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CHRONIQUES
14 août 2018

Commentaire TV :
Elektra à Baden-Baden

Cette année, le véritable 21 juin des lyricophiles avait lieu sur ARTE, qui diffusait depuis le Festspielhaus de Baden-Baden une Elektra chauffée à blanc. Entre la mise en scène minimaliste de Wernicke, un plateau de premier choix et la battue galvanisante de Christian Thielemann, les amateurs de Strauss avaient de quoi être à la fête.
 

Le 22/06/2010
Yannick MILLON
 



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  • Au fil des ans, le Festspielhaus de Baden-Baden a su créer l’événement plus que toute autre salle lyrique européenne, avec cette impression de festival permanent et cet alignement des plus grandes distributions du moment, de mises en scène unanimement acclamées et de vrais chefs à personnalité.

    Après le Rosenkavalier de février 2009, c’est au tour d’une reprise de l’Elektra du regretté Herbert Wernicke de braquer sur elle tous les projecteurs en ce 21 juin. On sait donc gré à ARTE d’avoir flairé l’événement, et retransmis y compris en HD cette soirée d’opéra conçue pour célébrer la fête de la musique.

    Le plateau est d’une efficacité rare à notre époque dans ce répertoire : pas une servante ou un petit rôle qui ne soit à la hauteur, et une galerie de portraits percutants donnant à entendre jusque dans les emplois d’ordinaire toujours massacrés de la porteuse de traîne et de la confidente un cast optimal.

    Il en va de même de l’apparition aussi courte que spectaculaire du vétéran René Kollo, d’un métier en scène, d’un impact vocal encore stupéfiant à presque 73 ans, conférant à Égisthe une ampleur monarchique, fût-elle celle du dernier des couards et des impuissants. Le grain noir et monolithique d’Albert Dohmen, sa déclamation d’authentique basse wagnérienne qui sait donner toute leur longueur aux consonnes font corps avec les cuivres graves et confèrent une stature de bronze à Oreste.

    Sachant traduire le plus large éventail d’états émotionnels sur des traits ravagés, la Clytemnestre d’un mètre cube de Jane Henschel, à mi-chemin entre le pingouin de Batman et un personnage de Fellini, livre sans doute la composition la plus saisissante, jamais dans le too much, en parfait équilibre entre chant pur et théâtre, inspirant les sentiments les plus contradictoires, de la haine la plus féroce à la pitié la plus sincère.

    D’une radiance qui sait se souvenir ici ou là d’une Cheryl Studer, la Chrysothémis de Manuela Uhl est un véritable rai de lumière, avec ce chant très allemand, un peu droit mais admirablement canalisé, jouant sur de subtiles variations de dynamique et un legato très soigné. Et même si le personnage pourrait être plus incarné dans sa naïveté revendiquée, on ne saurait faire la fine bouche devant pareil frémissement intérieur.

    De même, si l’on n’a pas toujours été tendre avec sa Brünnhilde du Ring actuel de Bayreuth, l’Elektra de Linda Watson se tire avec les honneurs d’un rôle écrasant entre tous, au bout duquel elle parvient même avec une certaine fraîcheur. Bien sûr, certains sopranos dramatiques la dépassent d’une franche coudée sur le terrain du feu, d’autres ont une véritable tierce aiguë ou encore une émission moins plafonnante, mais l’Américaine, qui ne sera jamais une bête de scène, ne ménage pas son engagement.

    Alternant réels succès et prestations décevantes au fil d’une carrière lyrique intense, Christian Thielemann galvanise littéralement des Münchner Philharmoniker hérauts d’une tradition bavaroise de Strauss qui demeure une splendeur, en se contentant ici d’efficacité dramatique et de rectitude du tempo, loin du rubato arbitraire qu’il inflige parfois aux partitions.

    Ce Strauss viril, mené tout en ardeur et sans afféterie, bénéficie d’une assise grave instillant un climat mortifère – les contrebasses, les clarinettes basses – au récit cauchemardesque de Clytemnestre, et sait donner autant de poids et de grain à chaque intervention des cordes que de frénésie rythmique à des tutti pleins à ras bord. Nul doute possible, c’est bien ce soir la fosse le catalyseur de l’excellence musicale du spectacle.

    Pour ne rien gâcher, la mise en scène d’Herbert Wernicke est d’une économie qui porte la musique sans jamais l’écraser. Dans une scénographie géométrique tout en contrastes chromatiques à la Bob Wilson, l’intrigue est présentée dans un dépouillement à l’antique, la lumière crue de projecteurs isolant les personnages face à leur destin, en se limitant à quelques symboles : la hache d’Elektra, la traîne de Clytemnestre, avec l’idée du déterminisme familial – Chrysothémis portant in fine les bijoux de sa mère assassinée.

    Le metteur en scène prend parfois génialement le contre-pied de la musique, créant par l’immobilité une tension supérieure à celle que pourrait procurer un mouvement pléonastique – la danse d’Elektra, le cortège de Clytemnestre, réduits aux seuls mouvements du décor. Une mise en scène qui tutoie par la retenue le poids écrasant du destin dans la tragédie grecque.




    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra, drame en un acte (1909)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal d’après Sophocle

    Linda Watson (Elektra)
    Jane Henschel (Clytemnestre)
    Manuel Uhl (Chrystothémis)
    Albert Dohmen (Oreste)
    René Kollo (Égisthe)

    Münchner Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann
    mise en scène : Herbert Wernicke

    ARTE, le 21/06/2010





    Le 22/06/2010
    Yannick MILLON




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