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CHRONIQUES
17 octobre 2018

Verbier 2010 (2) :
Étincelles et feux d’artifices

Aux deux extrémités d’une des journées les plus riches en concerts de cette dix-septième édition du festival de Verbier, le piano a été à l’honneur et honoré par deux interprètes aussi différents que l’Américain Nicholas Angelich et la Géorgienne Elisabeth Leonskaja, qui achevait en majesté une intégrale Schubert en dépit des feux d’artifices de la Fête nationale helvétique.
 

Le 31/07/2010
Olivier BRUNEL
 



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  • Invité à donner quatre concerts, Nicholas Angelich a dû assurer de surcroît le remplacement d’Hélène Grimaud, une des nombreux artistes qui ont fait défection lors de cette édition 2010. Le lendemain de ce remplacement, il donnait le récital du samedi matin à l’Église, un de ceux les plus courus du festival.

    Programme considérable qui commençait comme une méditation avec le Choral de la cantate Nun komm, der Heiden Heiland de Bach-Busoni. Mené avec une concentration, un legato et une sonorité exceptionnels, il préludait à l’imposante Suite anglaise n° 2. Avec une belle énergie, Angelich la mène en toute clarté et continuité, avec une sonorité pleine et riche dans la contradiction rythmique de ses danses.

    Les trois nocturnes de Chopin qui suivaient contrastaient singulièrement avec cette belle assurance. Le pianiste y cherchait intellectuellement plus qui ne les trouvait climat et couleurs de chacun de ces pièces contemplatives et refusait même leur bel canto aux longues lignes mélodiques.

    Cinq études nous rappelaient ensuite à sa magistrale virtuosité. Mais c’est avec l’inquiétant et hoffmannesque cycle Kreisleriana de Schumann que Nicholas Angelich a confirmé sa réputation de très grand interprète du répertoire romantique allemand. Maestria, climat, tempi et intelligence du texte, tout concordait pour en faire une interprétation mémorable.

    Un des événements de cette édition aura été l’intégrale des sonates de Schubert jouée par Elisabeth Leonskaja, d’abord dans le cinéma, puis dans la grande structure de la salle des Combins dont l’acoustique, à condition d’être assez proche de la scène, n’est pas si défavorable au piano. Nous avons pu entendre le dernier de ces neufs concerts qui affichait par soucis de contraste une sonate courte et inachevée et l’immense monument qu’est la dernière sonate.

    On peut répéter à l’envie que la Sonate n° 13 contient en germe ce qui fait le génie des grandes sonates de la fin, cela ne la rend pas passionnante pour autant. Elisabeth Leonskaja annoncé qu’elle en donnera une version en quatre mouvements, révisée et complétée par Paul Badura-Skoda avec de la musique de Ferdinand, frère du compositeur.

    De facture beethovénienne, cette composition inégale est défendue au mieux par la pianiste et par sa concision prépare à merveille à la sublime longueur de celle en sib majeur D 960. Dès les premières mesures, on sait que l’on a affaire à une de ces interprétations racées comme seuls en sont capables les grands de l’École soviétique.

    Et, de fait, Leonskaja tient en haleine son auditoire par la sérénité de son jeu et l’éventail de ses nuances et couleurs. Mais, vers la fin du mouvement, dans un silence recueilli, gênant beaucoup l’interprète, se sont fait entendre quelques bruits sourds semblant venir de l’arrière de la scène. De même au début de l’Andante qui commence comme dans un rêve, l’obligeant à s’interrompre et reprendre aussitôt. On comprend bien vite qu’il s’agit des feux d’artifices de la Fête nationale tirés à proximité de la salle.

    La grande professionnelle vient aussitôt au secours de l’immense artiste mais le charme est rompu, les accidents de parcours, dus à la déconcentration s’amoncelant sur le trajet bien torturé des deux derniers allegros. Arrivée cependant avec beaucoup de sang froid au bout de sa sonate et de son programme, la pianiste ayant certainement décidé que si feu d’artifice il doit y avoir, c’est à elle de le tirer, revient en scène et arrache à son piano une Fantaisie Wanderer comme on en avait probablement jamais entendue au concert.

    Alliant panache et virtuosité, elle construit cet autre monument, lui aussi semé d’embûches, avec une sûreté et une majesté littéralement inouïes. Il est plus de minuit et Elisabeth Leonskaja tire le bouquet final avec le déchirant Impromptu en solb majeur D. 899 et des sonorités venant du fond des entrailles.




    Verbier, Église, 31 juillet à 11h
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Choral Prélude Nun komm, der Heiden Heiland BWV 659
    Transcription de Busoni
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Nocturnes op. 15 n° 1 et op. 55 n° 1 et 2
    Études op. 25 n° 1 et op. 10 n° 10 et 12
    Robert Schumann (1810-1856)
    Kreisleriana op. 16
    Nicholas Angelich, piano

    Verbier, Salle des Combins, 31 juillet à 22h30
    Franz Schubert (1797–1828)
    Sonate n° 13 en fa mineur D 625
    Sonate n° 23 en sib majeur D 960
    Fantaisie-Wanderer en ut majeur D 760
    Impromptu en solb majeur D. 899 n° 3
    Elisabeth Leonskaja, piano




    Le 31/07/2010
    Olivier BRUNEL




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