altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CHRONIQUES
27 mai 2018

La Flûte sur tous les fronts
© Bertrand Stofleth

Opéra de Lyon

Mais qu’ont-ils tous avec La Flûte ? Trois productions sillonnent actuellement la France avec le même allant des interprètes. Des Bouffes du Nord dans la réduction de Peter Brook à la spectaculaire invention vidéo-scénique lyonnaise en passant par Opéra en plein air, ce sont trois manières bien différentes de présenter le chef-d’œuvre de Mozart.
 

Le 05/07/2013
Nicole DUAULT
 



Les 3 dernières chroniques

  • Jean-Claude Malgoire, vrai musicien polyvalent

  • Platée a rejoint Jupiter sur l’Olympe

  • Le Staatsoper unter den Linden rouvre ses portes

    [ Toutes les chroniques ]

     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)



    Envoi de l'article
    à un ami

  • Opéra en plein air est une manifestation sympathique imaginée par l’homme d’affaires Tristan Duval. Il y a du saltimbanque en lui. Il installe d’élégants tréteaux devant châteaux et monuments célèbres. Dans ces écrins prestigieux qui valent la visite par eux-mêmes, il invite comme maître d’œuvre une personnalité people et donne leur chance à de jeunes chanteurs.

    Le metteur en scène de cette Flûte est Francis Huster, qui a répété sur plusieurs médias que « la Flûte, c’est du Trenet mozartien ». Pourquoi pas après tout, et cette manifestation apporte le lyrique à un public guère habitué aux salles d’opéra. Deux distributions alternent.

    Olivia Doray (Pamina) a chanté de petits rôles dans de grandes productions comme celui de Frasquita dans Carmen de Bizet à l’Opéra de Paris. L’autre Pamina, Sabine Revault d’Alonnes, est une spécialiste du lied et apporte sa musicalité au personnage. Le texte parlé en allemand a été réécrit et supervisé par Francis Huster pour le rendre plus abordable au public non initié.

    Aux Bouffes du Nord, le texte de Schikaneder a été également réécrit par Marie-Hélène Estienne, la collaboratrice depuis trente ans de Peter Brook qui a librement adapté l’œuvre au point de l’appeler Une Flûte enchantée. La musique a elle-même été trafiquée, coupée et même entremêlée d’ajouts d’autres pièces mozartiennes par un musicien-musicologue éminent, Franck Krawczyk.

    Lors de la création en novembre 2012 de cette production abrégée – elle dure 1h30 –, Altamusica avait sévèrement jugé cette entreprise de réduction. Un an et demi plus tard, cette Flûte, grâce à l’aura de Peter Brook, a fait le tour du monde. Elle a traversé 26 pays et été représentée 260 fois, soit devant quelque 200 000 spectateurs. Un tel succès mérite un nouveau jugement. Ce spectacle est plus une dissertation théâtrale qu’une représentation d’opéra.

    C’est élégant, joyeux grâce à l’intervention du comédien Abdou Ouologuem qui supplée l’absence des Trois dames, des Trois enfants en devenant une espèce de magicien. Les symboles maçonniques sont effacés et le parcours initiatique se résume à une initiation à l’amour. Les interprètes sont à peu près les mêmes qu’à la première, avec en alternance Anne-Emmanuelle Davy et Dima Bawab en Pamina. La musique est interprétée dans un arrangement au piano en alternance par Rémy Atasay et Vincent Planès : un tour de force.

    La troisième Flûte vit sur les bords du Rhône dans une mise en scène nourrie d’effets spéciaux du plasticien vidéaste Pierrick Sorin et du réalisateur Luc De Wit. Elle est notamment projetée sur de grands écrans le 6 juillet place des Terreaux à Lyon, dans plusieurs grandes villes et notamment à Paris sur les quais de la Seine.

    Le conte merveilleux qui voit triompher les bons sur les méchants est là surtout affaire de vidéo. Pierrick Sorin avait déjà enchanté de ses images folles le public du Châtelet pour La Pietra del Paragone de Rossini qui sera reprise l’an prochain. L’œil est plus à l’écoute que l’oreille.

    Comme si l’Opéra de Lyon, qui a concocté une savante distribution avec les chanteurs du Studio, dirigé allégrement par Jean-Paul Fouchécourt, avait craint que ces jeunes chanteurs n’attirent pas assez de jeunes spectateurs ! C’est réussi, les jeunes emplissent la salle et se délectent de manipulations et d’images qui, pour les plus âgés des spectateurs, nuisent un peu à la musique et au chant. Sur la scène, le duo Sorin-De Witt filme les chanteurs-acteurs et les projettent en direct et en gros plan sur un écran.

    Les personnages sont incrustés dans d’astucieux éléments de décor également filmés et projetés. Cela donne lieu à des scènes pleines d’humour comme les trois génies guidant les héros, qui sont sur des nuages, dans une nacelle ou un nid d’oiseaux. Les manipulateurs, vêtus de noir sont certes un peu visibles mais n’entravent pas l’enchantement du procédé : c’est émouvant quand retentit la plainte de Pamina sur un fond de larmes. La technologie au service de la poésie !

    La double distribution est dominée par l’assurance, l’intrépidité vocale d’une Reine de la Nuit en collants noirs style Barbarella, Sabine Devieilhe. Le Tamino de Jan Petryka est toute subtilité mais manque encore de rayonnement. Les années devraient lui apporter plus d’assurance. Une voix retient l’attention, celle de la soprano anglaise Heather Newhouse (la deuxième dame et Pamina en alternance). Dans la fosse l’orchestre, le chef Stefano Montanari, file à vive allure avec des tempi très rapides. Cette Flûte sous les caméras séduit sans convaincre totalement. Mais Mozart résiste à tout.




    Le 05/07/2013
    Nicole DUAULT




      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com