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CHRONIQUES
22 mai 2018

Lyrique-en-Mer 2012 :
Du rire aux larmes

À Belle-Île-en-Mer, au sommet de la citadelle de Vauban et dans la salle de l’Arsenal, Lyrique-en-Mer est un festival unique en son genre devant sa réussite à l’inventivité de son créateur et metteur en scène, le chanteur américain Richard Cowan, doublée d’une exigence partagée par le chef d’orchestre en titre, Philip Walsh.
 

Le 13/08/2012
Claude HELLEU
 



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  • Au sommet de la citadelle de Vauban, dans la salle de l’Arsenal, devant des rangées de chaises, sur une scène surélevée creusée dans sa partie droite d’une fosse de cinq mètres sur quatre pour le petit orchestre dont émerge le haut des corps, vivent au mieux de leur vérité des œuvres célèbres idéalement adaptées aux dimensions de la surface disponible pour les chanteurs : cinq mètres de profondeur côté jardin prolongés de deux mètres devant la fosse sur une largeur totale de dix mètres.

    Si j’en juge par les deux opéras que nous avons eu le bonheur d’y voir, ni une note ni une intention ne s’en perdent. La direction d’acteurs de Richard Cowan, metteur en scène inspiré, porte tous les interprètes au mieux de leur jeu, orchestre et chef derrière eux.

    Orchestre de chambre qui est en réalité un composé d’excellents solistes. Excepté deux violons, les pupitres répondent individuellement et dans une homogénéité parfaite à la réduction des partitions réalisée par Philip Walsh.

    Sa baguette précise cisèle et entraîne un dialogue lumineux entre ses musiciens, bois alertes, vents précis, cordes brillantes et profondes, et les voix de héros rendus à leur humanité. Ce mariage parfait de la musique et du théâtre découvre des subtilités souvent noyées dans les grandes productions. Le spectacle clairement sur-titré est si proche que nous en apprécions non seulement la portée mais chaque détail.

    Festival de vocalises parfaites, la Cenerentola brille de tous ses feux. Une cheminée, un balai, deux fauteuils, un paravent, tous mobiles, suffisent au décor. Entrées et sorties s’enchaînent, rocambolesques, sur ce devant de scène telle une estrade.

    La drôlerie des deux sœurs Clorinda et Tisbé et de leur père caricaturés - Louise Pingeot (seule française, les autres interprètes sont tous américains), Joanna Wernette et Jason Switzer – s’oppose à la détermination d’une Angelina bien décidée à saisir la chance de l’amour qui se présente.

    Karin Mushegain pousse parfois un peu trop ses forte, mais la voix rayonne d’aisance. De petite taille et d’un grand talent, le ténor Javier Abreu domine la diversité des situations tel le prince Ramiro qu’il incarne et gagne brillamment et la Cenerentola et les acclamations du public. Dandini effronté, Jonathan Beyer n’est pas en reste pour doubler son maître.

    La sage gravité, un peu trop appuyée, des interventions de Christopher Job en Alidoro ponctue les aventures trépidantes de nos irrésistibles personnages. Communicatifs et partagés, émotion et gaîté de ce bijou belcantiste plein d’esprit et de sentiment triomphent sans la moindre réticence.

    Le drame d’Otello pouvait-il connaître une semblable réussite dans la simplicité dépouillée de ce cadre ? Sa noirceur était-elle compatible avec la réduction d’un orchestre de quatre-vingts musiciens aux quatorze du Festival, à celle des chœurs de Verdi aux dix choristes ? Quel Otello, quel Iago, quelle Desdémone en ce lieu célèbre pour ses initiés ? Quelle dimension pouvait atteindre leur tragédie et ses péripéties ?

    Défi couronné de succès. Otello évident, naturellement basané, dégageant force et puissance physique, l’afro-américain Michael Austin apparaît dans toute sa gloire de guerrier vainqueur et le déferlement sonore de son retour à Chypre. Percussions à l’appui, chœur et orchestre impressionnants imposent ce climat d’ouverture.

    Iago s’y remarque immédiatement. Keith Harris incarnera magistralement toutes les nuances de la perversité. Le timbre, l’assurance, la puissance maîtrisée de la voix droite, l’expressivité complexe de ses envies portent ce baryton au sommet d’une distribution exemplaire quant à ses trois rôles principaux.

    Jennifer Black incarne une Desdémone dont la pureté des aigus s’épanouit dans un air du Saule à l’anxiété contagieuse. Prie-Dieu et grand lit ont remplacé le fauteuil et les deux tables en bois de l’acte précédent. Autour d’un Otello de plus en plus présent au fur et à mesure du crescendo de sa jalousie, les autres protagonistes du drame, tous vêtus selon son époque, témoignent de caractères clairement interprétés.

    Non seulement l’importance de la distribution n’entraîne aucune confusion sur l’espace réduit où fiel, rage et malheur s’intensifient, mais l’équilibre musical entre orchestre et voix jamais couvertes sert leur vérité.

    Si l’on ajoute au plaisir de telles soirées le retour sur le continent sous un ciel étoilé, découvrir Lyrique-en-Mer, c’est vouloir y retourner.




    12/08/2012
    Gioachino Rossini (1792-1868)
    La Cenerentola
    Karin Mushegain (Angelina), Javier Abreu (Don Ramiro), Jonathan Beye (Dandini), Jason Switzer (Don Magnifico), Christopher Job (Alidoro), Louise Pingeot (Clorinda), Joanna Wernette (Tisbe)

    13/08/2012
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Otello
    Michel Austin (Otello), Jennifer Black (Desdémone), Keith Harris (Iago), John Paul Hickle (Lodovico), Matthew Tuell (Cassio), Joana Wernette (Emilia), Joseph Flaxman (Montano), Martin Schreiner (Rodrigo)

    Chœur et Orchestre du festival Lyrique-en-Mer
    direction : Philip Walsh
    mise en scène : Richard Cowan
    éclairages : Marlis Senoner
    costumes : Aya Roppongi-Vecile & Amélie Ruffin




    Le 13/08/2012
    Claude HELLEU




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