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CHRONIQUES
03 décembre 2021

En qu√™te d'oreilles fra√ģches
© Matthieu BlANCHIN sur une id√©e du chroniqueur

Le 24/06/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Les habitu√©s de la rubrique " br√®ves " de ce site n'ont s√Ľrement pas manqu√© cette annonce drolatique publi√©e en mars dernier. Pour les autres, la revoici int√©gralement :


    De nouvelles sanctions pour les mauvais √©l√®ves. Un enseignant du Connecticut aux √Čtats-Unis punit ses √©l√®ves en les obligeant √† assister √† un concert ou √† une repr√©sentation d'op√©ra. Le corps professoral am√©ricain est divis√© : d'un c√īt√©, ceux qui estiment que c'est une mani√®re originale d'ouvrir les horizons artistiques aux jeunes ; de l'autre, ceux qui assurent que c'est la meilleure fa√ßon de d√©tourner les futurs adultes des arts et de la musique en particulier. Les psychanalystes, quant √† eux, n'ont pas encore tranch√©



    On voit d'ici le tableau. Imaginez par exemple que l'on inflige √† nos ch√®res t√™tes blondes des grands coups de " marteau sans ma√ģtre " de Boulez. Un esprit plus vindicatif reculerait-il devant une noyade dans la tumultueuse " mer " debussienne ou dans la visqueuse " Moldau " sm√©tanienne ? Pas s√Ľr. Une √Ęme particuli√®rement sadique pourrait aussi livrer nos ch√©rubins en basquette-short-teeshirt face √† " la temp√™te " de Beethoven, voire aux " √©l√©ments " d√©cha√ģn√©s de Jean-Fery Rebel. Tant qu'on y est, pourquoi ne pas leur infliger le supplice du " tour de vis " de Britten. Qui dit pire ? Tchaikovsky bien s√Ľr avec son abjecte " casse-noisettes ". Mais brisons l√†. Car si l'on range la g√©henne, il reste une question importante : comment renouveler le public de la musique classique ?
    Cette autre brève publiée en avril proposait une piste :

    Au Japon, des organisateurs de concerts, en panne d'imagination pour attirer de nouveaux publics, viennent d'inventer " les prix à double vitesse " : un tarif traditionnel pour les mélomanes, un tarif divisé par trois pour ceux " qui détestent la musique classique ". On aura décidément tout essayé



    Mais, m√™me gratuitement, qui voudrait s'infliger une musique qu'il d√©teste ? Par ailleurs, s'il consent √† diviser mes imp√īts par trois, je suis tout √† fait dispos√© √† d√©tester mon percepteur, voire le ministre des finances en personne

    Pour rester dans le service public, et particuli√®rement √† la radiot√©l√©vision fran√ßaise, on semble avoir bien √† l'esprit ce probl√®me du rajeunissement de l'auditoire classique. Surfant sur la vague des chanteuses " √† voix " (C√©line Dion, Mariah Carey, etc.), France 2 et France 3 ont multipli√© les √©missions " cross-over " dans lesquelles Lara Fabian taquine le fa b√©mol, saucissonn√©e entre Andrea Bocelli et Cecilia Bartoli. L'entreprise √©tait louable mais le verdict des t√©l√©commandes s'est r√©v√©l√© souvent impitoyable. Pourtant ladite Fabian comme ses consoeurs aux plantureux organes clament volontiers ¬Ė et de pr√©f√©rence √† tue-t√™te- leur admiration pour " le " classique. Cette derni√®re a m√™me " relook√© " un adagio qu'elle attribue ¬Ė√† tort- √† Albinoni. Il y a quelques ann√©es, notre Johnny national (quoique belge d'extraction) n'h√©sitait pas lui non plus √† orner de son verbe rugueux, l'allegretto d'une 7e symphonie de Beethoven.

    Mais le r√©sistible prestige du classique ne s'arr√™te pas l√†. On sait depuis quelques ann√©es que les compilations de musique classique utilis√©es dans les r√©clames t√©l√©vis√©es se vendent par brouettes. Entre le jambon, l'huile d'olive ou les p√Ęt√©s pour chiens, nos papilles ne savent plus o√Ļ donner de l'oreille. Le classique fait-il vendre ? Sans doute puisque le centre commercial parisien Bercy 2 diffuse volontiers de longues plages classiques mal distinctement m√Ęchonn√©es par des haut-parleurs bavards.
    Plus fort, les vedettes de vari√©t√©s ont la plume classique qui les d√©mange. Voil√† bient√īt dix ans que c√©l√®brissime Beatles Paul McCartney essaye d'affirmer sa stature de compositeur " classique ", oratorios √† l'appui. Autre exemple, pour le dernier film de Luc Besson, le rocker autodidacte √Čric Serra a compos√© une bande-son clairement inspir√©e de Carl Orff ; un exploit d'ailleurs puisque Serra ne conna√ģt d'autre solf√®ge que celui de la souris d'un macintosh.

    Pour la musique contemporaine, l'ouverture aux jeunes g√©n√©rations est encore plus cruciale car manifestement, les plus anciennes lui sont devenues majoritairement sourdes. D'o√Ļ l'initiative int√©ressante de notre confr√®re " La Lettre du Musicien " et de son prix d√©cern√© √† un compositeur contemporain par des lyc√©ens (sur le mod√®le du Goncourt des lyc√©ens). La premi√®re √©dition de ce prix souffrait n√©anmoins de probl√®mes logistiques √©vidents. Le jury lyc√©en ne jugeait que sur extraits dans des s√©ances collectives en classe. Ce m√™me jury √©tait d'ailleurs facilement r√©cusable puisque compos√© uniquement des sections d√©di√©es √† l'enseignement musical. Sans surprise, la palme est revenue au plus n√©o-classique des compositeurs en lice, Laurent Petitgirard. Il poss√©dait d'ailleurs un avantage d√©terminant sur ses concurrents, puisqu'il est l'auteur de la musique d'un feuilleton √† succ√®s : Maigret. Et si l'on demandait aux fanas de Britney Spears, aux rappeurs en herbe ou autres demi-portions techno√Įdes d'y jeter une oreille ? Le verdict serait s√Ľrement saignant.

    Mais au fait, d'o√Ļ vient le succ√®s de la Techno, du rap ou de C√©line Dion ? Des musiques de jeunes pour les jeunes ? (d√©sol√© C√©line
    ) Des musiques simples et faciles √† retenir ? Des tubes matraqu√©s sans rel√Ęche sur toutes les ondes ? Oui, sans doute un peu de tous ces truismes, mais surtout des musiques de danse, des musiques qui donnent un pr√©texte √† se rassembler dans un rituel souvent tr√®s bien codifi√©. L'instinct musical ne serait-il pas gr√©gaire ? Quoiqu'il en soit, la jeune g√©n√©ration d'artistes " classiques " n'y √©chappe pas. La pianiste Vanessa Wagner avoue sans complexe son go√Ľt pour la techno, quant √† la mezzo-soprano Magdalena Kozena, elle se reconna√ģt volontiers adepte des groupes de Hard-Rock Led Zeppelin et Deep Purple

    J'ai pu observer le m√™me genre de go√Ľts oecum√©niques au cours de diff√©rents s√©jours dans l'√ģle de Bali. Les jeunes Balinais sont autant adeptes des tubes de vari√©t√©s internationales que de leur propre musique " classique " dont Debussy appr√©ciait d√©j√† l'√©tonnante complexit√©. Pourquoi ? S√Ľrement parce que l'une et l'autre appartiennent √† leur quotidien, s'ins√®rent dans des rituels extr√™mement codifi√©s (religieux ou profanes) et sont int√©gr√©s par les Balinais avant m√™me qu'ils sachent parler. Chez nous, il ne reste que la r√©clame t√©l√©visuelle et la f√™te de la musique ; et le r√©pertoire classique est loin de d√©border toutes les rues le 21 juin. Comme motivation, c'est un peu court pour un jeune homme (ou une jeune femme).




    Le 24/06/2000
    Eric SEBBAG




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