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CHRONIQUES
21 octobre 2018

Roland Petit, parti vers les étoiles

Roland Petit vient de disparaître à Genève à l’âge de 87 ans. Il a été l’un des plus grands chorégraphes du siècle dernier et restait, avec Yvette Chauviré qui est dans sa quatre-vingt-quatorzième année, la dernière personnalité du monde de la danse de cette dimension s’étant révélée dans les années d’après-guerre.
 

Le 11/07/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Il y a l’œuvre et l’homme, comme toujours, mais avec Roland Petit, tout prend une envergure exceptionnelle. La vie, elle est de notoriété publique. Naissance en 1924 d’un père qui tenait un café et d’une mère d’origine italienne qui allait fonder plus tard la maison Repetto. École de danse de l’Opéra aux côtés de Renée Jeanmaire, son exacte contemporaine qui allait devenir sa muse et sa femme et sous le surnom de Zizi, une immense vedette à la carrière incroyable.

    Élève aussi des maîtres russes émigrés officiant salle Pleyel et au studio Wacker de la rue de Douai, avec Béjart qui débutera dans sa première compagnie, et toute la génération qui fut à la Libération la nouvelle danse française, il est d’emblée chorégraphe.

    De ses premiers chefs-d’œuvre comme les Forains ou Le jeune homme et la mort jusqu’à ses dernières créations pour l’Opéra de Paris comme Clavigo, en passant par l’immortel Carmen, Turangalîla, Notre-Dame de Paris, l’Arlésienne ou les Intermittences du cœur, c’est une centaine de ballets qu’il aura imaginés décorés par les plus grands peintres de l’époque, dans la plus pure tradition des Ballets russes de Diaghilev.

    Innovateur à bien des égards par les distances qu’il osa très tôt prendre avec les règles strictes de la danse classique, il a fait danser dans ses diverses compagnies et à l’occasion des invitations qu’il eut chez les plus grandes compagnies du monde, toutes les stars de la seconde moitié du XXe siècle. Un bilan qui donne un peu le vertige. Après avoir dirigé pendant vingt-cinq ans le Ballet national de Marseille, il avait choisi de vivre en Suisse, d’où il continuait à parcourir le monde, remontant ses grands titres à Pékin, à Tokyo, à Séoul, à Moscou, à Saint-Pétersbourg et dans toutes les capitales de la danse.

    Passionné de cinéma et de music-hall, ces deux arts ont beaucoup marqué le sien, comme la carrière de Zizi Jeanmaire, indissociable de la sienne. Zizi, sans doute la seule artiste de cette trempe a avoir officié non seulement comme Étoile de la danse classique mais comme vedette de cinéma à Hollywood, comme meneuse d’inoubliables revues à l’Alhambra et au Casino de Paris, comme chanteuse créatrice de Gainsbourg, de Vian, de Béart, comme comédienne jouant Feydeau, présente à toutes ses premières, a été son inspiratrice et sa compagne, la mère aussi de leur fille Valentine.

    Homme de très grande culture, connaissant tout de la peinture et de la littérature, Roland Petit était un authentique parisien, formé au creuset de Montmartre et de Pigalle des années d’après-guerre, des anciennes Halles où se trouvait le café de son père, des bords de Seine qu’il adorait, mais aussi des grands couturiers qui habillaient ses ballets et d’une brillante société intellectuelle et artistique dont il était un fleuron.

    De caractère réputé difficile comme souvent les grands créateurs, il savait être aussi le plus fidèle et les plus présent des amis. Sa danse restera comme celle d’un esprit hardi, imaginatif, sachant être novateur à bon escient et pas n’importe comment, pratiquant une esthétique d’une extrême précision et d’un raffinement ne pouvant tolérer aucune approximation de la part de ses interprètes.

    À l’Opéra de Paris, qu’il considéra toujours comme sa maison même s’il ne dirigea que très brièvement la compagnie quelques mois, il avait su établir un dialogue constructif avec la jeune génération de danseurs et d’Étoiles, créant pour des grands artistes comme Nicolas Le Riche et confiant avec foi les rôles de son répertoires à de magnifiques interprètes comme Jérémie Bélingard, Hervé Moreau, Benjamin Pech, Manuel Legris ou Mathieu Ganio, fils de Dominique Khalfouni qui fut sa très brillante Étoile au Ballet de Marseille.

    Danser bien du Roland petit n’est pas à la portée de tout le monde, mais tout le monde a aimé s’y risquer. Il faut maintenant que Zizi puis Valentine assurent la vie de cet énorme héritage artistique. Tout le monde de la danse est sans aucun doute prêt à les y aider.




    Le 11/07/2011
    Gérard MANNONI




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