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CHRONIQUES
20 août 2018

Atelier France-Russie
© Mirco Magliocca

Comme chaque année depuis que Christian Schirm en a pris les rênes, l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris jette ses jeunes recrues dans l’arène du Palais Garnier le temps d’un concert. Allers-retours France-Russie ce 26 février, des neuf contre-ut de la Fille du Régiment de Donizetti à quatre des Poésies populaires juives de Chostakovitch.
 

Le 22/02/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Année France-Russie oblige, le programme du concert annuel de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris au Palais Garnier pourrait être de circonstance. Il ne s’agit pourtant que d’un heureux hasard. Et d’une première, puisque Christian Schirm avait jusqu’à présent soigneusement évité un répertoire qui, notamment par les singulières difficultés de la langue, n’est pas sans danger pour des chanteurs à l’aube de la carrière.

    La présence d’une mezzo russe, d’une soprano et d’un baryton polonais parmi ses nouvelles recrues l’a cependant convaincu de tenter l’expérience. Une manière saine de dresser des obstacles qui s’inscrit naturellement dans la mission de ce programme pour jeunes artistes, confié voici cinq ans par Gerard Mortier au bras droit de son prédécesseur.

    À dire vrai, Christian Schirm s’imaginait quitter l’Opéra de Paris dans les pas de son mentor Hugues Gall, dont il fut dix ans durant l’adjoint en charge du Palais Garnier et de la dramaturgie. C’est donc non sans surprise qu’il se vit commander un rapport sur un Centre de Formation Lyrique qui n’avait pas compté, de son aveu même de plus fidèle lieutenant, parmi les priorités du précédent directeur, bâtisseur de répertoire assurément trop occupé à redonner tout son lustre à une institution au prestige quelque peu écorné par la gestion incertaine des premières années de l’Opéra Bastille.

    Et qui pouvait mieux que l’auteur de ce rapport, parfait connaisseur des rouages de la « grande boutique », en appliquer les conclusions ? Après une ouverture en grandes pompes, l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris ainsi remis à flot n’allait pas tarder à trouver son rythme de croisière. À tel point que Nicolas Joel, pourtant prompt à redresser la barre d’un navire qu’il estimait, relayé et amplifié par ses thuriféraires empressés, partir à vau l’eau, s’est bien gardé de dévier la route de ce fringant esquif.

    Bien sûr, il y a eu, il y aura des années sans – l’avenir, le présent font le tri. Comme il y aura toujours des voix – certain appel même – pour s’élever, poussées par un patriotisme assez nauséabond, contre un recrutement, une programmation négligeant, selon leur goût nostalgique et somme toute réactionnaire d’une époque où l’on chantait, bouche en cul de poule et voyelles plates, si éminemment français, la grande tradition de notre école nationale, ou bien plutôt ce qu’il en reste. Ces fantômes, certes glorieux, qui militent pour la refondation des troupes…

    Les lois de la jungle lyrique

    Sourd à ces lubies de vieillards, Christian Schirm rejette toute idée de quota, et plaide pour la mixité. Ne serait-il d’ailleurs pas absolument contraire aux lois de la jungle lyrique de ce début de XXIe siècle que de former des chanteurs exclusivement hexagonaux pour défendre un répertoire exclusivement hexagonal dans des théâtres exclusivement hexagonaux ?

    Cette année, l’Atelier Lyrique n’en compte pas moins cinq chanteurs français sur douze. Au hasard du recrutement, ils auraient pu être trois aussi bien que huit. Peu importe, pourvu que leur chant soit aussi prometteur que celui de leurs camarades venus, qui de Pologne, qui d’Espagne, de Russie, des Etats-Unis ou encore d’Argentine. Leur formation, sur deux, voire trois saisons, s’oriente selon trois axes. D’abord le travail personnel, c’est-à-dire l’apprentissage des rôles, la familiarisation avec les différents styles. Ensuite les productions et concerts de l’Atelier Lyrique. Enfin la participation aux productions de l’Opéra de Paris dans des petits – et parfois moins petits – rôles.

    Surtout, qu’ils sortent du creux protecteur du piano pour se retrouver face à des musiciens, qu’il s’agisse d’ensembles de jeunes ou, pour un concert par an, de l’orchestre de l’Opéra, que le chef hollandais Antony Hermus, à peine plus âgé qu’eux et déjà invité pour les productions de Così fan tutte à l’Opéra de Rennes en 2007 et du Mariage secret de Cimarosa à la MC93 de Bobigny en 2009, dirigera pour la première fois dans le programme franco-russe du 26 février.

    Du Studio Bastille, où se sont déroulées les séances de travail au piano sous l’oreille experte d’Irène Kudela, pour le répertoire russe, et de Jean-Marc Bouget, pour l’opéra français, à l’exiguïté de la salle Ravel, dans les entrailles de l’Opéra, où l’orchestre semble prêt à dévorer les chanteurs, la pression est assurément montée de plusieurs crans.

    Il faut qu’en quatre services, avant la générale sur le plateau de Garnier, se règle un fécond dialogue musical entre Donizetti, Berlioz, Gounod, Bizet, Massenet, Poulenc d’une part, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, Rachmaninov et Chostakovitch d’autre part. Un éventail stylistique aussi large pour le jeune chef, rompu à ces écarts par une formation à l’ancienne, que pour certains chanteurs, dont le ténor Stanislas de Barbeyrac, tour à tour Chevalier de la Force dans Dialogues des Carmélites et Lenski dans Eugène Onéguine. Et avec, semble-t-il, la même évidente aisance.




    Palais Garnier, vendredi 26 février 2010, concert de l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris.

    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Antony Hermus
    études musicales : Irène Kudela et Jean-Marc Bouget
    Solistes de l’Atelier Lyrique : Olivia Doray, Ilona Krzywicka, Julie Mathevet, Zoe Nicolaidou (sopranos), Aude Extrémo, Carol García, Alisa Kolosova (mezzo-sopranos), Stanislas de Barbeyrac, Manuel Nuñez Camelino (ténors), Alexandre Duhamel, Michał Partyka, Damien Pass (barytons)




    Le 22/02/2010
    Mehdi MAHDAVI




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