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CHRONIQUES
19 août 2018

Commentaire TV :
Ouverture de Salzbourg 2011

© Oskar Anrather

Alchimie intacte entre Pierre Boulez et le Philharmonique de Vienne pour ouvrir les festivités de Salzbourg 2011, dans un programme authentiquement viennois. Après un Klagende Lied de Mahler donné dans sa version en deux parties, le chef français nage en pleine évidence dans la Lulu-Suite dans laquelle il reste aujourd’hui, du haut de ses 86 ans, sans concurrence.
 

Le 31/07/2011
Yannick MILLON
 



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    à un ami

  • Mahler, Berg
    Orchestre philharmonique de Vienne
    direction : Pierre Boulez
    Grosses Festspielhaus, Salzburg, 28/07/2011
    Diffusion du dimanche 31 juillet sur ARTE


    Bénissons l’amitié franco-allemande qui nous vaut, à une heure qui n’est pas celle des vampires – la disponibilité diurne un dimanche de juillet à 18h15 est idéale –, la retransmission d’événements culturels d’une telle qualité grâce à l’engagement modèle d’ARTE qui a même arraché les droits de diffusion en direct depuis Bayreuth de Lohengrin le 14 août prochain, première absolue dans l’histoire du festival franconien.

    Mais pour l’heure, intéressons-nous à Salzbourg, où Pierre Boulez dirigeait le premier des cinq programmes symphoniques estivaux des Wiener Philharmoniker – lui succéderont Christian Thielemann, Riccardo Muti, Mariss Jansons, et Franz Welser-Möst –, omniprésents en août dans la ville de Mozart, où ils officient en fosse dans quatre productions lyriques – la Femme sans ombre, Macbeth, l’Affaire Makropoulos, Don Giovanni.

    Programme cent pour cent viennois pour ce concert d’ouverture, débutant par un retour aux premières amours discographiques mahlériennes de Boulez, la cantate de jeunesse Das klagende Lied étant la première œuvre qu’il avait enregistrée pour Sony en 1970, soit presque vingt-cinq ans avant le début de son intégrale des symphonies pour Deutsche Grammophon.

    On s’étonnera ce soir d’autant plus du choix de la version en deux parties, alors que Boulez avait été le premier à défendre la version originale au disque, avec le volet initial représentant un préambule d’une demi-heure à l’action, éclairant l’œuvre entière d’une manière saisissante.

    Il faut peut-être y voir le pragmatisme d’un chef de 86 ans ayant connu l’hiver dernier de sérieux problèmes de santé, et qui a en effet l’air bien fatigué tant en interview qu’au pupitre, sans que cela n’amoindrisse à aucun moment la qualité de l’exécution musicale. Preuve en est que Boulez reste le champion d’une narration vive, toujours en éveil, restituant au mieux la variété de climats des épisodes d’une œuvre où tout l’univers de Mahler est comme condensé.

    Réduite à trois solistes, la mouture choisie concentre l’attention sur la voix d’alto, chantée par une Anna Larsson dont l’instrument charnu semble une fin en soi, dans un art d’une froideur d’autant plus exposée que lui répondent les effluves élégiaques du ténor divinement expressif de Johan Botha et du soprano dont chaque intervention est pur frémissement tragique de Dorothea Röschmann, qui signe le Ach, Leide ! conclusif le plus déchirant qu’on ait entendu.

    Les Wiener Philharmoniker, avec leurs équilibres prodigieux – les vents en coulisse –, leur focalisation sur un noyau sonore dégraissé et leurs couleurs si adaptées aux lamentations postromantiques, suivent avec une totale rigueur une battue plus économe que jamais, et font vite oublier quelques impairs.

    Après l’entracte, orchestre et chef semblent nager en pleine évidence dans la Lulu-Suite donnée dans son intégralité – dans le DVD TDK enregistré à Cologne avec un Chicago Symphony bien inapproprié de timbres, Boulez avait écarté le Rondo-Hymne initial – faisant regretter l’abandon de l’air de concert Der Wein initialement programmé dans cette partie consacrée à Berg.

    L’occasion pour notre plus illustre baguette de prouver une nouvelle fois sa maîtrise absolue du rubato d’un ouvrage qu’il connaît dans ses moindres recoins, au point d’accorder pleine confiance aux Viennois qui s’adonnent à une orgie de sonorités crépusculaires et décadentes, avec souplesse et incandescence mais aussi une plénitude exaltée par des cordes pleines à ras bord, creusées, denses, profondes, très assises sur les graves.

    Les moments de tension n’en ressortent que mieux, sans l’extraordinaire acuité de 1979 à l’Opéra de Paris, mais avec un parfum de la Vienne de l’entre-deux-guerres absolument unique. La jeune Anna Prohaska, présente déjà à Lucerne aux côtés d’un Abbado qui lui avait concédé le cri de Lulu qu’on imaginait mal Boulez tolérer au concert, semble donner plus naturellement toute la voix par-dessus une masse orchestrale aux antipodes du chambrisme du maestro milanais. Une soirée qui mériterait la postérité du DVD.




    Le 31/07/2011
    Yannick MILLON




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