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CHRONIQUES
20 juillet 2018

La Stupenda s’est éteinte

Avec des moyens et une personnalité très différents, elle fut la seule à rivaliser à armes égales avec la Callas dans le même répertoire, celui des grandes héroïnes romantiques italiennes. Et elle aborda aussi, au plus haut niveau, bien des compositeurs et des héroïnes où ne se risqua jamais la si grande Maria. La Stupenda s’en est allée.
 

Le 12/10/2010
Gérard MANNONI
 



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  • Née à Sydney en 1926, Joan Sutherland s’est éteinte hier à l’âge de 83 ans, à Vevey en Suisse, où elle s’était retirée après avoir quitté la scène en 1990. De ses débuts modestes dans sa ville natale dans Didon et Enée de Purcell en 1947, puis de quelques rôles mozartiens après son entrée dans la troupe de Covent Garden à Londres en 1952, devait se développer une carrière immense, glorieuse, l’une des plus étincelantes du XXe siècle.

    C’est son futur mari, le pianiste et chef Richard Bonynge, rencontré en 1954, qui comprit quelles étaient les vraies possibilités de cette voix qui stupéfia vite le monde entier non seulement pas la qualité et la puissance de son timbre, mais aussi par l’étendue de sa tessiture lui permettant d’aller du grave au suraigu sans effort apparent, avec la même intensité, la même stabilité.

    C’est en 1959 que le public de Covent Garden la découvrit sous cet aspect dans Lucia di Lammermoor, où elle allait vite triompher aussi à l’Opéra de Paris. Une anecdote à ce sujet : à son arrivée pour la première répétition avec orchestre au Palais Garnier, la flûte solo vint la trouver pour lui demander quand elle voulait répéter leur duo de la scène de la folie. La réponse fut gentille mais ferme : « Vous jouez certainement en mesure. Je chante en mesure. Nous n’avons pas besoin de répéter ».

    Le triomphe fut colossal, un triomphe qu’elle connut ensuite partout dans le monde, sur scène comme au disque dans les grands rôles romantiques en particulier où l’incroyable agilité de sa voix qui avait plus la solidité d’un soprano lyrique que celle d’une colorature, enthousiasmait les publics.

    Elle fut une grande Norma, mais remit aussi à l’honneur tout le chant orné du XVIIIe siècle, anglais notamment, triomphant également dans les grands opéras français que quasiment plus personne n’osait aborder, comme les Huguenots de Meyerbeer ou Esclarmonde de Massenet. Excellent actrice, elle avait une fantastique mobilité en scène que lui permettait une technique à toute épreuve. Elle fut l’une des premières à montrer que l’on pouvait courir ou se rouler par terre tout en chantant à la perfection des vocalises infernales.

    Son suraigu avait la même solidité et la même ampleur que le reste de son registre, avec, encore une fois, une stabilité exemplaire. Et puis, n’oublions pas que c’est elle, avec son mari, qui fit découvrir en 1963 un jeune ténor italien qu’elle trouvait fabuleux, Luciano Pavarotti.

    Paris ne l’entendit pas beaucoup, car il y eut un grand malentendu. Elle était venue pour un concert avec orchestre au Théâtre des Champs-Élysées, sous la baguette de son mari. Malheureusement, elle avait très peu à chanter, l’essentiel du programme étant composé d’ouvertures d’opéras, ce qui irrita le public, lequel siffla Richard Bonynge.

    Furieuse, elle jura de ne jamais revenir. Elle tint parole, et ne fit qu’une seule apparition en concert, bien des années plus tard, à une époque où sa voix n’était plus vraiment ce qu’elle avait été. Tant pis pour nous ! Le disque nous laisse fort heureusement une liste abondante d’enregistrements magnifiques, couvrant la quasi totalité de son répertoire.

    Qu’il me soit permis de rappeler pour terminer cet hommage un souvenir personnel qui j’espère ne choquera personne et qui peut montrer à quel point cette diva parmi les plus grandes, connue pour sa timidité à ses premiers débuts, était aussi une grande dame plein d’humour, avec un certain franc parler.

    J’étais terriblement impressionné à l’idée de l’interviewer. Sans doute s’en rendit-elle compte car, pour m’expliquer au téléphone où se trouvait l’hôtel où je devais la rencontrer, elle éclata de rire et me dit en anglais : « C’est très simple. C’est place des Vosges. Vous voyez ? Il y a au milieu une statue équestre. Eh bien, c’est derrière le cul du cheval ! » Inutile de préciser que l’interview se déroula ensuite de la manière la plus cordiale.




    Le 12/10/2010
    Gérard MANNONI




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