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CHRONIQUES
17 octobre 2018

En quête d'oreilles fraîches
© Matthieu BlANCHIN sur une idée du chroniqueur

Le 24/06/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Les habitués de la rubrique " brèves " de ce site n'ont sûrement pas manqué cette annonce drolatique publiée en mars dernier. Pour les autres, la revoici intégralement :


    De nouvelles sanctions pour les mauvais élèves. Un enseignant du Connecticut aux États-Unis punit ses élèves en les obligeant à assister à un concert ou à une représentation d'opéra. Le corps professoral américain est divisé : d'un côté, ceux qui estiment que c'est une manière originale d'ouvrir les horizons artistiques aux jeunes ; de l'autre, ceux qui assurent que c'est la meilleure façon de détourner les futurs adultes des arts et de la musique en particulier. Les psychanalystes, quant à eux, n'ont pas encore tranché



    On voit d'ici le tableau. Imaginez par exemple que l'on inflige à nos chères têtes blondes des grands coups de " marteau sans maître " de Boulez. Un esprit plus vindicatif reculerait-il devant une noyade dans la tumultueuse " mer " debussienne ou dans la visqueuse " Moldau " smétanienne ? Pas sûr. Une âme particulièrement sadique pourrait aussi livrer nos chérubins en basquette-short-teeshirt face à " la tempête " de Beethoven, voire aux " éléments " déchaînés de Jean-Fery Rebel. Tant qu'on y est, pourquoi ne pas leur infliger le supplice du " tour de vis " de Britten. Qui dit pire ? Tchaikovsky bien sûr avec son abjecte " casse-noisettes ". Mais brisons là. Car si l'on range la géhenne, il reste une question importante : comment renouveler le public de la musique classique ?
    Cette autre brève publiée en avril proposait une piste :

    Au Japon, des organisateurs de concerts, en panne d'imagination pour attirer de nouveaux publics, viennent d'inventer " les prix à double vitesse " : un tarif traditionnel pour les mélomanes, un tarif divisé par trois pour ceux " qui détestent la musique classique ". On aura décidément tout essayé



    Mais, même gratuitement, qui voudrait s'infliger une musique qu'il déteste ? Par ailleurs, s'il consent à diviser mes impôts par trois, je suis tout à fait disposé à détester mon percepteur, voire le ministre des finances en personne

    Pour rester dans le service public, et particulièrement à la radiotélévision française, on semble avoir bien à l'esprit ce problème du rajeunissement de l'auditoire classique. Surfant sur la vague des chanteuses " à voix " (Céline Dion, Mariah Carey, etc.), France 2 et France 3 ont multiplié les émissions " cross-over " dans lesquelles Lara Fabian taquine le fa bémol, saucissonnée entre Andrea Bocelli et Cecilia Bartoli. L'entreprise était louable mais le verdict des télécommandes s'est révélé souvent impitoyable. Pourtant ladite Fabian comme ses consoeurs aux plantureux organes clament volontiers ? et de préférence à tue-tête- leur admiration pour " le " classique. Cette dernière a même " relooké " un adagio qu'elle attribue ?à tort- à Albinoni. Il y a quelques années, notre Johnny national (quoique belge d'extraction) n'hésitait pas lui non plus à orner de son verbe rugueux, l'allegretto d'une 7e symphonie de Beethoven.

    Mais le résistible prestige du classique ne s'arrête pas là. On sait depuis quelques années que les compilations de musique classique utilisées dans les réclames télévisées se vendent par brouettes. Entre le jambon, l'huile d'olive ou les pâtés pour chiens, nos papilles ne savent plus où donner de l'oreille. Le classique fait-il vendre ? Sans doute puisque le centre commercial parisien Bercy 2 diffuse volontiers de longues plages classiques mal distinctement mâchonnées par des haut-parleurs bavards.
    Plus fort, les vedettes de variétés ont la plume classique qui les démange. Voilà bientôt dix ans que célèbrissime Beatles Paul McCartney essaye d'affirmer sa stature de compositeur " classique ", oratorios à l'appui. Autre exemple, pour le dernier film de Luc Besson, le rocker autodidacte Éric Serra a composé une bande-son clairement inspirée de Carl Orff ; un exploit d'ailleurs puisque Serra ne connaît d'autre solfège que celui de la souris d'un macintosh.

    Pour la musique contemporaine, l'ouverture aux jeunes générations est encore plus cruciale car manifestement, les plus anciennes lui sont devenues majoritairement sourdes. D'où l'initiative intéressante de notre confrère " La Lettre du Musicien " et de son prix décerné à un compositeur contemporain par des lycéens (sur le modèle du Goncourt des lycéens). La première édition de ce prix souffrait néanmoins de problèmes logistiques évidents. Le jury lycéen ne jugeait que sur extraits dans des séances collectives en classe. Ce même jury était d'ailleurs facilement récusable puisque composé uniquement des sections dédiées à l'enseignement musical. Sans surprise, la palme est revenue au plus néo-classique des compositeurs en lice, Laurent Petitgirard. Il possédait d'ailleurs un avantage déterminant sur ses concurrents, puisqu'il est l'auteur de la musique d'un feuilleton à succès : Maigret. Et si l'on demandait aux fanas de Britney Spears, aux rappeurs en herbe ou autres demi-portions technoïdes d'y jeter une oreille ? Le verdict serait sûrement saignant.

    Mais au fait, d'où vient le succès de la Techno, du rap ou de Céline Dion ? Des musiques de jeunes pour les jeunes ? (désolé Céline
    ) Des musiques simples et faciles à retenir ? Des tubes matraqués sans relâche sur toutes les ondes ? Oui, sans doute un peu de tous ces truismes, mais surtout des musiques de danse, des musiques qui donnent un prétexte à se rassembler dans un rituel souvent très bien codifié. L'instinct musical ne serait-il pas grégaire ? Quoiqu'il en soit, la jeune génération d'artistes " classiques " n'y échappe pas. La pianiste Vanessa Wagner avoue sans complexe son goût pour la techno, quant à la mezzo-soprano Magdalena Kozena, elle se reconnaît volontiers adepte des groupes de Hard-Rock Led Zeppelin et Deep Purple

    J'ai pu observer le même genre de goûts oecuméniques au cours de différents séjours dans l'île de Bali. Les jeunes Balinais sont autant adeptes des tubes de variétés internationales que de leur propre musique " classique " dont Debussy appréciait déjà l'étonnante complexité. Pourquoi ? Sûrement parce que l'une et l'autre appartiennent à leur quotidien, s'insèrent dans des rituels extrêmement codifiés (religieux ou profanes) et sont intégrés par les Balinais avant même qu'ils sachent parler. Chez nous, il ne reste que la réclame télévisuelle et la fête de la musique ; et le répertoire classique est loin de déborder toutes les rues le 21 juin. Comme motivation, c'est un peu court pour un jeune homme (ou une jeune femme).




    Le 24/06/2000
    Eric SEBBAG




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