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CHRONIQUES
17 août 2018

Verbier 2013 (3) :
L’instrument roi

© Nicolas Brodard

Le piano est l’instrument roi à Verbier. Nombreux désormais sont les jeunes talents à y avoir été révélés et qui affichent une belle fidélité au festival. On a privilégié l’écoute de ces jeunes pianistes, et notamment celle de Jan Lisiecki et Daniil Trifonov, à celles des vedettes plus avérées, piliers incontournables de tous les festivals.
 

Le 29/07/2013
Olivier BRUNEL
 



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  • On a le souvenir d’avoir entendu il y a deux ans le très jeune pianiste canadien Jan Lisiecki, âgé alors de seize ans, ouvrir la saison de l’Orchestre de Paris avec le Premier Concerto de Chopin et d’avoir ressenti un malaise devant l’exposition aussi rapide d’un tout jeune talent, encore incomplètement préparé aux exigences du concert.

    Lisiecki a aujourd’hui dix-huit ans, des moyens techniques toujours assez phénoménaux, quoique pas irréprochables, une expérience du concert un peu plus grande et derrière lui au moins un enregistrement, celui des Études de Chopin, dont il fait, pourquoi pas, son cheval de bataille. Il donne cette année son troisième récital à Verbier dans une chronologie pas idéalement favorable, succédant immédiatement à celui de Khatia Buniatishvili.

    Maturité insuffisante

    Ce concert nous procure le même sentiment de malaise devant un très jeune homme qui a manifestement un vrai talent mais une maturité artistique insuffisante pour être propulsé aux sommets des festivals internationaux. Dès les premières mesures des deux œuvres de Chopin, Nocturne n° 20 et Prélude n° 15, on est frappé par l’immaturité des phrasés, la sonorité étriquée et l’absence de vision dans deux pièces qui ne sont pas parmi les plus compromettantes du compositeur.

    Comme pour beaucoup de pianistes de cette génération, sur son interprétation de Bach, dont il joue la Première Partita, plane l’ombre de Glenn Gould alors qu’il eût été préférable que planât celle plus poétique de Dinu Lipatti. Influence mal digérée faisant privilégier au chant des contre-chants de façon arbitraire et même aléatoire. Pour les douze Études de l’Opus 10, certes maîtrisées techniquement à quelles petites scories près, que de recherches de solutions compliquées, d’autant plus dommage que çà et là quelques très bonnes idées ou intentions pointent leur nez mais tournent vite court !

    Les deux Études du deuxième cahier données comme bis sont comme libérées de la contrainte du concert et fusent avec une belle liberté loin de toute possible complication. On espère vivement que ce tout jeune homme prendra le temps de nourrir son très jeune et certain talent loin des projets qui impliquent la performance obligatoire devant des publics de plus en plus friands de ce genre d’exercice.

    Daniil Trifonov, une autre trempe

    Daniil Trifonov est un artiste d’une autre trempe. Jeune aussi, certes, mais probablement formé par un tout autre système pédagogique à la dure réalité de la scène. À vingt-deux ans, il a déjà remporté en 2011 le quasi grand Chelem du clavier: Premier Prix du Concours Tchaïkovski à Moscou, Médaille de bronze du Concours Chopin à Varsovie et Premier Prix du Concours Arthur Rubinstein à Tel Aviv. Les festivals se l’arrachent déjà et Valery Gergiev le dirige régulièrement dans le Premier Concerto de Tchaïkovski, gravé dans un des derniers titres de son label Mariinski. Il est déjà assurément comme le démontre ce récital matinal un pianiste à standing ovation.

    Par une chaleur accablante et dans un énervement du public inhabituel (on a bien cru que deux ou trois dames allaient en venir aux mains ou plutôt aux éventails pour être mieux placées pour voir leur idole), il affiche une maturité tranquille qui lui permet de composer un programme d’une grande exigence dont il place la barre très haut en commençant par la Sonate-Fantaisie n° 2 de Scriabine d’une grande virtuosité dont il ne fait qu’une bouchée tant la maîtrise du clavier, de la sonorité, des tempi est parfaite.

    C’est un formidable prélude à la Sonate en si de Liszt qui suit, probablement une des mieux construites, les mieux maîtrisées tant dans l’intensité sonore que dans la progression dramatique que nous ayons entendu par un si jeune interprète. Et dans les 24 Préludes de Chopin qu’il enchaîne avec une urgence dramatique époustouflante, il sait trouver toutes les couleurs que l’on peut mettre à ces pièces, souvent en dépit d’un instrument un peu récalcitrant.

    Un accompagnateur de première classe ?

    Être un pianiste soliste à un tel niveau d’excellence en fait-il un accompagnateur de première classe ? La réponse, quoique provisoire, ne va pas de soi le lendemain alors qu’il donne un récital dans le même lieu avec Renaud Capuçon. Certes ce concert a lieu assez tôt dans la matinée qui suit celle du concert du vingtième anniversaire qui a beaucoup occupé ces deux solistes mais un sentiment d’impréparation plane particulièrement sur la Sonate n° 3 de Bach.

    Certes, la sonorité de Renaud Capuçon, de style très classique, est magnifique, la rigueur et la discipline de Trifonov au clavier incontestable mais l’accompagnateur ne nourrit en rien le jeu du violoniste et les deux font un peu trop souvent bande à part. Impression qui se confirme dans la longue Fantaisie en do de Schubert qui nécessite des relances permanentes entre les deux interprètes.

    Le meilleur de ce récital est sans conteste la Sonate en la majeur de César Franck, cheval de bataille des duos violon piano, qui après la période d’échauffement et l’entracte, convient à merveille au tempérament romantique du jeu de Capuçon et au dramatisme échevelé de Trifonov.




    Chopin, Bach
    Jan Lisiecki, piano

    Scriabine, Liszt, Chopin
    Daniil Trifonov, piano

    Bach, Schubert, Franck
    Renaud Capuçon, violon
    Daniil Trifonov, piano

    Église de Verbier, les 25, 28 et 29 juillet 2013




    Le 29/07/2013
    Olivier BRUNEL




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