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CHRONIQUES
22 octobre 2018

Remplacement à haut risque
© Anne Deniau

Directrice de la danse à l’Opéra de Paris depuis 1995, Brigitte Lefèvre quittera son poste en 2014. Candidats réels ou supposés à cette périlleuse succession sont déjà nombreux. Inconscience ou goût du risque ? Il n’est en effet pas évident de remplacer cette femme énergique, travailleuse et intelligente qui aura régné sur la plus belle compagnie du monde pendant quasiment vingt ans.
 

Le 07/01/2013
Gérard MANNONI
 



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  • Diriger une compagnie de 154 danseurs qui reste la plus prestigieuse du monde est une mission des plus périlleuses. Les responsabilités sont multiples et souvent contradictoires.

    Il faut maintenir une tradition patrimoniale quant à l’École de danse française, entretenir un répertoire incontournable que seules des compagnies de cette importance peuvent et doivent assumer au plus haut niveau en le faisant vivre et en évitant toute sclérose, s’ouvrir aux temps modernes en suscitant des créations auprès des meilleurs contemporains, sans oublier d’accueillir de bon chorégraphes moins médiatisés ni de donner leurs chances aux talents émergeant parmi les danseurs eux-mêmes, gérer la carrière des 154 individualités qui composent la compagnie, avec ce qu’il faut d’attention aux problèmes intimes de chacun et de fermeté pour que cela s’intègre dans la vie collective, en menant le tout avec autant d’autorité que d’humanité, en se tenant au courant de ce qui se passe ailleurs dans le monde de la danse tout en restant au maximum présent aux côtés des danseurs dans leur travail quotidien et dans leurs spectacles… pour ne parler que du plus important.

    Cela implique un grand nombre de qualités contradictoires : être à la fois artiste et rationnel, sensible et maître de ses nerfs, ouvert aux autres mais lucide pour discerner les vrais problèmes des simulacres, paternel sans tomber dans la sensiblerie, et surtout être au service de la compagnie et non pas se servir d’elle pour son propre ego.

    Alors, bien sûr, tout n’a pas été parfait dans la direction de Brigitte Lefèvre. Il y eut forcément des nominations d’Étoiles parfois discutables, des choix de programmation jugés hasardeux ou des distributions bizarres. Pendant l’ère Lefèvre, quoi qu’en disent les détracteurs de service, la compagnie a pourtant vécu une vie très active, d’une intense créativité, tournant même de l’Amérique à l’Australie.

    Sa directrice a rempli avec foi les tâches qui lui incombent, toujours présente, en outre, aux spectacles, en coulisse, aux répétitions. À cela s’est ajoutée une attention réelle au devenir individuel, intime de chaque danseur, fondamentale pour les danseurs de savoir qu’ils intéressent prioritairement celui ou celle dont dépend leur carrière, même s’ils contestent parfois ses décisions !

    Dire que le style classique se perd, que les nouvelles générations ne travaillent pas assez... peut-être, mais les temps changent dans le monde de la danse comme partout et les jeunes d’aujourd’hui ne sont en aucun domaine les mêmes que ceux de notre propre jeunesse. Ils ont d’autres qualités s’ils ont d’autres défauts.

    Il ne s’agit pas ici de faire un panégyrique aveugle ni servile, mais, de constater objectivement ce qui a été fait, au-delà des rancœurs et des frustrations personnelles, et d’en tirer des enseignements sur le choix qu’il va falloir faire pour 2014.

    Ne pas choisir par exemple un chorégraphe. Le Ballet de l’Opéra ne peut qu’être au service de tous les répertoires et aucun grand chorégraphe ne résistera à l’envie de tout envahir. Risqué aussi de prévoir une direction bicéphale classique-contemporaine. Le Ballet de l’Opéra est bien assez difficile à conduire selon les idées d’une personne et avec un projet artistique précis et rassembleur sans que deux tempéraments et deux esthétiques aient à s’affronter à sa tête.

    Alors qui ? Ne tombons pas dans le grotesque snobisme qui préside au choix des directeurs musicaux de la plupart de nos orchestres où tout nom à consonance étrangère, même cachant une personnalité de seconde zone, vaut mieux que nos meilleurs compatriotes. Vue la renommée intacte de notre École de Danse qui fête cette année son Tricentenaire, nous devons puiser dans nos propres ressources en consacrant leur caractère exemplaire. Connaître de l’intérieur les spécificités de cette maison historique pour y avoir travaillé et vécu est en plus un atout puissant. Il convient de savoir que certaines lignes jaunes ne peuvent être franchies sans dégâts. Même le fougueux et imprudent Noureev en fit les frais, tout comme Maurice Béjart.

    Alors qui ? Manuel Legris, actuel directeur du Ballet de l’Opéra de Vienne ? Laurent Hilaire actuel Maître de ballet associé à la direction de la danse ? José Martinez, actuel directeur du ballet national d’Espagne ? Kader Belarbi, actuel directeur du ballet du Capitole de Toulouse ? Charles Jude, brillant directeur du Ballet de Bordeaux depuis plus de quinze ans ? Nos Étoiles sont riches en directeurs d’importantes compagnies. Mais il y en a d’autres, comme Nicolas Le Riche, danseur d’exception, cultivé, intelligent, au large renom international lui aussi.

    « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint » nous dit Figaro. On voudrait pouvoir répondre à l’ironique Beaumarchais : « Il fallait un danseur ? Ce fut un danseur de l’Opéra qui l’obtint. »




    Le 07/01/2013
    Gérard MANNONI




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