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CHRONIQUES
20 mai 2018

Deauville 2012 (1) :
Combinaisons gagnantes

À l’époque du marketing roi, où les programmes de concerts sont le plus souvent calqués sur ceux des disques, dont ils assurent la promotion, le festival de Pâques de Deauville fait figure d’exception. Les poulains d’Yves Petit de Voize y retrouvent leurs jeunes aînés pour faire de la musique ensemble. Tout simplement.
 

Le 22/04/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Qu’une maison de disques prenne en main le destin d’un musicien, et le voici condamné à se soumettre aux lois du marketing – qui est tout sauf un art. Le concert ne sera dès lors plus qu’une vitrine, qui reprendra immanquablement, et jusqu’à la virgule près, le programme de son dernier enregistrement, à moins qu’il ne s’agisse d’un avant-goût de celui à venir. Ce qui réduira considérablement ses perspectives de répertoire. Le commerce vaut bien quelques sacrifices…

    Volontaire et assumée, cette caricature accentue le contraste avec le soulagement ressenti durant le festival de Pâques de Deauville. Ici, les musiciens n’ont rien à vendre. D’ailleurs, il n’y a rien à acheter – amusant paradoxe, si l’on songe que les concerts ont lieu dans une salle des ventes… de chevaux, dont la récente rénovation a métamorphosé une acoustique jadis aléatoire. Les labels discographiques n’ont pas droit de cité, et leurs artistes exclusifs laissent leur gloire médiatique au vestiaire.

    S’ils viennent, et reviennent, à Deauville, c’est parce qu’ils ont été, hier encore pour certains, les poulains d’Yves Petit de Voize. Personnage haut en couleur, mémoire vive de temps héroïques sur lesquels il est intarissable – il y aurait plusieurs livres à écrire ; il faudra en faire au moins un. Et pourtant tourné vers l’avenir, avec cette capacité singulière à mesurer le talent aussi bien que le temps nécessaire à sa maturation – dans deux ou trois ans, deux petits génies du piano sortiront de son écurie, mais il est trop tôt pour en parler : vous n’en saurez sur eux pas davantage que nous.

    Prime à la jeunesse, donc, en ce lieu de rencontres, qui tient finalement davantage de l’académie – sans rien d’académique pourtant –, où Bertrand Chamayou et les membres du Quatuor Ébène font figure d’aînés : la moyenne d’âge n’y dépasse pas vingt-cinq ans. Prime à la découverte, aussi, avec une programmation qui éclate le cadre empesé du concert de musique de chambre, joue de la variété des formations avec un art consommé des combinaisons, mêle tubes et raretés en prenant bien soin d’attirer les musiciens sur des rivages qu’ils ne fréquenteraient pas spontanément.

    Autour du noyau formé par le quatuor Ébène, le concert du 21 avril aurait pu paraître hétéroclite, malgré sa tonalité d’Europe centrale. Page brève, l’Élégie pour violon, violoncelle, quatuor à cordes, accordéon et harpe de Josef Suk tire son immédiate séduction non seulement de la mélodie, mais d’alliages de timbres étonnants, qui révèle une écriture pour trio. Le quatuor – Ardeo – fait figure de base harmonique, sur laquelle se greffent quelques touches insolites d’accordéon (Frédéric Guérouet) ou de harpe (Clara Izambert), tandis que dialogues violon (Pierre Colombet) et violoncelle (Raphaël Merlin).

    Le Quintette pour piano et cordes en la majeur op. 81 d’Antonín Dvořák n’en paraît que plus classique dans sa forme comme sa sonorité. L’élan fortement individualisé qu’y imprime chacun des membres du Quatuor Ébène – la tenue bouillonnante du premier violon, le legato nourri, secoué d’inflexions fantasques de l’alto, le chant éperdu du violoncelle – répond à la mystérieuse limpidité du piano de Bertrand Chamayou, dont le naturel poétique illumine la dumka du mouvement lent.

    Consacrée à Bartók, la deuxième partie vire à la démonstration d’orchestre. Et laisse pantois. Car l’Atelier de musique, qui succède à la Philharmonie de chambre, dont a émané la Chambre Philharmonique d’Emmanuel Krivine, et au Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rhorer et Julien Chauvin, déborde de l’enthousiasme d’une formation éphémère, réunion de jeunes chambristes issus des meilleures académies, notamment celle de Seiji Ozawa. Promus chefs de pupitres, et secondés par les Ardeo, les Ébène assurent une infaillible cohésion tant dans le Divertimento que dans l’étourdissante succession des Danses populaires roumaines. Et quel son, plein et charpenté, après seulement cinq jours de travail !

    Du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen joué le lendemain à onze heures et demi – cela tient du défi –, on retiendra, davantage qu’un violon au vibrato instable dans Louange à l’immortalité de Jésus, l’Abîme des oiseaux à la tension onirique du clarinettiste Rémi Delangle, d’une concentration et d’un souffle fervents, et surtout la lumière mystique du piano d’Adam Laloum.




    16e festival de Pâques de Deauville
    Salle Élie de Brignac

    21 avril :
    Josef Suk (1874-1935)
    Élégie op. 23
    Pierre Colombet, violon
    Raphaël Merlin, violoncelle
    Quatuor Ardeo
    Frédéric Guérouet, accordéon
    Clara Izambert, harpe

    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Quintette pour piano et cordes op. 81, B. 155
    Bertrand Chamayou, piano
    Quatuor Ebène

    Béla Bartók (1881-1945)
    Divertimento pour orchestre à cordes (1939)
    Sept Danses populaires roumaines (1915-1917)
    Quatuor Ebène et l’Atelier de musique
    Ensemble à vent Initium

    22 avril :
    Olivier Messiaen (1908-1992)
    Quatuor pour la fin du temps (1940-1941)
    Rémi Delangle, clarinette
    Mi-Sa Yang, violon
    Yan Levionnois, violoncelle
    Adam Laloum, piano




    Le 22/04/2012
    Mehdi MAHDAVI




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