions de chaque soliste sont limitées à deux, voire une seule, mais le roi de la soirée nous gratifie de quatre moments de grâce, aussi significatifs de la diversité de son répertoire que de son incroyable fraîcheur vocale, à 68 ans ! Une intense mort d’Otello, en tous points digne de ses prestations d’il y a vingt ans, nous rappelle qu’il reste l’ultime authentique titulaire du Maure, où il n’a pas été remplacé depuis qu’il l’a retiré de son répertoire.

    Quelle émotion de le revoir en scène et en costume – celui de la production de 1909 – une dernière fois pour Niun mi tema ! Quel bonheur, ensuite, de le découvrir dans le rôle-titre de Simon Boccanegra qu’il abordera intégralement à l’Opéra de Berlin à l’automne 2009, et qui sera son nouveau challenge au Met en janvier 2010.

    Sans doute cette tessiture de baryton-Verdi est-elle désormais plus confortable pour lui, mais le timbre n’en garde pas moins sa belle couleur de ténor, même quand l’artiste s’efforce de l’assombrir. À ses côtés, dans ce duo de la reconnaissance, une Angela Gheorghiu dont Amelia est l’un des meilleurs emplois, plus convaincante qu’en Marguerite.

    Si la critique n’est guère de mise dans une soirée où chacun s’efforce de faire de son mieux, on déplorera néanmoins un désastreux trio final du Chevalier à la rose en raison d’une Maréchale en inquiétante méforme. On regrettera aussi que la grande Waltraud Meier ait été programmée en Carmen qui ne convient guère à ses moyens actuels, face au Don José de Roberto Alagna.

    Triomphateurs de la soirée, au moins à l’applaudimètre, Natalie Dessay dans un brillant Sempre libera de la Traviata, Juan Diego Florez dans La donna è mobile de Rigoletto terminé par un point d’orgue inattendu, et Dmitri Hvorostovsky inégalable dans son cheval de bataille, l’air de Yeletski de la Dame de pique. Enfin, Renée Fleming, dans une divine robe parme conçue pour la création new yorkaise de la Ville morte de Korngold, détaillant l’air de Marietta avec un art irrésistible.

    © Ken Howard / Metropolitan Opera

    Une mention toute spéciale à Ben Heppner dans le duo final de Siegfried, avec Deborah Voigt en Brünnhilde, et à deux ténors de la nouvelle génération honorant Puccini avec panache : Joseph Calleja avec Che gelida manina de la Bohème, et Aleksandrs Antonenko – stupidement distribué quinze ans trop tôt en Otello à Salzbourg l’été dernier –, impeccable Cavaradossi de Tosca dans E lucevan le stelle.

    Maria Guleghina et Stephanie Blythe rivalisent de décibels dans l’affrontement entre Aïda et Amnéris. Remplaçant René Pape malade, les vétérans John Tomlinson (mort de Boris) et James Morris (Wotan dans la scène finale de l’Or du Rhin) prouvent une nouvelle fois leur inébranlable maîtrise de leurs rôles.

    En clôture de cette prestigieuse soirée, pendant les derniers accords de la montée des dieux au Walhalla, émouvant et grandiose hommage rassemblant, de Licia Albanese à Tereza Zylis-Gara (par ordre alphabétique), les portraits des 226 chanteurs et chefs d’orchestre qui se sont illustrés au Met pendant ces 125 ans, leurs photos projetées sur un écran embrassant le cadre de scène. Parmi eux, Gabriel Bacquier, Emma Calvé, Régine Crespin, Victor Maurel et Lili Pons.

    Aux derniers saluts, Domingo, applaudi par tous ses collègues réunis sur le plateau, reçoit une standing ovation des spectateurs ayant déboursé chacun une somme comprise, symboliquement, entre 1886 (année de l’inauguration du Met) et 125 $ (125e anniversaire). La recette incluant un souper réservé aux plus fortunés allant à un théâtre exclusivement subventionné par des donations privées.




    Gala du 125e anniversaire du Met et du 40e anniversaire des débuts de Plácido Domingo dans le théâtre new yorkais.

    Metropolitan Opera de New York, 15 mars.




    Le 15/03/2009
    Monique BARICHELLA




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