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CHRONIQUES
19 août 2018

Zermatt 2012 :
Septembre aux tisons

© Uwe Neumann

Cédric Pescia

Le festival de Zermatt vient d’ouvrir sa huitième saison, sous la neige, avec un concert original et magnifique par le Chœur de chambre philharmonique d’Estonie dans de somptueuses Vêpres de Sergei Rachmaninov, et par deux récitals de deux pianistes suisses, Mélodie Zhao et Cédric Pescia, aux fortunes diverses et même opposées.
 

Le 02/09/2012
Olivier BRUNEL
 



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  • Avec un Swiss Pass, on peut faire en train le tour de tous les festivals de musique qui fleurissent en Suisse de Montreux à Gstaad, de Lucerne à Verbier. Nous avons choisi de nous arrêter à Zermatt, au sud du pays, au pied du Mont Cervin où vous mène en quelque six heures depuis Paris le TGV, puis le train régulier et enfin le charmant train à crémaillère.

    Huit fois distingué par les Grammy Awards, le Chœur de chambre philharmonique d’Estonie, fondé en 1981 par Tõnu Kaljuste, est bien connu en France pour ses trois enregistrements des Voix Baltes sous la direction de Paul Hillier publiés par Harmonia Mundi, sa participation à la production du festival d’Aix-en-Provence de la Traviata en 2011 et surtout pour la promotion de l’œuvre vocale du compositeur estonien Arvo Pärt.

    Aujourd’hui et depuis 2008, placé sous la direction du Néerlandais Daniel Reuss, il a gagné une audience internationale bien méritée. Si les Vêpres de Rachmaninov sont le morceau de résistance de ce concert d’ouverture, c’est avec deux pièces de Pärt, deux Psaumes slaves de 1984 et trois Chants sacrés orthodoxes russes d’Alfred Schnittke qu’il affirme d’emblée ses qualités polyphoniques et musicales.

    Magnifiquement flattés par l’acoustique de l’église Saint-Mauritius de Zermatt, les vingt-sept choristes donnent à ces pièces favorites de leur impressionnant répertoire un relief et une authenticité frappants.

    Œuvre de jeunesse du (non croyant) Rachmaninov, les Vêpres op. 37 de 1915 combinent, en un cycle de quinze mouvements, six prières de vêpres et neuf vigiles. Après son coup d’essai cinq ans plus tôt avec la Liturgie de Saint-Jean Chrysostome, le compositeur réalisait ce que de nombreux musicologues n’hésitent pas à qualifier comme son absolu chef-d’œuvre.

    L’évidence de la langue et la familiarité de ce répertoire russe orthodoxe sont les premiers atouts de l’interprétation de cet ensemble choral, mais cela ne serait rien sans une technique polyphonique foudroyante et les qualités individuelles de chaque chanteur, ainsi que la spécificité et la couleur russes de toutes ces voix, principalement chez les basses et les ténors, qui peuvent rivaliser avec ceux des meilleurs chœurs de la Russie d’aujourd’hui.

    Le concert du lendemain démontre d’emblée que la belle acoustique de cette église si propice au chant choral ne l’était pas au piano solo. Avec une manière de réputation locale (elle réside en Suisse romande où elle a complété ses études chinoises) et du haut de ses presque dix-huit ans, la pianiste sino-suisse Mélodie Zhao était très attendue à Zermatt. On a le regret de ne pas partager l’enthousiasme du public pour un pianisme qui, même s’il possède par moments quelques éclats de sonorité, base ses effets sur la vitesse.

    À peine phrasées et certainement pas musicalement comprises, les deux sonates de Beethoven qui ouvrent le récital de Miss Zhao sont, on a le regret de le dire, simplement impossibles. Plus à l’aise chez Liszt, curieusement pas avec la Méphisto-Valse jouée à fond de train mais plus avec les passages non rapides de la Sonate en si qu’elle considère comme son œuvre favorite, la pianiste chinoise aura à peine rattrapé la mauvaise impression de la première partie.

    Le concert du lendemain donne à ceux qui ont fait le voyage au Riffelalp couvert de neige – du presque jamais vu dans les premiers jours de septembre –, l’évidence du contraire. Transformé in extremis en récital de piano, le duo violon-piano dont le pianiste suisse Cédric Pesci devait être l’accompagnateur est un moment de musique et de recueillement superlatif avec un programme très comparable.

    Les deux sonates de Beethoven, la Tempête et Pastorale, titres dont le pianiste s’explique habilement en préambule, brillent par l’intelligence de leur construction, l’éloquence de leurs phrasés et la profondeur de leur interprétation. Et ce, en dépit d’un instrument infiniment moins flatteur que celui de la veille, probablement altéré par des conditions climatiques inhabituelles.

    La Sonate D. 894, jouée comme il se doit avec toutes les reprises, est un magnifique voyage dans l’univers romantique et touffu de Schubert soutenu par un souffle musical et une maturité exceptionnels chez ce jeune pianiste qui fait une envieuse carrière en Suisse et en Allemagne mais peu connu en France et qui mériterait bien de l’être comme le confirme l’Aria des Variations Goldberg qui couronne son récital dans une pleine sonorité et une belle lumière.




    31 août, Sankt Mauritius-Pfarrkirche :
    Arvo Pärt (*1935)
    Deux Psaumes Slaves n° 117 et 131
    Alfred Schnittke (1934-1998) :
    Trois chants sacrés
    Sergei Rachmaninov (1873-1943)
    Vêpres op. 37
    Estonian Philharmonic Chamber Choir
    direction : Daniel Reuss
    1er septembre, Sankt Mauritius-Pfarrkirche :
    Ludwig van Beethoven (1770-1827) :
    Sonate n° 8 en ut mineur op. 13, « Pathétique »
    Sonate n° 21 en ut majeur op. 53, « Waldstein »
    Franz Liszt (1811-1886) :
    Méphisto-Valse n° 15, S. 514
    Sonate en si mineur S. 178
    Mélodie Zhao, piano
    2 septembre, Riffelalp Kapelle :
    Ludwig van Beethoven (1770-1827) :
    Sonate n° 17 en ré mineur op. 31 n° 2, « La Tempête »
    Sonate n° 15 en ré majeur op. 28, « Pastorale »
    Franz Schubert (1797-1828) :
    Sonate n° 18 en sol majeur D. 894
    Cédric Pescia, piano




    Le 02/09/2012
    Olivier BRUNEL




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