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CHRONIQUES
22 février 2018

Commentaire radio :
Ouverture de Bayreuth 2009

© Yannick MILLON

Quelques jours avant de gravir la Colline sacrée, Altamusica vous propose un commentaire sur les radiodiffusions des productions de Bayreuth qui ne seront pas relayées dans ses colonnes en août. Un bon moyen, dans le cas d’un Tristan et de Maîtres chanteurs mobilisant énormément l’attention visuelle, de jauger à tête reposée la qualité musicale des spectacles donnés dans l’abîme mystique.
 

Le 27/07/2009
Yannick MILLON
 



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    à un ami

  • Tristan
    Diffusion en direct du samedi 25 juillet 2009

    Nous avons assez dit l’an passé la pénibilité qu’infligeait la nouvelle vision du Tristan de Bayreuth, en espérant que l’incurie musicale qui allait de pair soit passagère malgré de gros doutes. Sans les images de Marthaler, la même impression de gâchis demeure lors de la diffusion sur Bayern 4 Klassik de la première de cette édition 2009, avec une remarquable constance dans les lacunes.

    Fidèle à sa réputation, l’orchestre du festival, toujours aussi fervent, ne démérite à aucun moment, avec même un regain de finesse dans certains pupitres – la flûte – par rapport aux précédentes éditions. La baguette de Peter Schneider n’offre de son côté aucune surprise : probe, connaissant son métier sur le bout des doigts, d’une belle avancée globale au I, portant constamment les chanteurs, elle pèche comme on pouvait s’y attendre dans l’ivresse du II, où les retrouvailles des amants sonnent comme une montée de sève ahanée, rachetée heureusement par un très beau climat dès lors que la nuit s’installe. De l’excellente routine dépourvue de tout génie, comme à l’ordinaire.

    Plus en voix que l’année passée et dominant à nouveau un plateau très médiocre, Robert Dean Smith est un Tristan littéraire, à l’amour triste, au timbre clair et accroché, finalement sans guère de corps mais fort d’une déclamation d’une limpidité salutaire, et d’une franchise d’émission à la James King mâtiné de gentilhomme britannique qui font des merveilles et triomphent de toutes les embûches du III, que l’Américain domine avec une santé vocale éblouissante.

    Que n’a-t-il eu d’autre partenaire que l’Isolde plus épouvantable encore à la captation qu’en scène d’Iréne Theorin, dont la voix offre un condensé de ce que le chant wagnérien peut produire de pire ? Émission mastoc cantonnée à la puissance d’un aigu dur, médium hululant, timbre blanchâtre aux rares moments où la chanteuse s’essaie à des nuances, sans oublier quelques effets de poitrine qui font dresser les cheveux, bref, pas grand chose à sauver dans cette vilaine voix tout en vibrato affolé, qui demande bien des efforts pour ne pas couper la radio.

    Sans être indigne, la petite Brangaine de Michelle Breedt manque de corps au moindre forte de l’orchestre, et demeure comme sa maîtresse bien pauvre en mots. Le Kurwenal de Jukka Rasilainen, toujours aussi obstiné par les seuls décibels, ne fait que rugir bêtement, et passe de nouveau à côté du rôle. Comme exténué, Robert Holl est une basse aussi solide que parfaitement inexistante quant à l’incarnation, l’archétype du vieux routier en bout de course qui bougonne des attaques par-dessous en guise de roi Marke.

    Un bon chef de routine et un très beau Tristan : bien maigre récolte, car à l’heure où une scène modeste comme Dijon propose un Wagner d’une très belle cohérence, Bayreuth s’obstine dans ses impasses…


    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, opéra en trois actes (1865)
    Robert Dean Smith (Tristan)
    Robert Holl (König Marke)
    Iréne Theorin (Isolde)
    Jukka Rasilainen (Kurwenal)
    Ralf Lukas (Melot)
    Michelle Breedt (Brangäne)
    Clemens Bieber (Ein junger Seemann)
    Arnold Bezuyen (Ein Hirt)
    Martin Snell (Ein Steuermann)
    Chœur et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Peter Schneider
    mise en scène : Christoph Marthaler
    décors et costumes : Anna Viebrock
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich




    Les Maîtres chanteurs
    Diffusion en direct du dimanche 26 juillet 2009

    On avait touché le fond à tel point en 2007 et 2008 avec ces impertinents Maîtres chanteurs dont la mise en scène aurait été tellement plus réussie si ses idées n’étaient pas aussi éparpillées passé le I, qu’on ne peut que se réjouir de cette radiodiffusion affichant enfin quelques ajustements bénéfiques, sans parvenir toutefois à extraire d’une bonne routine régionale une exécution au final seulement correcte.

    Après un naufrage crânement réitéré, Franz Hawlata, qui n’avait dans la voix qu’un petit tiers du rôle écrasant de Sachs, a enfin jeté l’éponge devant des huées systématiques, au profit d’Alan Titus, qui a au moins les moyens de l’emploi et une réelle endurance à son actif. On n’attendra pas du solide Américain des révélations sur la complexité psychologique du cordonnier, pour se contenter d’un instrument bien gris, qui assure musicalement le minimum syndical. Reste que l’honneur de Bayreuth est sauf après le faux pas désastreux des deux éditions précédentes.

    Autre changement significatif, le remplacement de Michael Volle par Adrian Eröd en Beckmesser. Choix diamétralement opposé – car on peut ici décemment comparer des prestations dignes –, la vocalité du nouveau titulaire étant aussi claire et buffa que celle de l’ancien était noire et seria. Ne sachant si les déraillements de la fin du II sont délibérés, on se gardera d’un avis sur ce chanteur dont on peut seulement dire qu’il a bien une voix classique de Beckmesser.

    Après l’intonation calamiteuse et sévèrement sanctionnée aux saluts d’Amanda Mace en 2007, Michaela Kaune avait pris le relais d’Eva avec moult stridences l’été passé. Elle semble avoir un peu arrondi les angles, sans jamais offrir la fraîcheur, le soin de l’émission, l’innocence légèrement rouée requises, mais les passages de conversation dans le bas-médium, avec cette verdeur mi-poitrinée, sont d’un mauvais goût fini qui classe pour de bon cette incarnation au rang des ratages.

    Tout l’inverse en somme du Walther extraordinaire au sens premier, évanescent, doux comme une caresse, frais comme une brise de Klaus Florian Vogt, qui conserve cette aura quasi irréelle, cette élégance juvénile, cette acceptation de la part féminine qui sont une nouveauté dans un rôle de grand lyrique que l’on peut préférer plus mâle mais où cet art aristocratique de la clarté et de la diction fait des miracles.

    Toujours aussi négligente quant à la tenue rythmique et à la précision des entrelacs motiviques qui font tout le sel de l’accompagnement orchestral des Maîtres, la battue de Sebastian Weigle offre tout de même l’assez bonne surprise d’un élan global mieux maîtrisé, et surtout d’une fin de II structurée un minimum pour donner à la rixe nocturne son côté haletant. On est encore loin d’une grande lecture, mais l’amélioration est certaine.

    Les chœurs de Bayreuth, souvent considérés comme les meilleurs au monde pour ce qui est l’opéra, ont toujours une magnifique couleur, une belle densité, mais on notera un vibrato assez peu séduisant dans les aigus féminins dont on espère qu’il ne deviendra pas la règle comme dans tant d’autres maisons.


    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en trois actes (1868)
    Alan Titus (Hans Sachs)
    Artur Korn (Veit Pogner)
    Charles Reid (Kunz Vogelgesang)
    Rainer Zaun (Konrad Nachtigall)
    Adrian Eröd (Sixtus Beckmesse)
    Markus Eiche (Fritz Kothner)
    Edward Randall (Balthasar Zorn)
    Timothy Oliver (Ulrich Eisslinger)
    Florian Hoffmann (Augustin Moser)
    Martin Snell (Hermann Ortel)
    Mario Klein (Hans Schwarz)
    Diógenes Randes (Hans Foltz)
    Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing)
    Norbert Ernst (David)
    Michaela Kaune (Eva)
    Carola Guber (Magdalene)
    Friedemann Röhlig (Ein Nachtwächter)
    Chœur et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Sebastian Weigle
    mise en scène : Katharina Wagner
    décors : Tilo Steffens
    costumes : Michaela Barth
    éclairages : Andreas Grüter
    préparation des chœurs: Eberhard Friedrich




    Le 27/07/2009
    Yannick MILLON




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