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CHRONIQUES
20 octobre 2018

Musicales de Mortagne (2) :
Mozart et les hirondelles

© Marco Borggreve

Deux concerts très différents et très marquants pour ce deuxième week-end des Musicales de Mortagne-au-Perche. Une plongée au cœur de la nostalgie typique de l’Europe centrale avec la violoncelliste Sonia Wieder Atherton et ses complices, et une soirée tout Mozart accompagnée par le chant et le vol de coquines hirondelles. Délectable !
 

Le 10/07/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Deux programmes de haut niveau ont marqué ce deuxième week-end des Musicales qui animent la région de Mortagne, la plus percheronne du Perche. Samedi soir, dans l’église de Tourouvre, ville martyre de la fin de la guerre, Sonia Wieder-Atherton avait réuni autour d’elle quelques excellents instrumentistes pour l’un de ces programmes dont elle a le secret et la culture.

    Sous le titre Chants d’est, elle avait rassemblé des pages évocatrices de la Mitteleuropa allant de Rachmaninov à Mahler en passant par Bartók, un magnifique chant traditionnel juif, Prokofiev, des pièces inspirées à Franck Krawczyk, auteur des transpositions, par Janáček. Une vaste pérégrination, donc, dans des styles et des sensibilités qui, bien qu’unies géographiquement, sont très différentes, même si elles sont toutes marquées par cette nostalgie irrémédiable des peuples si souvent chahutés par l’histoire sombre de l’Europe centrale.

    La grande violoncelliste commençait par la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19 de Rachmaninov avec Laurent Cabasso au piano. Engagement immédiat et total des deux interprètes dans cette musique émotionnelle, généreuse, où le rêve et l’angoisse alternent sans cesse.

    Superbe sonorité du violoncelle avec cette tenue d’archet, ce contrôle parfait du vibrato et ce sens musical inné qui caractérisent toujours Sonia Wieder-Atherton. Laurent Cabasso, toucher idéal, analyse savamment minutieuse du complexe rapport de Rachmaninov avec le piano, même en musique de chambre, apporte tout ce qu’un virtuose de son envergure peut donner comme éclat à un œuvre de cette force.

    Six brèves pièces de Bartók, un sublime chant juif pour violoncelle solo suivi, contraste total, d’une Danse tatare de Tcherepnine, le bouleversant Champ des morts extrait d’Alexandre Nevski de Prokofiev, Jeux d’enfants de Franck Krawczyk d’après les Chants sur de poèmes moraves de Janáček, et pour finir la transcription d’un des Rückert-Lieder de Mahler allient tour à tour le violoncelle au piano, à la flûte et au piccolo d’Anne Defilhes, au hautbois d’Anne Chamussy, à la clarinette et à la clarinette basse d’Olivier Voize, magique osmose de timbres, interprètes épatants. Émotion, rythme, humour, et toujours dans ces couleurs danubiennes si particulières, un moment d’exception.

    Tout comme le récital Mozart donné le lendemain au pianoforte par Kristian Bezuidenhout dans la très belle église du XIIe siècle de Sainte-Céronne-lès-Mortagne dont la nef unique romane garantit la qualité de l’acoustique. Venu des Pays-Bas, l’instrument est aussi beau à voir qu’à entendre, avec une sonorité particulièrement chaude et une mécanique souple presque aussi efficace que celle d’un piano moderne.

    De quoi réconcilier les plus réticents avec ce type d’instrument, surtout lorsqu’un spécialiste de l’envergure du sud-africain Kristian Bezuidenhout est au clavier. Jeune trentenaire mais déjà éminent maître en musique ancienne et baroque notamment, chef d’orchestre et professeur à ses heures, il donne un avant-goût du concert qui est au programme de la prochaine saison au Théâtre de la Ville à Paris.

    Trois sonates et la brève, impalpable Fantaisie en ré mineur KV 397 de Mozart, musique on ne peut plus adéquate par sa finesse, sa pureté et sa densité avec un lieu pareil. Et quel rapport exceptionnel avec ce bel instrument, pour rendre avec tant d’intelligence, de sensibilité, la texture arachnéenne de ces pages qui prennent ici des couleurs inattendues !

    Et puis, il y a les hirondelles. Elles habitent cette église un peu en mal de restauration. Elles ont donc courtoisement accueilli le concert organisé chez elles, l’accompagnant de leurs chants discrets mais bien présents et de leurs vols, parfois presque sous le nez du pianiste. L’alliance de cette musique et cette manifestation de la vie de la nature a quelque chose d’unique, d’exceptionnel, de magique, qui aurait sans aucun doute beaucoup plu à Mozart !




    Église de Tourouvre, samedi 9 juillet
    Sergeï Rachmaninov (1873-1943)
    Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19
    Béla Bartók (1881-1945)
    Six petites pièces
    Traditionnel juif
    Alexandre Tcherepnine (1899-1977)
    Danse tatare (Chants et danses op. 84)
    Sergeï Prokofiev (1891-1953)
    Le Champ des morts (Alexandre Nevski)
    Franck Krawczyk (*1969)
    Jeux d’enfants
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Ich bin der Welt abhanden gekommen (Rückert-Lieder)
    Laurent Cabasso, piano
    Anne Defilhes, flûte
    Anne Chamusey, hautbois
    Olivier Voize, clarinette
    Sonia Wieder-Atherton, violoncelle et direction

    Église de Sainte Céronne-lès-Mortagne, dimanche 10 juillet
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Sonate en fa mineur KV 332
    Sonate en sol majeur KV 283
    Fantaisie en ré mineur KV 397
    Sonate en sib majeur KV 333
    Kristian Bezuidenhout, pianoforte




    Le 10/07/2011
    Gérard MANNONI




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